L’OIF défend l’adhésion du Qatar
Les dirigeants des pays francophones de l’Organisation internationale de la francophonie ont officiellement accueilli le Qatar en tant que membre associé, ce qui fait sourciller certains par rapport aux critères de sélection d’adhésion. Les responsables de l’OIF ont toutefois défendu la décision, expliquant que Doha avait témoigné de son engagement envers la langue française.
Les dirigeants des pays francophones de l’Organisation internationale de la francophonie ont officiellement accueilli le Qatar en tant que membre associé, ce qui fait sourciller certains par rapport aux critères de sélection d’adhésion. Les responsables de l’OIF ont toutefois défendu la décision, expliquant que Doha avait témoigné de son engagement envers la langue française.
Le 14 octobre, le Qatar est entré officiellement au sein du cercle des pays francophones à la fin d’un sommet tenu à Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo.
Certains, dont l’American Jewish Committee (AJC) aux États-Unis, voient d'un mauvais oeil l'entrée du pays dans l'OIF, exprimant leur stupéfaction par rapport à la décision.
« Même si seulement 1 % de la population au Qatar est francophone, le pays a joint l'OIF en tant qu'État membre sans devenir d'abord un “État observateur”, une étape habituelle dans la procédure d'adhésion », a déclaré l’AJC.
Bien que 20 % de la population israélienne parle français, l'OIF a longtemps refusé d'admettre l'État juif comme un de ses membres, a ajouté l'AJC, accusant l'OIF d'appliquer la règle de « deux poids, deux mesures ».
« Le refus de l'OIF d'accepter Israël comme État membre prouve l'intolérance de l'organisation étant donné qu'elle continue d'ignorer l'existence de millions d'Israéliens parlant le français. »
L'OIF a rejeté ces accusations déclarant qu'elle n'avait jamais reçu de demande officielle, mais qu'elle la prendrait en compte comme toutes les autres si elle en recevait une.
Le Qatar « engagé » envers la langue française
À la suite de la décision prise lors du sommet, les spéculations allaient bon train autour de l'adhésion du Qatar : son entrée aurait pu être favorisée par d'autres raisons pragmatiques.
La France a attiré les investisseurs qataris qui ont acheté le club de football du Paris Saint-Germain et ont acquis 3 % des parts du géant énergétique Total ainsi que des parts de l'entreprise de construction Vinci et du groupe de médias Lagardère, selon l'agence de presse AFP.
Les représentants de l'OIF ont reconnu que la langue n'était pas le seul critère d'adhésion et que le nombre de locuteurs francophones est beaucoup plus élevé (environ 10 %) que ce qu’affirme l'organisation américaine juive.
« Le pourcentage de francophones est un critère parmi d’autres », a déclaré Clément Duhaime, l'administrateur de l'OIF soulignant que près de 200 000 francophones font partie des 2 millions d'habitants du Qatar.
« Oui naturellement, l’économie joue un rôle puisque notre ambition est d’accompagner les pays dans leur développement social et économique », a-t-il expliqué à EURACTIV lors d'un entretien.
« Mais il y a aussi la culture ou l’éducation qui sont importants pour nous, […] notamment la volonté de ce pays de promouvoir notre langue et notre culture », a-t-il ajouté.
M. Duhaime a pris l'exemple de la station radio appelée Oryx, animée en partenariat avec Radio France Internationale, qui commencera à diffuser dans les prochains mois dans l’ensemble des pays du Golfe.
Le Qatar a déjà pris des mesures pour renforcer l'enseignement du français à l'école. « Deux lycées franco-qataris ont d’ores et déjà été ouverts, un troisième est en construction et un centre culturel français sera prochainement inauguré », a affirmé M. Duhaime. « À la prochaine rentrée scolaire, cinq lycées publics vont adopter l'enseignement du français comme langue étrangère. »
Politique linguistique
Le sommet de Kinshasa a également vu l'adoption de projets pour une « politique intégrée de promotion de la langue française », à laquelle le Qatar s'est engagé.
La politique fixe six domaines prioritaires qui « appellent une action énergique et concertée » des États membres, notamment la défense du multilinguisme dans toutes les organisations internationales et les organes de prise de décision.
Elle met aussi en exergue la nécessité d'adapter la politique d'aide au développement aux besoins linguistiques des pays qui reçoivent de l'aide.