L’infarctus du myocarde mieux pris en charge par la médecine

Les avancées technologiques et scientifiques ont permis de réduire le nombre de décès liés aux infarctus du myocarde. Mais pour les médecins, des progrès ont aussi eu lieu dans le profil des patients tout comme dans leur comportement.

EURACTIV.fr
En cinquante ans, le nombre de  décès liés à l’infarctus est passé de 30% à 5% (Credit: [Image Point Fr]/Shutterstock)
En cinquante ans, le nombre de décès liés à l’infarctus est passé de 30% à 5% (Credit: [Image Point Fr]/Shutterstock)

Les avancées technologiques et scientifiques ont permis de réduire le nombre de décès liés aux infarctus du myocarde. Mais pour les médecins, des progrès ont aussi eu lieu dans le profil des patients tout comme dans leur comportement.

En cinquante ans, le nombre de décès liés à l’infarctus en France est passé de 30 % à 5 % des patients . Un progrès qui s’explique par les avancées médicales et technologiques. Parallèlement, les progrès en matière de délai de prise en charge ont également joué un rôle important.  « À partir du moment où on a les outils pour déboucher une artère il faut pouvoir le faire le plus vite possible », a expliqué le Pr Nicolas Danchin, cardiologue à l’hôpital européen Georges Pompidou à Paris, lors d’un colloque sur l’Innovation et l’organisation des soins.

« Le progrès et l’innovation ne sont pas que technologiques », selon lui.

Le cardiologue constate également une amélioration des circuits de prise en charge. En quinze ans, il y a eu une diminution du nombre de centres. « Mais on est passé de cinq à neuf patients par mois traités dans ces centres. C’est donc la compétence des centres qui s’est accrue », estime le professeur.  Même s’il y a moins de centres prenant en charge les formes graves d’infarctus, ceux-ci ont acquis une plus grande expérience.

Le changement de la prise en charge s’est accompagné d’une évolution importante du côté des médicaments donnés au stade aigu de l’infarctus notamment avec le traitement par les statines. Des molécules qui contribuent à faire baisser les taux de cholestérol dans l’organisme. En 1995, 10 % des patients recevaient des statines  deux jours après avoir subi un infarctus du myocarde, contre 90 % à présent.

Baisse de la mortalité précoce après un infarctus

Sur le plan de la mortalité précoce (à 30 jours), on a une diminution spectaculaire de la mortalité qui passe de 14 % à un peu moins de 5 %, ce qui représente une baisse d’environ 60 % de la mortalité.

Elle a été pratiquement divisée par 4 chez les hommes (2,6  % en 2010 contre 9,8 % en 1995) et par plus de 2 chez les femmes (9,8 contre 23,7 %) chez lesquelles elle reste cependant élevée.

En parallèle de cela, on voit que les techniques pour déboucher les artères ont profondément changé même s’il ne s’agit pas du seul facteur pouvant expliquer la diminution de la mortalité.

Des patients plus jeunes

Dans une étude sur l’évolution de l’incidence des infarctus du myocarde hospitalisés en France entre 2002 et 2008, le docteur Christine de Peretti a constaté une diminution de 2,5 % des cas d’infarctus par an sur 10 ans.

Chez les personnes âgées de plus de 65 ans, la baisse est encore plus importante. Cela s’explique sans doute parce que dans cette population, on a eu le temps de détecter les facteurs de risque (hypertension, cholestérol…). Il y a donc une action en amont de la survenue de l’infarctus du myocarde, ce qui fait qu’on diminue la fréquence de ces infarctus.

La moyenne d’âge a baissé de trois ans pendant cette période, en raison d’une augmentation marquée de la proportion des victimes jeunes. Chez les hommes jeunes, la diminution est deux fois plus faible parce qu’on n’a pas encore bien déterminé tous les facteurs de risques.

À l’inverse, les femmes de moins de 60 ans sont de plus en plus fréquemment touchées : elles ne représentent plus 12 % mais 25,5 % des victimes d’infarctus. Cette augmentation semble s’expliquer par une hausse de la proportion de fumeuses atteintes d’infarctus, passé de 37 % en 1995 à 73 % en 2010.

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Selon le cardiologue, un quart de la mortalité est attribuée au changement de profil de la population « C’est parce qu’on a des patients moins graves, en partie, que la mortalité baisse », explique-t-il.

Le comportement joue également un rôle

Les médecins ont vu le comportement des patients évoluer face à l’infarctus du myocarde. En effet, ils constatent une baisse du délai entre le début des symptômes de l’infarctus et le moment de l’appel aux secours. Ce délai est passé de deux heures à une heure et quinze minutes en 10 ans. Cette diminution est due aux efforts des campagnes d’information grand public. « En 2000, un patient sur quatre avait le réflexe d’appeler immédiatement le SAMU. En 2010, on est passé à un patient sur deux », précise le Pr Danchin.

D’après le médecin, les avancées futures viendront d’une meilleure interaction entre patient, médecin et chercheur. Il faut donc poursuivre les efforts sur l’information des patients (détection des premiers signes, précocité de l’appel) et encore l’organisation de l’offre de santé (prise en charge). De même, le Pr Cachin estime qu’il ne faut pas lâcher la pression sur la recherche (chercheurs, industriels, traitements, prévention…) afin d’améliorer les traitements.

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Selon le médecin, l’enjeu futur est davantage la prévention que le traitement. « Le progrès peut se situer en amont de l’accident aigu à défaut d’être en amont de la maladie sous-jacente », conclut-il.

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