L'UE mise sur l'économie circulaire pour réduire les déchets
L'exécutif européen vient de publier des propositions en vue d'augmenter le taux de recyclage et de supprimer progressivement la mise en décharge. Certaines mesures contraignantes visent à stimuler la transition vers une « économie circulaire ».
L’exécutif européen vient de publier des propositions en vue d’augmenter le taux de recyclage et de supprimer progressivement la mise en décharge. Certaines mesures contraignantes visent à stimuler la transition vers une « économie circulaire ».
L’économie circulaire est définie comme un modèle économique qui ne produit quasi aucun déchet, car les matières premières sont réutilisées et recyclées de manière constante dans un système qui s’apparente à un circuit fermé.
- La Commission a adopté le 2 juillet une longue série d’objectifs juridiquement contraignants :
- un taux de recyclage de 70 % pour les déchets municipaux d’ici 2030 ;
- un taux de recyclage de 80 % pour les emballages, comme le verre, le papier, le métal et le plastique d’ici 2030 ;
- une interdiction de mettre en décharge tout type de déchet recyclable ou biodégradable d’ici 2025.
Le document répertorie une série d’objectifs ambitieux, qui ne sont pas contraignants :
- la suppression progressive de tous les déchets récupérables d’ici 2030 ;
- une réduction de 30 % de la quantité des déchets d’ici 2025 ;
- et une diminution de 30 % des déchets marins d’ici 2020.
Dans le cadre de ces nouvelles mesures, la Commission préconise également de mesurer la productivité des ressources sur la base du PIB rapporté à la consommation des matières premières (PIBCMP).
Débats houleux en perspective
Le débat au Parlement et entre les États membres promet d’être tendu. BusinessEurope, l’organisation qui représente le patronat européen, a rejeté l’idée d’objectifs. « L’utilisation des ressources ne devrait pas faire l’objet de sanctions », a-t-elle indiqué en rejetant la proposition d’indicateur de productivité des ressources. Certains pays tels que le Royaume-Uni ne sont pas non plus en faveur d’objectifs imposés aux États membres.
La Commission a toutefois mis en avant sa propre argumentation. Selon elle, si ces objectifs sont atteints, 580 000 nouveaux emplois pourraient être créés parmi les entreprises respectueuses de l’environnement dans toute l’UE, et la demande pour des ressources rares et coûteuses serait en diminution.
Janez Poto?nik, le commissaire européen en charge de l’environnement, a déclaré que le paquet « marque la reconnaissance que le chemin vers la croissance que nous suivons n’est pas le bon pour l’Europe au XXIe siècle ». Le commissaire slovène s’est exprimé ouvertement sur la « société du gaspillage », dans laquelle des produits sont sans cesse jetés sans prendre en compte leur coût écologique lors de leur production.
>> Lire aussi : Janez Poto?nik : « Les subventions à l’eau et l’énergie entravent l’économie circulaire »
« Nous fonctionnons avec des systèmes économiques linéaires hérités du 19e siècle dans le monde du XXIe siècle qui est celui des économies émergentes, des millions de nouveaux consommateurs des classes moyennes et des marchés interconnectés. Si nous voulons être compétitifs, nous devons tirer le meilleur parti de nos ressources, et cela implique de les recycler pour pouvoir les réutiliser à des fins productives et non de les mettre en décharge comme des déchets », a expliqué Janez Poto?nik.
De nouveaux « emplois respectueux de l’environnement »
Bon nombre d’entreprises en Europe ont tenté de réduire leur impact sur l’environnement. L’Union européenne devrait par exemple augmenter la productivité des ressources de 15 % entre 2014 et 2030 selon la législation actuelle.
Toutefois, Janez Poto?nik a déclaré que la Commission devait prendre des mesures étant donné que l’UE était toujours en train « d’analyser le modèle de l’économie linéaire ». Dans ce système, on ne cesse d’exploiter de nouvelles ressources et les produits sont jetés […] dès qu’ils ont été utilisés.
La Commission souhaite encourager les entreprises à adopter des pratiques respectueuses de l’environnement, comme augmenter la longévité des produits et faciliter leur réparation. Selon l’exécutif européen, les entreprises pourront tirer profit de telles mesures sur le long terme.
La mise en place de ces mesures permettrait aux entreprises européennes d’économiser environ 600 milliards d’euros, soit 8 % du chiffre d’affaires annuel, selon l’exécutif européen.
« Le passage à une économie verte est une occasion énorme de créer de nouveaux emplois et respectueux de l’environnement tout en sécurisant le bien-être des générations futures de manière durable et en contribuant à la sortie de la crise économique », a indiqué László Andor, le commissaire en charge de l’emploi et des affaires sociales.
Il a ajouté que la « transformation économique », définie dans le document, pourrait mener à une redéfinition ou à un changement de certains emplois, surtout dans les secteurs comme l’eau, les déchets, l’efficacité énergétique et l’énergie.
L’Union européenne souhaite promouvoir les compétences dans ces domaines et le recyclage professionnel. Elle a d’ailleurs accordé des financements pour encourager la création d’emplois respectueux de l’environnement.
Le document propose des mesures en vue d’améliorer le rendement des ressources dans le secteur de la construction et de la démolition. L’exécutif propose par exemple de promouvoir la « symbiose industrielle », c’est-à-dire le partage des produits dérivés entre les entreprises.
Le paquet législatif se trouve dorénavant sur la table du Conseil de l’Union européenne et du Parlement européen.
La Commission devrait par ailleurs publier des propositions en vue de lutter contre le gaspillage alimentaire dans les semaines à venir.