L’UE cherche une solution à la crise bancaire espagnole

  Les fonctionnaires de l’Union européenne cherchent une solution rapide pour éviter l'effondrement du secteur bancaire espagnol, même si Madrid n’a pas encore officiellement demandé d’aide et continue d’échapper à la supervision internationale, selon des sources qui se sont exprimées hier (6 juin).

EURACTIV.com / Reuters
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Les fonctionnaires de l’Union européenne cherchent une solution rapide pour éviter l'effondrement du secteur bancaire espagnol, même si Madrid n’a pas encore officiellement demandé d’aide et continue d’échapper à la supervision internationale, selon des sources qui se sont exprimées hier (6 juin).

 

L'Espagne, la quatrième économie de la zone euro, a annoncé cette semaine qu'elle était en train de perdre son accès aux marchés du crédit en raison de coûts d'emprunt prohibitifs. Elle a d'ailleurs appelé ses partenaires européens à l'aide pour sauver ses banques.

 

La Banque centrale européenne a anéanti l'espoir des investisseurs d'un assouplissement de la politique monétaire ou d'une nouvelle allocation de liquidités bon marché pour les banques, bien qu'elle ait reconnu que le marché monétaire de la zone euro était devenu « dysfonctionnel ». La BCE a décidé de laisser le principal taux directeur à 1 % lors de sa réunion mensuelle.

 

Cette décision met les dirigeants européens sous pression pour trouver une solution à la crise de la dette lors de leur sommet de ce mois-ci. Les Etats-Unis et les autres puissances mondiales observent la situation de près et s'inquiètent des retombées sur l'économie mondiale.

 

Le ministre espagnol de l'économie, Luis de Guindos, a déclaré suite à une réunion à la Commission européenne que son pays ne prévoyait pas d'avoir recours à un renflouement tout de suite. L'Espagne souhaite attendre les résultats d'un rapport du FMI et d'un audit indépendant de son secteur bancaire. Les résultats de ces deux rapports sont attendus ce mois-ci et Madrid attendra donc de les avoir reçus avant de prendre une décision sur la manière de recapitaliser ses banques, a-t-il précisé.

 

Le président de la BCE, Mario Draghi, a déclaré que les marchés financiers avaient raison de s'inquiéter quant à l'avenir de la zone euro, mais qu'ils sous-estimaient l'engagement politique envers la monnaie unique. Il a salué la décision des dirigeants européens de travailler sur une vision à long terme pour une union économique et monétaire à part entière.

 

« Certains des problèmes de la zone euro n'ont rien à voir avec la politique monétaire », a-t-il expliqué lors d'une conférence de presse. « Je ne pense pas qu'il soit judicieux que la politique monétaire compense le manque d'initiative des autres institutions. »

 

Admettant que la décision de laisser le principal taux directeur à 1 % n'avait pas été unanime, il a reconnu que quelques membres du directoire avaient réclamé une baisse du taux ce mercredi.

 

Quant à la possibilité que la BCE prenne des mesures de soutien si les dirigeants se décidaient à s'engager en faveur d'une union bancaire et budgétaire, il a expliqué qu'aucune négociation n'était en cours à ce sujet, mais que la BCE observerait l'évolution de la situation et se tiendrait prête à agir.

 

La Commission européenne a proposé hier d'accroître le pouvoir des régulateurs pour qu'ils puissent prendre le contrôle des banques en péril, ce qui constituerait une première étape vers une union bancaire dans la zone euro. Cette proposition devra néanmoins d'abord être approuvée par les gouvernements de l'UE et le Parlement européen. Elle pourrait dès lors ne pas entrer en vigueur avant 2015, trop tard pour sauver le système bancaire de l'Espagne.

 

Des sources proches du dossier à Berlin et à Bruxelles ont affirmé que des plans de secours étaient déjà envisagés pour aider l'Espagne. Des juristes examinent à la loupe les traités européens pour trouver comment Madrid pourrait recevoir de l'argent du fonds de sauvetage de la zone euro sans toutes les contraintes que comporte le programme d'ajustement économique, ont-elles expliqué.

 

Des fonctionnaires allemands ont déclaré que l'objectif était d'éviter que l'Espagne ait à adopter de nouvelles réformes économiques imposées de l'extérieur et contrôlées par des inspecteurs de l'UE et du FMI, comme c'est le cas en Grèce, au Portugal et en Irlande.

 

Dans l'attente du rapport du FMI sur le secteur bancaire espagnol lundi, certaines sources ont laissé entendre que des réunions préparatoires pourraient avoir lieu ce week-end au niveau européen.

 

En public, le porte-parole du gouvernement allemand a répété qu'il revenait à l'Espagne de décider de demander l'aide ou non du FESF. M. Draghi s'est lui aussi exprimé en ce sens.

 

Selon des sources à Berlin, le ministère allemand des finances estimerait que le fonds de sauvetage permanent de la zone euro, le Mécanisme européen de stabilité de 500 milliards d'euros devant entrer en vigueur le mois prochain, pourrait prêter directement au fonds public Frob pour sauver les banques espagnoles. Les juristes de l'UE ne sont toutefois pas convaincus de la légalité d'une telle mesure.