L'UE et le Japon entament les négociations pour un accord de libre-échange
L'Union européenne et le Japon se sont engagés samedi (28 mai) à lancer des « négociations préliminaires » en vue de la signature d'un accord de libre-échange. Ils n'ont toutefois pas défini de date butoir précise et restent opposés sur la question du secteur automobile ainsi que dans d'autres domaines sensibles.
L'Union européenne et le Japon se sont engagés samedi (28 mai) à lancer des « négociations préliminaires » en vue de la signature d'un accord de libre-échange. Ils n'ont toutefois pas défini de date butoir précise et restent opposés sur la question du secteur automobile ainsi que dans d'autres domaines sensibles.
Lors de leur 20e sommet bilatéral après le G8 à Deauville, les dirigeants européens et japonais se sont mis d'accord pour intensifier leurs réunions techniques, afin de définir un champ de négociations en vue d'un éventuel accord de libre-échange (ALE).
La « définition du champ des négociations » débutera « aussi tôt que possible », ont déclaré les deux parties.
Des experts européens ont expliqué que cet exercice était une condition préalable à la négociation d'un accord de libre-échange global, même si ça n'a pas été le cas pour l'ALE signé avec la Corée du Sud l'année dernière.
Les négociations officielles commenceront lorsque leur champ aura été défini, dans six à neuf mois. Dans le même temps, la Commission européenne s'est engagée à solliciter un mandat auprès des Etats membres afin de lancer officiellement les discussions.
Aucune date n'est toutefois précisée dans le communiqué commun publié dans les conclusions du sommet.
Des tensions commerciales de longue date
Les Japonais ont accepté de négocier sur toutes les questions qui empoisonnent leurs relations commerciales bilatérales depuis longtemps, notamment les barrières non tarifaires, les investissements étrangers et les marchés publics.
De fait, bien que le Japon impose des droits peu élevés sur les produits importés, son marché demeure très fermé, à cause de nombreux obstacles juridiques. « Vous exportez une voiture au Japon et puis vous découvrez ensuite que les autorités responsables de la sécurité routière bloquent sa vente, car elle ne respecte pas les normes de sécurité complexes du pays, comme la forme des vitres latérales », a expliqué un représentant de l'UE.
Les investissements étrangers sont également très limités. « Le Japon est le membre de l'OCDE qui est de loin le plus fermé aux investissements étrangers, qui représentent moins de 3 % de son PIB, alors que nous sommes les plus ouverts avec 30 % », a déclaré un diplomate de l'UE.
L'investissement direct à l'étranger de l'UE (IDE) au Japon a chuté ces dernières années de 5,5 milliards d'euros en 2007 à 4 milliards d'euros en 2010, selon Eurostat.
Les Japonais ne sont cependant pas du même avis. « Le marché européen est beaucoup plus protégé que le japonais », a déclaré à EURACTIV le porte-parole du ministère japonais des affaires étrangères Satoru Satoh.
« Le Japon et l'Europe ont une longue histoire de tensions commerciales irrésolues », a affirmé un haut fonctionnaire de la Commission, laissant entendre que le lancement d'un processus long, sans date butoir, était un grand pas en avant.
Mais ceux qui s'attendaient à des progrès plus significatifs lors du sommet dans le sillage du séisme et du tsunami du mois de mars sur l'archipel nippon seront déçus.
Le Japon sous pression pour clore les discussions
Le Japon est sous pression pour signer un accord de libre-échange avec l'Europe suite à la conclusion d'un ALE entre l'UE et la Corée du Sud en décembre. Cet accord pousse les autorités japonaises à combler cette lacune qui les distingue encore de leurs concurrents coréens de plus en plus ambitieux.
Naoto Kan, le premier ministre japonais, est sous le feu des critiques suite à la catastrophe nucléaire de Fukushima déclenchée par un séisme et un tsunami dévastateurs en mars dernier.
En poste depuis juin 2010, M. Kan risque de rejoindre les rangs des dirigeants japonais qui ne sont pas resté longtemps au pouvoir et de devoir affronter une motion de censure au parlement. L'annonce d'un accès plus facile à l'immense marché intérieur de l'Europe pourrait lui permettre de regagner des points.
Cet accord serait encore plus pertinent aujourd'hui étant donné la crise économique qui fait rage au Japon, alors que la reconstruction du pays bat son plein.
Les intérêts de l'UE
Le marché japonais est très convoité par l'industrie européenne et son ouverture serait plus que bénéfique pour les sociétés européennes. Les entreprises de l'UE se plaignent depuis longtemps de la difficulté d'entrer sur le marché nippon (voir « Contexte ») et pourraient se réjouir d'un accès plus aisé à ce marché.
Toutefois, les attitudes protectionnistes sont de plus en plus fréquentes dans les Etats membres, comme l'ont montré les récents conflits qui ont précédé l'ALE avec la Corée du Sud.
En effet, la Commission risque de rencontrer des problèmes quant à l'obtention d'un mandat pour négocier un ALE avec le Japon.
Le Parlement européen a également exprimé ses inquiétudes concernant cet accord commercial avec le Japon. L'industrie automobile européenne, qui était l'un des plus fervents opposants à l'ALE avec la Corée du Sud, a salué la position plus ferme de l'UE dans les négociations, affirmant qu'elle n'avait « pas donné un feu vert inconditionnel pour un accord de libre-échange avec le Japon ».
Francesco Guarascio
Article traduit de l'anglais par EURACTIV