L'UE face à un risque de resserrement du crédit
Les ministres européens des finances ont été discrètement avertis des dangers d'un nouveau resserrement du crédit, alors que la crise « systémique » de la dette souveraine dans la zone euro contamine à présent les banques.
Les ministres européens des finances ont été discrètement avertis des dangers d'un nouveau resserrement du crédit, alors que la crise « systémique » de la dette souveraine dans la zone euro contamine à présent les banques.
Dans un rapport rédigé à l'intention des ministres se réunissant en Pologne vendredi et samedi et obtenu par l'agence de presse Reuters hier (14 septembre), de hauts représentants de l'UE ont déclaré que la zone euro risquait d'être confrontée à un « cercle vicieux entre la dette souveraine, le financement des banques et une croissance négative ».
« Tandis que les tensions sur le marché de la dette souveraine se sont intensifiées et que les risques de financements bancaires ont augmenté pendant l'été, la contagion s'est propagée sur les marchés et les pays et la crise est devenue systémique », a affirmé l'influent Comité économique et financier.
« Un nouveau renforcement des ressources des banques est souhaitable », se sont vu conseiller les ministres. Cet appel fait écho à la demande du Fonds monétaire international de recapitaliser rapidement les banques européennes.
Ce rapport a souligné le défi auquel sont confrontés les dirigeants européens s'agissant de restaurer la confiance, alors que les leaders allemands, français et grecs participaient à une conférence téléphonique cruciale sur les efforts à consentir pour éviter un défaut de paiement de la Grèce, qui pourrait donner lieu à une crise financière mondiale.
Moody's Investors Service a dégradé deux des principales banques françaises, la Société Générale et le Crédit Agricole, affirmant s'inquiéter de plus en plus quant à leur profil de financement et de liquidité suite à l'aggravation des conditions de refinancement.
L'agence de notation a laissé la plus grande banque de France, BNP Paribas, sous surveillance, estimant que son niveau de profitabilité et de fonds propres avaient été suffisants pour absorber les pertes potentielles qu'elle risquait de subir à terme du fait de son exposition à la Grèce, au Portugal et à l'Irlande.
L'euro et les titres européens avaient précédemment repris de la valeur, suite à l'annonce du président de la Commission européenne que l'exécutif de l'UE présenterait sous peu différentes options concernant l'émission d'obligations communes à la zone euro, malgré la réticence de l'Allemagne.
De nombreux investisseurs pensent que l'émission d'obligations communes serait la meilleure solution car cela permettrait de rassurer les marchés sur le fait que les économies les plus fortes d'Europe soutiennent les plus faibles.
Toutefois, les pays du nord de l'Europe restent fermement opposés à l'idée d'assumer les dettes des pays du sud dépensiers, ce qui ne joue pas en faveur du projet d'émission d'euro-obligations.
Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a déclaré au Parlement européen qu'une union renforcée, surtout dans la zone euro, était la seule façon de renverser la tendance négative qui régnait sur les marchés financiers.
« Je souhaite confirmer aujourd'hui que la Commission présentera bientôt différentes options pour l'introduction d'euro-obligations. Certaines d'entre elles pourraient être mises en œuvre dans le cadre de l'actuel traité, et d'autres requerraient une modification du traité », a-t-il déclaré.
Il a cependant admis que ces obligations ne constituaient pas une solution miracle pour sortir de la crise et qu'elles pourraient faire partie d'un plan plus global.
La Chine, tout comme les Etats-Unis, craint aujourd'hui que l'Europe ne soit pas capable d'enrayer la contagion de la dette. Par ailleurs, des représentants indiens et brésiliens ont quant à eux déclaré que les économies émergentes envisageaient d'augmenter leurs avoirs en dette souveraine européenne.
Tim Geithner, le Secrétaire au Trésor des Etats-Unis, a demandé aux dirigeants européens d'agir avec plus d'énergie pour mettre un terme à l'escalade de la crise, affirmant qu'ils avaient la capacité économique et financière de le faire.
