L'UE mise sur les entreprises sociales pour relancer la croissance

Convaincue que les modèles de croissance économique du passé ne seront plus viables à l'avenir, la Commission européenne a entamé un dialogue crucial avec les différentes parties prenantes pour s'assurer que les entreprises sociales disposent des moyens et de la reconnaissance nécessaires pour croître, dans la mesure où elle est consciente que les politiques à elles seules ne sont pas suffisantes.

EURACTIV.com
This article is part of our special report "Emploi et croissance"
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Convaincue que les modèles de croissance économique du passé ne seront plus viables à l'avenir, la Commission européenne a entamé un dialogue crucial avec les différentes parties prenantes pour s'assurer que les entreprises sociales disposent des moyens et de la reconnaissance nécessaires pour croître, dans la mesure où elle est consciente que les politiques à elles seules ne sont pas suffisantes.

« La nouvelle croissance que nous devons construire sera […] plus sobre, plus verte, plus équitable », a déclaré le commissaire au marché intérieur, Michel Barnier, lors d'une conférence sur l'entreprenariat social vendredi dernier (18 novembre).

L'exécutif européen a dévoilé le mois dernier son Initiative pour l'entreprenariat social, qui vise à promouvoir une économie sociale de marché hautement compétitive, au cœur de la stratégie pour l'emploi « Europe 2020 ».

L'économie sociale (les coopératives, les fondations, les associations ou les sociétés mutuelles) emploie plus de 11 millions de personnes au sein de l'UE, soit 6 % de l'emploi total.

Les entreprises sociales ont été définies comme une priorité pour les financements de la politique régionale de l'UE. Près de 90 millions d'euros ont été débloqués afin de créer un nouvel instrument d'investissement social destiné à soutenir les investissements en titres de créance ou en actions en 2014-2020.

« Pour gagner cette bataille de la compétitivité, chaque citoyen et chaque entreprise sont nécessaires », a déclaré M. Barnier, insistant sur la nécessité d'investir davantage dans ce domaine.

La Commission devrait proposer un cadre réglementaire européen pour des fonds d'investissement sociaux avant la fin 2011, dans le but de faciliter l'accès aux marchés financiers pour les entreprises sociales et par là même de surmonter l'un des obstacles majeurs au développement de ce secteur.

Bruxelles a en effet l'intention de définir un cadre permettant aux entreprises sociales d'accéder à des fonds privés.

« L'argent est disponible, mais les investisseurs doivent être convaincus du bien-fondé de leurs opérations », a affirmé Nadia Calviño, la directrice générale adjointe au marché intérieur auprès de la Commission européenne. Elle a souligné la nécessité de définir des indicateurs clairs pour évaluer le rendement social de ces entreprises.

Traditionnellement soutenues par des fonds publics, les entreprises sociales pourraient bien voir leurs moyens diminuer drastiquement, alors que les budgets publics sont sur la corde raide, a déclaré Sergio Arzeni, directeur du Centre de l'OCDE pour l'entreprenariat, les PME et le développement local. Il a expliqué que faciliter l'accès aux financements permettrait de créer des emplois et de la croissance dans l'économie sociale.

Mais l'accès aux financements demandera également une simplification des processus, a ajouté M. Arzeni.

Alléger les formalités administratives

Nombreux sont les entrepreneurs sociaux qui n'ont que peu ou pas d'expérience en matière de lancement d'entreprise, mais ils connaissent les besoins d'ordre social de la population sur le terrain. Les programmes sont bien trop bureaucratiques. Alléger les formalités administratives et fournir aux entreprises les conseils nécessaires pourrait permettre à plus d'entreprises sociales de voir le jour.

Le ministre danois des affaires et de la croissance, Ole Sohn, a déclaré que son pays avait mis à disposition des nouvelles entreprises un système consultatif public et a fait remarquer l'efficacité de cette initiative.

Selon l'OCDE, la paperasserie représente près de 3,4 % du PIB. « Si nous parvenons à diviser la paperasserie par deux en la simplifiant, nous pourrions gagner entre 1,5 et 2 % du PIB à travers l'Europe », a-t-il affirmé.

Alléger les formalités administratives passe également par la modernisation des règles relatives aux marchés publics. Ce projet sera au coeur de la présidence danoise qui débutera le 1er janvier 2012, a poursuivi M. Sohn.

Les entreprises sociales considèrent souvent qu'elles font face à des difficultés disproportionnées pour accéder à des contrats publics, et la Commission a mis un point d'honneur à réformer ces règles, notamment dans le cas des services sociaux, de santé, et pour l'environnement, tel que le recyclage.

En mars dernier, Bruxelles a également réformé les règles d'aide aux Etats membres applicables aux services d'intérêt économique général, qui pourraient toucher les entreprises sociales à l'origine de ces services.

Tendre la perche aux jeunes travailleurs

Les entreprises sociales pourraient également représenter un élément de réponse à la montée du chômage chez les jeunes.

« L'économie sociale a un rôle à jouer dans l'entrée des jeunes sur le marché du travail », a ajouté M. Arzeni en citant les Pays-Bas en exemple.

Quelque 65 % des jeunes Néerlandais à partir de 14-15 ans débutent leurs activités dans l'économie sociale. Ils accumulent des compétences et des expériences, qui s'avèrent précieuses lorsqu'ils finissent leurs études et entrent sur le marché du travail. Les Pays-Bas ont l'un des taux de chômage les plus faibles d'Europe.

« Les jeunes sont bien plus à même de changer le monde », a déclaré Muhammed Yunus, le prix Nobel de la paix et fondateur de la Grameen Bank au Bangladesh, qui est à l'origine du micro-crédit.

Ils devraient avoir l'opportunité de s'engager dans l'économie sociale. Selon les parties prenantes, les écoles et les universités devraient créer des cursus spécifiques aux entreprises sociales, afin de répondre au besoin de développer la capacité de gestion des entrepreneurs sociaux, a noté l'eurodéputé français Marc Tarabella, le coprésident de l'intergroupe de l'économie sociale au Parlement européen.