L'UE envisage de bloquer les distributeurs et les frontières en cas de Grexit

Les responsables européens des finances envisagent de limiter les retraits d'argent aux distributeurs, d'imposer des contrôles aux frontières et d'introduire des contrôles des capitaux. Ces mesures pourraient être mises en œuvre dans le pire des cas, si Athènes décidait de quitter l'euro.

EURACTIV.com / Reuters

Les responsables européens des finances envisagent de limiter les retraits d'argent aux distributeurs, d'imposer des contrôles aux frontières et d'introduire des contrôles des capitaux. Ces mesures pourraient être mises en œuvre dans le pire des cas, si Athènes décidait de quitter l'euro.

Des fonctionnaires européens ont confié à Reuters que ces options faisaient partie d'une série de plans d'urgence. Ils ont souligné qu'il s'agissait surtout d'être parés à toute éventualité et non pas de se préparer à une situation qui pourrait se produire. Aucune des personnes interrogées par Reuters n’envisage une sortie de la Grèce de la zone euro.

Toutefois, étant donné l'incertitude politique qui règne en Grèce suite aux élections du 6 mai et à l'approche du second scrutin du 17 juin, il est nécessaire de disposer de plans d'urgence, ont précisé ces sources européennes.

Des conférences téléphoniques ont eu lieu ces six dernières semaines, alors que l'inquiétude s'intensifie quant à l'éventualité que la coalition de la gauche radicale, Syriza, puisse remporter les élections, ce qui augmenterait le risque que le pays refuse les conditions de son renflouement et se dirige dès lors vers l'abandon de la monnaie unique.

Aucune décision n'a été prise lors de ces discussions, mais les membres du groupe de travail de l'Eurogroupe, constitué des vice-ministres des finances et des responsables du trésor de la zone euro, ont envisagé plusieurs options en détail, selon ces mêmes sources.

Le ministre belge des finances, Steven Vanackere, a déclaré fin mai que chaque Etat de la zone euro devait se tenir prêt à relever des défis. L'objectif de ces pourparlers était de limiter les retraits massifs ou la fuite des capitaux.

En plus de limiter les retraits de liquidités et d'imposer des contrôles sur les capitaux, ils ont envisagé la possibilité de suspendre l'accord de Schengen qui prévoit un régime sans visa pour 26 pays.

« Des plans d'urgence sont en cours d'élaboration dans l'éventualité où la Grèce quitterait la zone euro », a expliqué une source impliquée dans les conférences téléphoniques. « La limitation des retraits aux distributeurs et des mouvements de capitaux sont des options qui ont été envisagées et analysées. »

Une autre source a confirmé ces dires et que la suspension de l'accord de Schengen était sur la table.

« Il ne s'agit pas de discussions politiques, il s'agit de débats entre experts des finances qui doivent se préparer à toute éventualité », a affirmé une autre source. « C'est une planification judicieuse, il faut se préparer au pire. »

Un fonctionnaire européen a affirmé que la base juridique de ces mesures extrême faisait toujours l'objet d'une étude approfondie.

« La Banque de Grèce n'est pas au courant de ces plans », a déclaré à Reuters un porte-parole de la banque centrale à Athènes.

Une grande majorité des Grecs, selon certains sondages 75 à 80 %, souhaite conserver la monnaie unique. Les décideurs politiques grecs en sont bien conscients et cet état de fait pourrait les dissuader de pousser le pays au bord du gouffre.

Selon les sondages toujours, Syriza devrait toutefois remporter les élections, ou du moins arriver à la seconde place le 17 juin prochain. Alexis Tsipras, le leader du parti, a affirmé qu'il prévoyait de ne pas respecter ou de renégocier en profondeur le renflouement de 130 milliards d'euros conclu avec l'Union européenne et le Fonds monétaire international. L'UE et le FMI ont quant à eux assuré ne pas vouloir renégocier l'accord.

Si ces différends ne peuvent être surmontés, la menace d'une sortie du pays de la zone euro ou de son expulsion demeurera, d'où la nécessité de prévoir des plans d'urgence.

La Suisse a annoncé le mois dernier qu'elle envisagerait d'introduire des contrôles sur les capitaux si l'euro s'effondrait.