L'opposition ukrainienne divisée cherche sa place en Europe

Trois éminents leaders de l'opposition en Ukraine se sont rendus à Bruxelles ces derniers jours, ce qui a permis de se faire une meilleure idée de la vie politique ukrainienne en amont des élections législatives prévue en octobre prochain.

EURACTIV.com
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Trois éminents leaders de l'opposition en Ukraine se sont rendus à Bruxelles ces derniers jours, ce qui a permis de se faire une meilleure idée de la vie politique ukrainienne en amont des élections législatives prévue en octobre prochain.

Arseni Iatseniouk (Front du changement), Vitali Klitschko (Alliance démocratique ukrainienne pour la réforme) et Natalia Korolevska (Parti social-démocrate d'Ukraine) ont tous affirmé que l'opposition pourrait remporter les élections si elle faisait front commun.

Une telle unité semble difficile à concevoir, dans la mesure où les trois opposants sont arrivés à Bruxelles séparément et ont tenu des conférences de presse distinctes.

M. Iatseniouk, ancien ministre des affaires étrangères dans le gouvernement de Ioulia Timochenko, s'est dit un allié de cette icône de l'opposition qui purge actuellement une peine de sept ans de prison pour abus de pouvoir.

Il n'a toutefois pas tenté de convaincre le public de son innocence.

« Personne n'est irréprochable »

« Elle n'est pas irréprochable. Personne ne l'est dans la politique ukrainienne », a-t-il déclaré le 24 mars dernier, faisant sans doute allusion au fait que la plupart des décideurs politiques du pays avaient déjà fait l'objet d'accusations de corruption.

Concernant la situation politique dans le pays, M. Iatseniouk, lui-même ancien candidat à la présidence, a fustigé le président, Viktor Ianoukovitch, ancien leader du Parti des régions, pour avoir ouvert sa porte à la Russie, notamment dans le cadre de du prolongement en 2010 de la présence russe sur la base militaire de la mer Noire en Crimée.

« L'Ukraine n'acceptera jamais un rattachement à la Russie ou l'indépendance de la Crimée », a-t-il affirmé.

Il a en outre reproché à M. Ianoukovitch d'avoir plaidé en faveur de la modification de la constitution du pays. En effet, après son élection, la Cour constitutionnelle a annulé de nombreux amendements de la constitution du pays introduits précédemment. La Commission de Venise du Conseil de l'Europe a par ailleurs estimé que ces modifications revenaient à passer d'un régime parlementaire à un système parlementaire-présidentiel.

A propos des élections à venir, il ne se fait pas d'illusion et est persuadé que le Parti des régions aura recours à la fraude comme ce fut le cas lors des élections locales d'octobre 2010.

Une autre figure de l'opposition, Vitali Klitschko, a quant à lui affirmé qu'il était nécessaire que des observateurs internationaux participent au scrutin d'octobre.

Une coalition difficile à construire

M. Klitschko est un ancien champion du monde de boxe qui peut se targuer d'avoir remporté 87 % de ses combats par KO, une performance qui le place juste derrière Rocky Marciano. Après avoir interrompu sa carrière, il a fondé en avril 2010 le parti politique de l'Alliance démocratique ukrainienne pour la réforme, dont l'acronyme, Oudar, signifie « coup » en russe et en ukrainien.

« Nous ne sommes pas naïfs. Cette élection ne sera pas juste », a déclaré M. Klitschko le 26 mars dernier, s'exprimant en anglais. Cet ancien champion, qui selon les sondages devrait remporter 10 % des voix, parle aussi couramment l'allemand.

M. Klitschko a affirmé avoir tiré les leçons de la défaite de l'opposition lors des élections municipales dans la ville d'Oboukhiv le 18 mars dernier. Oudar et le parti de Mme Timochenko, Batkivshchina, ont présenté des candidats différents et ont donc été battus par le Parti des régions.

L'ancien boxeur poids lourd a affirmé que son parti avait proposé d'organiser des primaires pour sélectionner un opposant unique qui, selon lui, aurait pu remporter le scrutin. Le candidat du Parti des régions a remporté 38,6 % des voix, mais les partis Oudar et Batkivshchina ont rassemblé à eux deux 40,05 % des votes. « Nos propositions ont été ignorées », s'est-il lamenté, ajoutant qu'il serait crucial de ne pas commettre la même erreur dans six mois.

Nouvelle génération

Natalia Korolevska, la dirigeante du Parti social-démocrate d'Ukraine, a déclaré hier (27 mars) que MM. Klitscko, Iatseniouk et elle-même appartenaient à une nouvelle génération de leaders politiques qui avaient beaucoup de choses en commun et devaient s'unir. Le Parti social-démocrate d'Ukraine, renommé « Ukraïna Vperiod » (l'Ukraine tournée vers l'avenir), est crédité de 3 % des voix dans les récents sondages.

Mme Korolevska a fait campagne à Bruxelles pour que Mme Timochenko se voie attribuer le prix Nobel de la Paix. Son parti de centre-gauche faisait jusqu'à récemment partie du « Bloc Ioulia Timochenko » (BlouT) de centre-droit. Les derniers scandales ont toutefois mené à la disparition du BlouT qui a été remplacé par Batkivshchina. Les deux partis se présenteront donc séparément aux élections.

Mme Korolevska n'a pas caché que ses relations demeuraient tendues avec Aleksandr Turchinov du Batkivshchina depuis que Mme Timochenko a été emprisonnée l'an dernier.

« M Turchinov a peur de la nouveauté, il a peur des réformes, il ne cherchait qu'une excuse pour nous évincer », a-t-elle expliqué, faisant référence au démantèlement du bloc qu'elle a qualifié d'illégal.

Elle a ajouté qu'elle espérait qu'une union politique avec MM. Iatseniouk et Klitschko serait possible dans le but de remporter les élections. Elle a également inclus dans ce groupe Anatoli Hrytsenko, ancien ministre de la défense sous Timochenko, qui dirige aujourd'hui un petit parti de l'opposition, Position civique.

Elle a cependant déploré les négociations secrètes entre les leaders de l'opposition qui, selon elle, relèvent du même type de pratiques que celles du parti au pouvoir.

Lorsqu'EURACTIV l'a interrogée sur le manque d'unité de l'opposition, elle a admis qu'une opposition unifiée permettrait davantage d'empêcher le parti dirigeant de frauder aux élections.

Les leaders ukrainiens de l'opposition jouissent de divers soutiens politiques en Europe. M. Klitschko est soutenu par la CDU de la chancelière allemande, Angela Merkel. Mme Korolevska serait proche de l'Internationale socialiste. Le Front du changement de M. Iatseniouk se dit quant à lui social-démocrate et social-libéral, mais il n'a pas encore choisi d'affiliation à un parti européen en particulier.