L’Irlande traumatisée se rend aux urnes

Le scrutin est l’occasion pour les électeurs de sanctionner le Fianna Fail, au pouvoir depuis 14 ans. Quels que soient les résultats, la marge de manœuvre du vainqueur sera limitée.

EURACTIV.fr

Le scrutin est l’occasion pour les électeurs de sanctionner le Fianna Fail, au pouvoir depuis 14 ans. Quels que soient les résultats, la marge de manœuvre du vainqueur sera limitée.

Les Irlandais ont commencé à voter, vendredi 25 février, pour renouveler leur parlement et chasser du pouvoir le Fianna Fail, le parti première victime politique de la crise de la dette en Europe.

Ce scrutin est l’occasion pour des électeurs traumatisés par l’effondrement économique du « tigre celtique » et la perspective d’années d’austérité de sanctionner le grand parti qui tient les commandes du pays depuis 14 ans et l’a dirigé pendant 61 des 79 dernières années.

Le Fine Gael, parti de centre droit, est en tête des sondages même s’il n’est pas certain qu’il obtiendra la majorité des 166 sièges du parlement, ce qui serait sans précédent depuis sa création il y a près de 80 ans.

Gifle mémorable

Les dernières enquêtes d’opinion créditent le Fine Gael de 38% des voix et d’environ 80 élus et prédisent une gifle mémorable pour son rival historique du Fianna Fail avec une vingtaine d’élus contre 78 dans le parlement sortant.

La plupart des commentateurs estiment que le Fine Gael aura besoin du soutien d’élus indépendants ou s’attendent à ce qu’il forme un gouvernement de coalition avec les travaillistes, crédités d’environ 20% des suffrages. 

En dépit de débats houleux pour cause de campagne électorale, le Fine Gael et le Labour ont déjà gouverné ensemble et tous deux plaident pour une renégociation des termes du prêt de 85 milliards d’euros accordé par l’Union européenne et le Fonds monétaire international pour sauver le pays de la faillite.

L’éclatement de la bulle immobilière et le sauvetage des banques ont contraint le gouvernement irlandais à réclamer l’an dernier cette aide en échange de mesures de rigueur drastiques. Beaucoup d’Irlandais y ont vu une perte de souveraineté intolérable.

Austérité accrue ?

Enda Kenny, chef du Fine Gael que l’on s’attend à voir devenir le prochain Premier ministre, s’est déjà rendu à Bruxelles et Berlin.

Même si elle obtient un assouplissement de ses conditions de prêt, dans le cadre de la mise en place d’un mécanisme européen plus global, l’Irlande n’a qu’une marge de manœuvre limitée et devra toujours réduire son déficit budgétaire de près de 12% du produit intérieur brut cette année à moins de 3% d’ici 2015.

Si la croissance n’est pas au rendez-vous, le nouveau gouvernement pourrait être contraint de prendre des mesures d’austérité supplémentaires, au risque de perdre très vite sa popularité auprès des électeurs.

Nationalisme

Même si le pays connaît à nouveau une émigration massive et un taux de chômage à 10%, l’Irlande n’a pas été confrontée à des mouvements de protestation étendus comme en Grèce, l’autre grande victime de la crise de la dette dans la zone euro.

Les partis de gauche, dont les nationalistes du Sinn Fein, ont vu leur cote grimper en promettant d’annuler le plan de sauvetage UE/FMI, mais on s’attend à ce qu’ils restent largement minoritaires au parlement, les électeurs irlandais préférant favoriser les partis qui prônent un faible taux d’imposition.

Le comptage des voix, complexe en raison du mode de scrutin proportionnel, devrait se prolonger jusqu’à dimanche.