L'examen de l'"état de l'Union" part du mauvais pied
Les leaders des groupes politiques au Parlement européen se sont retrouvés embarrassés hier (6 septembre) après avoir été forcés d'abandonner la décision de forcer les eurodéputés à se rendre au tout premier "état de l'Union" du président de la Commission européenne, prévu par le traité de Lisbonne.
Les leaders des groupes politiques au Parlement européen se sont retrouvés embarrassés hier (6 septembre) après avoir été forcés d'abandonner la décision de forcer les eurodéputés à se rendre au tout premier "état de l'Union" du président de la Commission européenne, prévu par le traité de Lisbonne.
Le premier discours sur l'"état de l'Union" de José Manuel Barroso dans l'ère du traité de Lisbonne connaît un mauvais départ avant même avoir été donné au Parlement ce matin (7 septembre).
Le président du Parlement européen et les dirigeants des groupes politiques ont été contraints d'abandonner une décision prise la semaine dernière qui aurait forcé les eurodéputés à se rendre au discours de M. Barroso sous peine de faire face à une "sanction appropriée".
Pour faire respecter la décision, la présence des eurodéputés aurait été contrôlée électroniquement à trois reprises.
Mais face à la vague de mécontentement dans leurs propres rangs les leaders des groupes politiques ont décidé de se rétracter.
Peur de l'audience
La décision semble avoir été motivée par des craintes selon lesquelles les eurodéputés verts et socialistes – qui s'étaient opposés à la nomination de M. Barroso pour un second mandat à la Commission – boycotteraient la cérémonie, laissant M. Barroso parler devant un auditorium à moitié vide à Strasbourg.
Martin Schulz, leader du groupe Socialistes et Démocrates (S&D) et Daniel Cohn-Bendit, co-président des Verts, étaient particulièrement inquiets de la présence de leurs propres eurodéputés. Le plus grand groupe politique, le Parti populaire européen (PPE), n'a pas protesté.
Ils ont demandé une présence particulièrement élevée pour ce débat sans précédent, a dit le président du Parlement européen Jerzy Buzek, cité par l'AFP.
Toutefois, cette décision a été perçue par beaucoup comme insultante et anti-démocratique, et a déclenché un échange d'emails sans précédent entre les eurodéputés qui se sont révoltés contre leurs propres leaders.
L'un des eurodéputés qui a servi le plus longtemps, Bernd Posselt (PPE, Allemagne), a écrit à ses collègues qu'il avait été un membre discipliné de l'assemblée pendant 16 ans, mais qu'il ne participerait pas au débat de mardi matin, en raison de ces trois étranges contrôles de présence.
Cette méthode et cette formulation de la décision de la conférence des présidents n’est pas en accord avec la dignité du mandat libre et l’indépendance d’un eurodéputé élu. Nous ne sommes plus des écoliers, a fulminé M. Posselt.
L'eurodéputée Anneli Jäätteenmäki (Groupe Alliance des démocrates et des libéraux pour l'Europe, ADLE), ancienne première ministre finlandaise, a demandé : quel est l'état de santé mentale de la conférence des présidents?
Le PPE, plus grand groupe politique au Parlement, s’est saisi de l'occasion pour attaquer son rival M. Schulz, qui fait de l'œil à la place de président du Parlement pour la seconde moitié du mandat de l'assemblée.
L'un des membres de la conférence des présidents voudrait devenir président du Parlement européen, a souligné László Surján, eurodéputé hongrois de centre-droit, dans un email. Après cette décision, êtes-vous certain qu'il obtiendra la majorité nécessaire? A-t-il demandé avec humour.
De retour en URSS
L’eurodéputé hollandais Peter van Dalen (Groupe Conservateurs et Réformistes européens) a écrit à ses collègues que la Conférence des présidents semblait faire revivre les vieux jours de l’URSS. Soyez présents, ou soyez punis, a-t-il dit. « Incroyable ».
Le leader du Parti populaire européen Joseph Daul n’était pas présent lorsque la décision a été prise, jeudi, ont affirmé des sources du Parlement à EURACTIV. Il a été remplacé par Alejo Vidal-Quadras, un eurodéputé espagnol, qui n’a élevé aucune objection à l’idée des contrôles de présence durant les sessions plénières.
Sarah Ludford (ADLE ; Grande-Bretagne) a prononcé un discours passionné hier soir, exprimant sa stupéfaction devant le fait que le Parlement « paie les eurodéputés pour écouter M. Barroso » et devant le fait que l’institution était en fait en train « de se tirer dans le pied ». Son discours a été suivi d’applaudissements retentissants durant la session plénière, ce qui a scellé le destin de la proposition infondée.
Même avant que les présidents et vice-présidents des groupes politiques (le Bureau du Parlement) se réunissent hier soir autour de cette question embarrassante, des sources de l’administration du parlement ont dit à EURACTIV que les dirigeants politiques n’avaient eu d’autres choix que de retirer leur proposition.