L’indépendance du Kosovo repoussée de quelques mois
L’histoire ne retiendra pas le 10 décembre comme jour d’indépendance du Kosovo. Les pressions internationales semblent avoir été plus fortes que la volonté indépendantiste de Pristina. Mais ce n’est qu’une étape. Les autorités kosovares envisageant de la proclamer en janvier ou février. Le secrétaire d’État aux affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet a estimé vendredi dernier que « l’indépendance du Kosovo [paraissait] inéluctable ».
L’histoire ne retiendra pas le 10 décembre comme jour d’indépendance du Kosovo. Les pressions internationales semblent avoir été plus fortes que la volonté indépendantiste de Pristina. Mais ce n’est qu’une étape. Les autorités kosovares envisageant de la proclamer en janvier ou février. Le secrétaire d’État aux affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet a estimé vendredi dernier que « l’indépendance du Kosovo [paraissait] inéluctable ».
En bref :
Le groupe de travail international (Troïka) composé de la Russie, des États-Unis et de l’Union européenne a rendu son rapport de travail, vendredi 7 décembre, soit trois jours avant la date butoir, fixée en juillet dernier. Le texte n’est que la reconnaissance de l’échec des négociations entre les deux parties, incapables « d’amender leur position ».
Avant le mois de mai
Les propositions internationales ont pourtant été nombreuses : large autonomie, confédération, partition, modèle des deux Allemagne. Rien n’y a fait.
Pristina n’a toutefois pas mis à exécution sa menace, de se déclarer indépendant, dès le 10 décembre. « La question n’est pas de savoir si, mais quand le Kosovo fera sécession », a déclaré lundi à l’agence Associated Press, Skender Hyseni, porte-parole du gouvernement albanophone. Il a assuré que la province deviendrait indépendante « bien avant le mois de mai ».
Le Premier ministre sortant, Agim Ceku, a pressé l’Union européenne de « reconnaître la nécessité d’une conclusion immédiate et définitive de ce processus » de séparation. Il sera bientôt remplacé par Hachim Thaci, ancien chef de la rébellion de 1999 et vainqueur des élections législatives de novembre dernier.
Pas de monnayage
Du côté de la Serbie, toujours soutenue par la Russie, les déclarations sont aussi fermes. Belgrade a de plus bien précisé qu’il n’était pas question d’échanger le Kosovo contre une éventuelle adhésion à l’Union européenne.
Dans la soirée du 10 décembre, le président de la République de Serbie, Boris Tadic, a déclaré que « la Serbie va d’urgence proposer au Conseil de sécurité d’entamer un processus visant à obtenir l’opinion de la Cour internationale de justice sur la légitimité ou l’illégitimité d’une indépendance du Kosovo ».
La Russie, par l’intermédiaire de son ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a mis en garde, en cas d’indépendance, contre une « réaction en chaîne » dans la région des Balkans, qui pourrait se traduire par l’éclatement de la Bosnie. En crise politique majeure depuis plusieurs mois, la minorité serbe de Bosnie (30% de la population) pourrait alors demander son rattachement à la Serbie.
Inéluctable
La position des Européens sur le dossier s’est resserrée. Lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères des 27, lundi 10 décembre, à Bruxelles, le ministre suédois, Carl Bildt, a affirmé qu’il y avait une « quasi-unanimité » sur la question.
Le haut représentant de l’UE pour la politique étrangère, Javier Solanna, s’est montré optimiste : « Je pense qu’on se rapproche d’une position commune au sein de l’Union européenne ».
Le dernier pays réticent à reconnaitre l’indépendance du Kosovo serait Chypre, qui voit toujours dans cet acte un précédent juridique qui permettrait au Nord de l’île de faire reconnaître son indépendance au niveau international.
Jean-Pierre Jouyet a, quant à lui, déclaré vendredi dernier que l’indépendance de l’ancienne province serbe paraissait maintenant « inéluctable ».
« Abstention constructive »
Les ministres des 27 ont également discuté de l’envoi de 1800 policiers et juristes pour soutenir le Kosovo en cas d’indépendance. Bruxelles espère pouvoir compter sur une « abstention constructive » de la part des pays qui ne soutiennent pas celle-ci.
A noter que l’Union européenne souhaiterait voir l’indépendance du Kosovo repoussée au printemps 2008. Il s’agit d’éviter toute tension lors des élections présidentielles serbes, prévue fin janvier, début février.