L’UE accorde à la Turquie le statut « d’économie de marché » [FR]
Hier 4 novembre, la Commission européenne a présenté un aperçu mitigé des perspectives d’adhésion de la Turquie à l’UE, saluant ses bons résultats économiques, mais appuyant pour des progrès plus nombreux et plus rapides en matière d’état de droit et de libertés politiques. Parallèlement, des eurodéputés ont remis en question la volonté politique du gouvernement turc de poursuivre le processus de réforme.
Hier 4 novembre, la Commission européenne a présenté un aperçu mitigé des perspectives d’adhésion de la Turquie à l’UE, saluant ses bons résultats économiques, mais appuyant pour des progrès plus nombreux et plus rapides en matière d’état de droit et de libertés politiques. Parallèlement, des eurodéputés ont remis en question la volonté politique du gouvernement turc de poursuivre le processus de réforme.
Présentant au Parlement européen les rapports d’étape de la Commission européenne sur les pays candidats, le commissaire à l’Elargissement Olli Rehn a critiqué la portée limitée de la réforme récente tout en appelant à une approche plus constructive par rapport à la question chypriote.
La question chypriote est essentielle
Selon le commissaire, qui a rappelé à la Turquie sa responsabilité spécifique de ne pas gêner les efforts de réunification de Chypre, il est essentiel d’entretenir des relations de bon voisinage. M. Rehn a salué le lancement de négociations à part entière entre les dirigeants des communautés chypriotes grecque et turque, mais a regretté l’absence de progrès de la part de la Turquie en vue de normaliser les relations bilatérales avec l’île divisée.
Cette opinion critique a été partagée par plusieurs eurodéputés, l’eurodéputé grec Marios Matsakis accusant la Turquie de refuser purement et simplement l’idée d’une Chypre unifiée. M. Matsakis a également reproché à la Commission de ne pas adopter un ton suffisamment ferme à l’égard de la Turquie, accusant l’exécutif européen d’utiliser trop de « carotte » alors qu’il devrait utiliser plus de « bâton ».
Une longue liste de préoccupations
M. Rehn a en outre appelé le gouvernement du Premier ministre Tacyip Erdogan à revigorer le processus de réforme politique, d’autant plus que l’affaire de l’interdiction de l’AKP est désormais résolue. L’AKP, le parti au pouvoir en Turquie, avait tout juste échappé à une mort politique. Cette affaire a souligné le besoin d’une révision urgente des lois régissant les parties politiques, a indiqué le commissaire.
L’insuffisance de la révision de l’article 301
Le commissaire à l’Elargissement a loué la révision du tristement célèbre article 301 du code pénal turc, destinée à minimiser les peines encourues par les individus qui critiqueraient l’identité turque. Il a qualifié cette révision de démarche bienvenue, tout en estimant qu’il fallait davantage d’efforts pour fournir une meilleure protection des droits fondamentaux comme la liberté d’expression.
Le rapport de la Commission appelle à des réformes judiciaires supplémentaires, regrettant l’absence de cours d’appel et mettant en question l’impartialité du pouvoir judiciaire. Il relève également les progrès limités en matière de lutte contre la corruption.
L’exécutif européen a également exprimé son inquiétude quant à l’augmentation des cas de torture et de mauvais traitement recensés par des ONG ainsi qu’aux tentatives actuelles de l’armée en vue d’exercer une influence politique significative par le biais de mécanismes formels et informels. Selon le rapport, il est crucial à cet égard de renforcer le contrôle civil sur l’armée.
En outre, la Commission a demandé au gouvernement de M. Erdogan d’intensifier ses efforts pour promouvoir les droits des femmes et l’égalité entre les sexes et pour faire en sorte que la législation en matière de commerce respecte les normes européennes.
Les eurodéputés partagent les critiques de la Commission, remettant en question le fait que le gouvernement de M. Erdogan souhaite toujours continuer le processus de réforme. Je ne peux pas accepter que depuis six années consécutives, rien ne se passe, a souligné l’eurodéputée néerlandaise Ria Oomen-Ruijten, rapporteuse chargée du dossier sur le Turquie.
La Turquie est désormais une économie de marché qui fonctionne
La Commission a confirmé le fait que la Turquie a réalisé de grands progrès économiques. Malgré de constantes faiblesses structurelles et une faible stabilité marcroénomique, la Commission a souligné que les indicateurs ont suffisamment progressé pour que le pays soit considéré comme une économie de marché qui fonctionne.