L'opposition boycotte les élections en Biélorussie
En Biélorussie, les autorités ont annoncé un taux de participation élevé aux élections législatives d'hier (23 septembre) après que le président, Alexandre Loukachenko, a qualifié les dirigeants de l'opposition de « lâches » pour avoir inciter la population à boycotter les élections.
En Biélorussie, les autorités ont annoncé un taux de participation élevé aux élections législatives d'hier (23 septembre) après que le président, Alexandre Loukachenko, a qualifié les dirigeants de l'opposition de « lâches » pour avoir inciter la population à boycotter les élections.
Les deux principaux partis de l'opposition ont exhorté la population à aller cueillir des champignons ou pêcher plutôt que de participer à un scrutin qui aboutirait de toute façon à un semblant de parlement dont le rôle serait d'approuver les directives de M. Loukachenko.
« Les élections ont donné lieu à l'élection de 109 députés […] », a déclaré Lidya Yermochina, la présidente de la commission électorale, lors d'une conférence de presse tôt ce matin.
Elle a expliqué que le taux de participation avait été élevé à 74,3 %, mais elle n'a pas souhaité préciser si l'appel au boycott de l'opposition avait eu un effet quelconque.
Lorsque les journalistes lui ont demandé si des candidats de l'opposition avaient été élus, elle a répondu : « J'en doute fort. »
L'appel au boycott a suscité une réaction de mépris de la part de M. Loukachenko, un populiste qui dirige cette ancienne république soviétique de 9,5 millions d'euros d'une main de fer depuis 1994 et n'a de cesse de réprimer l'opposition (voir « Contexte »).
« Ce sont des lâches qui n'ont rien à dire au peuple », a-t-il affirmé à la presse dimanche après avoir voté à Minsk.
Pour le siège qui n'a pas encore été attribué, un candidat de l'opposition n'est pas parvenu à obtenir plus de la moitié des voix et un second tour est prévu, a expliqué Mme Yermochina.
Le Parti civil uni de Biélorussie et le Front populaire biélorusse, tous deux dans l'opposition, ont appelé au boycott du scrutin en raison de la détention de prisonniers politiques et des fraudes électorales.
Toutefois, les étudiants, les militaires et les forces de police avaient déjà voté cinq jours plutôt, amenant déjà le taux de participation à 26 %. Personne ne doutait donc que l'élection serait déclarée valide.
Le parlement, qui compte 110 sièges, est principalement composé de candidats indépendants et ses députés initient rarement des textes de loi.
Le résultat du scrutin pourrait permettre à M. Loukachenko de présenter ces élections comme un réel exercice démocratique. Les agences d'observation occidentales n'ont pas jugé les élections biélorusses libres et justes depuis 1995.
L'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe a envoyé 330 observateurs sur place.
Tentant de défendre ses 18 années de pouvoir et d'intolérance face à l'opposition, M. Loukachenko, un ancien patron de sovkhoze qualifié par l'ancienne administration Bush de dernier dictateur d'Europe, a déclaré dimanche : « Nous n'avons pas besoin de révolutions et de bouleversements. »
« Si cette fois-ci, certains doutent du choix du peuple biélorusse, je ne sais pas quelles normes nous devrons appliquer pour les futures élections », a-t-il expliqué.
Arrestations et détentions
Des organisations de défense des droits de l'Homme affirment que la période qui a précédé le scrutin a été marquée par l'arrestation et la détention de militants de l'opposition.
La télévision et la radio d'État n'ont fait aucune mention de l'appel au boycott. Les organisations liées à l'opposition n'ont pas pu manifester dans les rues ou distribuer des prospectus en soutien à leur action et certaines figures de l'opposition n'ont pas pu se porter candidats pour des raisons techniques.
« Tout ça, c'est interdit », s'est insurgé Anatol Liabiedzka, le président du Parti civil uni de Biélorussie, brandissant une pile de brochures sur son bureau qui appelaient la population à se rendre au parc, à aller cueillir des champignons, à aller à la pêche ou encore se promener dans les bois, plutôt que d'aller voter.
Le parti de M. Liabiedzka a publié une vidéo sur YouTube qui montre des militants cueillant des champignons, jouant aux échecs et lisant des livres dans un parc, au lieu de se rendre aux urnes.