Alors que les inspecteurs de l'UE et du FMI sont attendus à Athènes lundi pour examiner les problèmes rencontrés par la Grèce s'agissant de se conformer à son plan de renflouement, la chancelière allemande, Angela Merkel, et le président français, Nicolas Sarkozy, ont demandé au premier ministre grec, George Papandreou, de mettre en place des mesures d'austérité pour remplir les objectifs budgétaires, peut-on lire dans une déclaration de l'Elysée.
« Contrairement aux rumeurs lancées récemment, toutes les parties ont souligné que la Grèce resterait dans la zone euro », a déclaré le porte-parole du gouvernement grec Ilias Mossialos, après cette conférence téléphonique de 25 minutes.
Suite à cette conversation, un représentant grec a avancé qu'Athènes s'attendait à ce que la « troïka » UE/FMI déclare à présent que le pays était en passe de remplir ses objectifs 2011-12, à l'annonce de la mise en place de nouvelles mesures d'austérité le week-end dernier.
Olli Rehn, le commissaire européen aux affaires économiques et monétaires, a déclaré que l'émission d'euro-obligations requerrait une surveillance plus intrusive des politiques budgétaires et économiques des Etats membres, ce qui devrait faire l'objet d'un grand débat dans chaque pays.
Un porte-parole du ministère allemand des finances a réaffirmé que Berlin s'opposait à cette idée mais attendait de pouvoir consulter les différentes propositions.
Mme Merkel et M. Sarkozy contre un défaut de paiement « ordonné » de la Grèce
Mme Merkel et M. Sarkozy ont réaffirmé leur souhait que la Grèce demeure dans la zone euro et ont rejeté les appels à une « insolvabilité ordonnée » du pays surendetté.
Les dirigeants, qui ont participé hier soir à une conférence téléphonique avec le premier ministre grec, Georges Papandreou, se sont dits convaincus que l'avenir de la Grèce était dans la zone euro. Ils ont également souligné qu'il était « plus que jamais indispensable » de mettre pleinement en œuvre les décisions adoptées le 21 juillet par les chefs d’Etat et de gouvernement de la zone Euro pour assurer la stabilité de la zone euro.
Enrayer la contagion de la crise
La Chine et les Etats-Unis craignent que les gouvernements de la zone euro ne perdent le contrôle de la crise de la dette.
Wen Jiabao, le premier ministre chinois, a déclaré que Beijing était prêt à aider son plus grand partenaire commercial, mais a ajouté que l'Europe devait juguler la crise qui menace à présent l'Italie.
« Ce que nous devons faire maintenant, c'est empêcher la crise des dettes souveraines de se propager et de prendre plus d'ampleur », a déclaré Wen Jiabao mercredi en réponse aux appels pour l'achat de davantage d'obligations des nations de la zone euro.
Les marchés du crédit misent sur une probabilité de 90 % que la Grèce soit en défaut de paiement sur sa dette et, lors d'une enchère mardi, ont exigé la plus forte prime sur les obligations italiennes à cinq ans depuis que le pays a rejoint la zone euro en 1999.
Le gouvernement du premier ministre italien, Silvio Berlusconi, a remporté un vote de confiance au parlement sur un plan d'austérité de 54 milliards d'euros que les députés devaient finaliser dans la journée. Ces initiatives n'ont eu que peu d'effet jusqu'à présent s'agissant de rassurer les marchés sur le fait que la troisième économie de la zone puisse surmonter ses dettes.
La Grèce, l'Irlande et le Portugal ont tous trois bénéficié d'aides de l'UE et du FMI, mais nombreux sont ceux qui considèrent que l'Italie est un trop grand pays pour être renfloué.
EURACTIV avec Reuters – Article EURACTIV traduit de l'anglais par Amandine Gillet