L'UE met en garde la Hongrie sur l’indépendance de sa banque centrale

Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a demandé hier (20 décembre) au premier ministre hongrois, Viktor Orbán, d'annuler une loi qui pourrait menacer l’indépendance de la banque centrale du pays.

EURACTIV.com
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Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a demandé hier (20 décembre) au premier ministre hongrois, Viktor Orbán, d'annuler une loi qui pourrait menacer l’indépendance de la banque centrale du pays.

« Le président [Barroso] a envoyé une lettre au premier ministre Orbán pour lui faire part de ses inquiétudes à ce sujet », a déclaré la porte-parole de la Commission Pia Ahrenkilde Hansen à la presse bruxelloise.

Selon le Wall Street Journal, M. Barroso a fait référence aux projets du gouvernement hongrois de revoir la structure de sa banque centrale en nommant un troisième vice-gouverneur et en augmentant le nombre de membres du Conseil de la politique monétaire.

Le quotidien a cité le gouverneur de la Banque nationale de Hongrie, András Simor, affirmant que les éléments de cette loi pourraient permettre d'autres avancées que l'accroissement de l'influence du gouvernement sur la politique monétaire.

La Commission émet de sérieux doutes quant à la compatibilité des projets de loi de la Banque nationale hongroise (Magyar Nemzety Bank) avec l'article 130 du traité de Lisbonne sur l'indépendance de la Banque centrale européenne, a affirmé Mme Hansen. Elle a ajouté que M. Barroso déplorait également que les dernières ébauches de ces lois n'aient pas été soumises à la BCE pour consultation, alors qu'elle a exprimé ses inquiétudes à ce sujet à plusieurs reprises.

L'article 130 stipule que ni la BCE, ni une banque centrale nationale, ni un membre de leurs organes de prise de décision, ne doivent recevoir d'instructions des institutions, des organes, des bureaux ou des agences de l'Union, du gouvernement d'un Etat membre ou de tout autre organisme.

M. Barroso a fait savoir à M. Orbán que si ces lois nationales se révélaient incompatibles avec le droit européen, elles devraient être modifiées, a expliqué Mme Hansen. Elle a ajouté que M. Barroso avait conseillé au premier ministre hongrois de ne plus soumettre ces deux projets de loi au parlement et de travailler avec les institutions de l'UE pour qu'elles puissent être compatibles avec la législation européenne.

« Loi de stabilité »

Selon le site Internet hongrois Origo, M. Barroso a demandé à M. Orbán d'annuler cette loi portant sur la banque centrale, ainsi qu'une « loi de stabilité » proposée ce mois-ci pour lier le rythme de la réduction de la dette à la croissance économique.

« Je vous conseille vivement de ne pas proposer ces deux lois « cardinales » au parlement », aurait écrit M. Barroso selon Origo.hu.

M. Barroso a également été cité sur ce site comme affirmant que les problèmes économiques de la Hongrie étaient largement dus à sa propre gestion de l'économie.

« Les problèmes financiers et économiques de la Hongrie peuvent directement trouver leur origine dans les décisions et les mesures politiques prises à l'échelle nationale et tout programme devrait donc fournir des solutions en fonction de cet état de fait », aurait écrit M. Barroso à M. Orbán.

M. Orbán a récemment demandé une « aide préventive » à l'UE et au Fonds monétaire international, car selon lui, la Hongrie a besoin d'une « sorte de police d'assurance » contre d'éventuelles difficultés financières futures.

Il a cependant souligné qu'il ne transigerait pas sur la souveraineté économique de son pays.