L’UE pourrait tester la sûreté de ses centrales nucléaires

Les États membres doivent se réunir en avril pour déterminer des critères communs et nommer des experts. Les tests se feront sur une base volontaire.

EURACTIV.fr

Les États membres doivent se réunir en avril pour déterminer des critères communs et nommer des experts. Les tests se feront sur une base volontaire.

L’UE va mettre en place des tests de résistance pour ses centrales nucléaires. Le commissaire européen à l’Energie, Günther Oettinger l’a indiqué, mardi 15 mars, à l’issue d’une réunion qui s’est déroulée à Bruxelles en présence de représentants des gouvernements des pays membres, des représentants des industriels et des autorités de sûreté nationales.

« Aujourd’hui nous n’avons pas pris de décisions car cela demande une analyse en profondeur et les motifs de la catastrophe ne sont pas connus de manière certaine, a déclaré Günter Oettinger.(…) Mais nous sommes heureux de la possibilité d’un consensus sur des tests dans les États membres des centrales nucléaires européennes. »

La catastrophe nucléaire qui a lieu en ce moment au Japon a été qualifiée « d’apocalypse » par M. Oettinger.  

Tests volontaires

Une réunion organisée par la Commission européenne au mois d’avril doit permettre de trouver des critères d’évaluation communs entre les États membres, afin de pouvoir procéder aux tests. 

Un texte visant à harmoniser les standards de sûreté doit être mis en place par les États membres d’ici le 22 juillet 2011. La Commission a également proposé qu’un rapport d’évaluation sur la mise en œuvre de cette directive ait lieu avant 2014, comme prévu à l’origine. 

« Je suis satisfait de voir qu’il y a la volonté d’aller vers des normes très strictes au niveau européen », a ajouté le commissaire. 

Mais ces tests se feront sur la base du volontariat de chaque État. Même si « personne ne s’est prononcé contre », Bruxelles ne pourra pas contraindre les pays qui ne souhaiteraient pas le faire. 

Le calendrier est encore flou, mais des experts nommés en commun par les États membres devraient réaliser ce travail dans le courant de l’année. « Dès lors, l’autorité de ces tests sera je l’espère, importante », a ajouté M. Oettinger. 

L’UE devrait également proposer à la Turquie, à la Russie mais également à la Suisse de procéder à ces tests. Ce pays possède deux réacteurs construits selon la même technologie que ceux en voie de destruction au Japon. 

Le président français, Nicolas Sarkozy, a également indiqué, le 15 mars qu’une réunion du G20 sur l’énergie pourrait avoir lieu au mois d’avril. 

Le PS veut un audit

En France, le Premier ministre François Fillon a annoncé un contrôle du parc nucléaire français, qui compte 58 réacteurs répartis en 19 centrales.

« Les démonstrations de sûreté de chaque centrale en France seront contrôlées à la lumière des enseignements tirés de la catastrophe de Fukushima et les résultats de ces contrôles seront rendus intégralement publics », a affirmé le chef du gouvernement, mardi 15 mars, à l’Assemblée nationale.

« La catastrophe de Fukushima nous rappelle à l’exigence d’une gestion toujours plus professionnelle de nos risques industriels et celle d’une totale transparence », a-t-il ajouté.

Cette annonce répond à une proposition du parti socialiste. « Commençons déjà par savoir la réalité des choses », avait déclaré sur France Info la secrétaire générale du PS, Martine Aubry, qui demande que cet audit commence par les centrales les plus anciennes, comme celle de Fessenheim, en Alsace.

Elle a dénoncé « les propos lénifiants » des autorités françaises sur la situation au Japon et les coups de boutoir portés aux énergies renouvelables. « Nous voulons une autre politique énergétique, un mix énergétique différent », a-t-elle souligné.

« Dire aux Français qu’on va sortir du nucléaire, c’est leur mentir. Dans les vingt ou trente prochaines années, nous ne sortirons pas du nucléaire », a pour sa part déclaré le ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé, sur Europe 1.

La France est la deuxième puissance nucléaire derrière les États-Unis et compte deux géants mondiaux du secteur, le constructeur de réacteurs Areva et l’électricien EDF.

Provoqué par le séisme et le tsunami qui ont frappé le Japon vendredi, l’accident en cours à la centrale nucléaire de Fukushima a ravivé le débat sur la sûreté des installations françaises.

Réunion de crise

Anne Lauvergeon, présidente du directoire d’Areva, estime dans Le Parisien qu’il y a « peut-être des leçons à tirer en France », notamment sur les problèmes d’inondation. « Mon obsession a toujours été la sûreté et la sécurité », souligne-t-elle.

La ministre française de l’Ecologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, a annoncé mardi qu’une « réunion de crise » de la filière nucléaire serait convoquée mercredi après-midi.

Pour le ministre de l’Industrie, Eric Besson, « on ne peut pas dire » qu’en France on fait comme si de rien n’était. « Dès la conception de nos centrales, en exploitation et lorsqu’il y a des procédures de révision, systématiquement, tous les risques sont intégrés », a-t-il dit sur RTL.

« L’onde de choc de ce qui est en train de se passer au Japon va toucher l’Europe et la France, et il y aura, quelles qu’en soient les formes, un débat autour de notre production énergétique et notre production nucléaire », a-t-il cependant reconnu.

Selon lui, les dernières informations en provenance du Japon prouvent qu’on est « sur le chemin d’une catastrophe nucléaire ».