L’interdiction de la Gay Pride ne favorisera pas l’adhésion de la Serbie à l’UE
Hier (4 octobre), les membres du Parlement européen et de la Commission ont exprimé leur inquiétude quant à l’adhésion de la Serbie à l’Union européenne. Cette annonce suit la décision du gouvernement qui a interdit l’organisation d’une marche pour les droits des homosexuels pour des raisons de « sécurité ».
Hier (4 octobre), les membres du Parlement européen et de la Commission ont exprimé leur inquiétude quant à l’adhésion de la Serbie à l’Union européenne. Cette annonce suit la décision du gouvernement qui a interdit l’organisation d’une marche pour les droits des homosexuels pour des raisons de « sécurité ».
Štefan Füle, le commissaire à l'élargissement, a déclaré mardi (4 octobre) qu'il était préoccupé par la décision du gouvernement serbe qui survient en amont de la publication d'un rapport d'étape de l'UE sur le pays prévu mercredi prochain.
« J'ai pris note avec regret de la décision des autorités serbes », a-t-il expliqué dans un communiqué, faisant remarquer que Belgrade avait également annulé la gay pride de l'année dernière.
Les précédentes gay prides à Belgrade ne se sont pas passées sans heurts et la police a même été accusée de rester en retrait lorsque les manifestants se faisaient agresser.
Beta, l'agence partenaire d'EURACTIV en Serbie, a rapporté que le ministre de l'intérieur avait interdit l'événement après que les services de sécurité lui ont indiqué avoir reçu des « informations quant à la possibilité que l'ordre public soit gravement menacé ». Les autorités auraient craint des attaques menées par des organisations ultranationalistes et d'extrême droite.
Le gouvernement, composé de nationalistes et de socialistes (voir « Contexte »), doit absolument prouver son engagement envers le respect des droits de l'Homme pour permettre au pays de continuer sa progression vers l'adhésion à l'UE.
Hannes Swoboda, le dirigeant des Socialistes et Démocrates au Parlement européen, a envoyé un message au premier ministre serbe, Ivica Da?i?, pour l'exhorter à autoriser l'événement.
Le gouvernement serbe n'est pas prêt
L'eurodéputée néerlandaise Marije Cornelissen (Verts), membre des commissions parlementaires sur les affaires sociales et l'égalité des sexes, a confié à EURACTIV qu'elle n'était pas certaine de la véracité des raisons pour lesquelles la parade avait été interdite.
« Soit ils ne souhaitent pas protéger les citoyens vulnérables et la liberté de réunion, ou ils en sont incapables, les deux raisons étant condamnables. »
Mme Cornelissen, présente en Serbie pour participer aux événements en marge de la gay pride, a déclaré à la lumière de cette interdiction et des autres problèmes survenus : « Je compte recommander à la Commission de ne pas autoriser le lancement des négociations d'adhésion. »
« Il est clair que des groupes de voyous n'ont pas peur d'avoir recours à la violence. Le gouvernement doit agir. S'il ne le peut pas, il ne respecte pas [les critères d'adhésion] à mon avis », a-t-elle affirmé, ajoutant que cette interdiction laissait entrevoir des failles dans l'État de droit.
La Serbie a réitéré son souhait d'entamer les négociations d'adhésion, mais le pays doit accepter les valeurs tout autant que les avantages économiques qui découlent de l'adhésion à l'UE, a-t-elle poursuivi.
En raison des inquiétudes du gouvernement quant au maintien de la sécurité, l'événement devrait avoir lieu à l'intérieur en même temps que d'autres activités prévues.
Keith Taylor, un eurodéputé britannique membre de l'intergroupe sur les droits des homosexuels, devait également participer à la gay pride de Belgrade.
« Je suis profondément déçu que la marche de cette année ait été annulée », a-t-il déploré dans un communiqué.
M. Taylor a ajouté qu'en ne garantissant pas la protection de la diversité et le respect des droits de l'Homme, les membres serbes du gouvernement abdiquaient leurs responsabilités en matière d'éthique en faveur de la loi de la rue.
Il a ajouté que les inquiétudes en matière de sécurité devraient s'appliquer à tous les domaines de la vie publique : « Pourquoi la Serbie continue-t-elle d'autoriser des matches de football à haut risque et à protéger la population contre les hooligans et non pas contre les homophobes ? »
Il reste du travail à faire selon la Commission
Un fonctionnaire de la Direction générale de l'élargissement a expliqué que la Serbie avait bien progressé dans la mise en oeuvre des réformes nécessaires au lancement des négociations d'adhésion, mais qu'il restait du travail à faire.
« Au cours des dernières années, ils se sont bien débrouillés dans certains domaines et moins dans d'autres », a précisé cette source.
Il a ajouté qu'il ne pouvait pas s'exprimer davantage sur l'avancement de la situation en Serbie avant la publication du rapport d'étape de la Commission qui devrait aborder l'interdiction de la gay pride. Il a toutefois tenu à préciser que les droits de l'Homme feraient partie des principaux sujets abordés dans ce rapport.
« Des progrès sont à faire dans certains domaines […] et les droits de l'Homme en font évidemment partie. L'accent est surtout placé sur ce problème », a-t-il déclaré.