L’intérêt de l’UE pour l’agriculture biologique s’intensifie

Alors que les discussions sur la révision de la politique agricole commune débutent, une place particulière devrait être accordée selon toute vraisemblance à l’agriculture biologique.

EURACTIV.fr

Alors que les discussions sur la révision de la politique agricole commune débutent, une place particulière devrait être accordée selon toute vraisemblance à l’agriculture biologique.

La future politique agricole européenne devrait faire preuve d’une plus grande attention sur des sujets comme la protection de la biodiversité, la promotion d’une agriculture durable, et les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

« Il y a un intérêt croissant pour l’agriculture biologique, particulièrement dans le contexte de discussions sur la protection de l’écosystème »,  a déclaré Ladislav Miko, directeur à la DG environnement de la Commission, lors d’un séminaire sur le rôle de l’agriculture biologique dans la lutte contre le changement climatique, le 20 avril.

Ses commentaires interviennent alors que l’Union européenne est en train de travailler à une révision majeure de la politique agricole commune (PAC) pour la période post-2013. Cette révision fait le pari de la reconnaissance accrue de l’agriculture comme instrument capable d’atténuer les effets du changement climatique et d’apporter divers bienfaits environnementaux, comme l’amélioration de la qualité de l’eau et des sols.

Un document de travail de la Commission, accompagnant le plan d’action de l’Union européenne sur l’agriculture biologique de 2004, souligne que les principaux bénéfices de l’agriculture biologique, seraient la protection des sols, de la nature, de la biodiversité et de l’habitat. « L’usage restreint des pesticides augmenterait aussi la qualité de l’eau », indique-t-il.

Anna Barnett de la DG Environnement de la Commission a insisté sur le fait que l’accent devait être mis sur la réduction de la pollution sur 96% des terres agricoles utilisées actuellement par l’agriculture traditionnelle. Elle a par exemple indiqué qu’en France, 50% de l’eau potable devait être débarrassée des pesticides avant de pouvoir être consommée.

L’importance de la qualité des sols

« L’UE a besoin de faire quelque chose pour la protection des sols », a déclaré Ladislav Miko, en écho à la promesse du commissaire à l’environnement Janez Poto?nik de rendre les États membres conscients du caractère fondamental de l’action de l’UE en faveur de la protection des sols.

« La gestion des terres agricoles a de plus en plus de conséquences sur des sujets transfrontaliers comme la lutte contre le changement climatique, la biodiversité, et la pollution des eaux », a-t-il poursuivi.

L’exécutif européen a déjà pris acte du fait que les agriculteurs européens devaient réduire leurs émissions de gaz à effet de serre d’au moins 20% d’ici 2020, essentiellement en produisant de la biomasse, et par des mécanismes de captage et stockage du CO2 dans les sols.

Ladislav Miko a par ailleurs fait remarquer que les terrains agricoles au sein de l’Union européenne sont si immenses que même le développement de pratiques agricoles durables sur une petite proportion de terres entrainerait une réduction importante des émissions de CO2 et « créerait une différence significative ».

« Un meilleure gestion de l’espace, comme pour l’agriculture biologique, augmenterait l’endurance des systèmes agricoles et contribuerait aux mesures d’adaptation au changement climatique », a-t-il ajouté.

POSITIONS :

Christopher Stopes, président de la branche européenne de la Fédération internationale des mouvements pour l’agriculture biologique, a noté qu’avoir des sols de qualité étaient d’une importance capitale, ajoutant que la production alimentaire dépend en grande partie de la terre.

Urs Niggli, directeur de l’Institut de Recherche sur l’agriculture biologique, a déclaré que l’agriculture biologique contribuait à rendre la terre plus fertile, et que les services rendus à l’environnement étaient « énormes ».

En plus d’améliorer la fertilité des sols, les champs d’agriculture biologique ont également plus de 30% d’espèces différentes, 50% de plus d’affluence d’animaux non nuisibles, et d’abeilles en comparaison avec des champs d’agriculture traditionnelle, a poursuivi Urs Niggli.

« Ces champs ont aussi une plus grande capacité à retenir l’eau, et contiennent donc plus de minéraux dans leurs sols », a-t-il ajouté.

« L’agriculture biologique représente 2% du marché agroalimentaire européen, et 2% des agriculteurs de l’UE ont opté pour ce type d’agriculture »,  a indiqué Jean-François Hulot, directeur de l’unité en charge de l’agriculture biologique à la DG Agriculture de la Commission.

Il n’y a pas d’objectif spécifique de développement de l’agriculture biologique à l’échelle communautaire, ni un budget ou des dépenses particulières, a-t-il poursuivi.

Avoir un objectif de développement pour l’agriculture biologique « n’est pas une idée stupide », au regard de la forte demande pour les produits issus de l’agriculture biologique, a déclaré M. Hulot. Cependant, si de tels objectifs étaient établis, « nous soulèverions la question de la stratégie de l’agriculture centrée sur le marché », a-t-il averti.

Alors que les participants au débat discutait du rôle de l’agriculture biologique pour assurer la sécurité alimentaire, Marco Contiero, directeur européen du département pour l’agriculture durable chez Greenpeace, a soutenu lors d’un débat sur l’agriculture biologique et la sécurité alimentaire, que l’on insistait beaucoup trop sur l’hypothèse qu’il fallait une augmentation de la production agroalimentaire de 70% d’ici 2050. « Depuis que cette présomption est acceptée comme faisant partie de la culture générale, le débat a faussement été orienté sur la façon dont il fallait augmenter la production », a-t-il déclaré.

« Il y a des problèmes beaucoup plus importants liés à la sécurité alimentaire » a-t-il poursuivi.

Directeur à la DG environnement de la Commission, Ladislav Miko a noté que la production agricole intensive n’existe que depuis quelques décennies, et que personne ne sait « combien de temps encore nous pourrons réussir à produire de façon intensive, notamment du fait qu’une telle production dégrade la qualité des sols tout en restant dépendante de ces mêmes sols ». Il est persuadé que ce type de production « aura une fin ».

Les rendements actuels de l’agriculture biologique restent encore loin de ceux de l’agriculture traditionnel qui utilise des fertilisants et des pesticides.

Dans le même temps, Jean-François Hulot soutient que l’UE  « devrait arrêter de penser à l’agriculture biologique comme une agriculture moins rentable, car cela peut changer ».

Puisque l’agriculture biologique requiert moins de dépenses, se passant des coûteux produits chimiques, Ladislav Miko a même suggéré que les produits biologiques pourraient devenir moins chers que les produits classiques, lorsque les prix du pétrole augmenteront en raison de l’appauvrissement des réserves.