L’euroscepticisme gagne du terrain à Chypre

Les réformes bancaires et la position ambiguë de l’Union européenne vis-à-vis de la Turquie alimentent l’euroscepticisme à Chypre. EURACTIV Grèce s’est entretenu avec des eurodéputées chypriotes grecques.

/ EURACTIV.fr
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Les réformes bancaires et la position ambiguë de l’Union européenne vis-à-vis de la Turquie alimentent l’euroscepticisme à Chypre. EURACTIV Grèce s’est entretenu avec des eurodéputées chypriotes grecques.

Quelques mois avant les élections européennes, Chypre a toujours des difficultés à sortir la tête de l'eau. Selon Ewald Nowotny, membre du Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne, la croissance reprendra dans la plupart des pays de la zone euro en 2014, sauf à Chypre.

Dans le même temps, certains représentants doutent que le plan « Garantie pour la jeunesse » puisse contribuer à la lutte contre la hausse du chômage des jeunes sur l'île méditerranéenne.

Chypre a conclu un accord de dernière minute avec les prêteurs internationaux le 25 mars 2013 incluant la fermeture de sa deuxième plus grande banque et l'imposition de lourdes pertes aux déposants non assurés, dont des Russes aisés, en échange d’un renflouement de 10 milliards d’euros.

Même si les dépôts de moins de 100 000 euros sont protégés, les décisions de l'Eurogroupe ont disloqué le secteur bancaire et infligé des pertes économiques importantes à Chypre.

La recapitalisation interne choque les Chypriotes

L'eurodéputée chypriote Antigoni Papadopoulou de centre-gauche explique à EURACTIV Grèce que ses concitoyens n'ont pas encore surmonté le « choc » des décotes (« haircuts ») des dépôts bancaires. « Ils estiment que les décisions de l'Eurogroupe prises en mars sont injustes », déclare-t-elle.

Selon Antigoni Papadopoulou, d'autres pays sont également confrontés à une décote de la dette. Mais, dans le cas de Chypre, cette décote sans précédent équivalait à « un vol contre le travailleur ordinaire et non pas nécessairement contre les oligarques russes, comme le faisait croire la propagande malveillante en Europe ».

« Le coup assené à notre système bancaire était sévère et la position de Chypre en tant que centre financier a été affaiblie », poursuit-elle.

« Je déplore la montée de l'euroscepticisme dans notre pays », explique-t-elle. Selon le dernier Eurobaromètre, 69 % de Chypriotes supplémentaires estiment que leur pays ne tire pas d'avantages de leur adhésion à l'UE.

Elle ajoute que des campagnes de sensibilisation sont nécessaires afin d’inciter les citoyens à se rendre aux urnes lors des élections du mois de mai. Le taux de participation devrait être extrêmement bas en raison du mépris général envers les responsables politiques.

« La décote des dépôts bancaires a très fortement augmenté le nombre de personnes opposées à l'Union européenne », explique également l'eurodéputée chypriote de centre-droit Eleni Theocharou à EURACTIV Grèce. Elle ajoute que la mauvaise gouvernance du président précédent, Dimitris Christofias, et l'avidité de certains banquiers sont à l'origine de cette situation.

Elle met également en cause la faiblesse de la zone euro. Il existe un marché et une monnaie uniques sans les mécanismes de gestion de crise nécessaires, ajoute-t-elle.

« Il est donc logique, qu’un citoyen qui n’est pas responsable de la catastrophe, […] et à qui on demande de payer l'addition, se sente déçu et perde confiance dans une Europe qui manque de solidarité et de vision », assure-t-elle.

L'adhésion de la Turquie à l'UE fâche Nicosie

Selon l’eurodéputée Papadopoulou, la colère des chypriotes provient également de la position de l'UE sur l'occupation turque d'une partie de l'île.  

Le 5 novembre, la Turquie et l'Union ont démarré un nouveau cycle de négociations d'adhésion. Les États membres avaient reporté ces discussions en raison de la répression turque menée contre les manifestants antigouvernementaux.

« En dépit de son attitude intransigeante et des communiqués provocateurs contre la République de Chypre, la Turquie poursuit malheureusement son processus d'adhésion en toute tranquillité », ajoute l'eurodéputée chypriote. Elle fait allusion à la récente déclaration du premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan. Il avait déclaré qu’il existait aucun pays dénommé « Chypre », mais plutôt un « gouvernement local dans le sud de Chypre ».

Eleni Theocharous indique pour sa part que, sous la prochaine présidence grecque du Conseil de l'UE, la Turquie ne devrait pas progresser dans son intégration européenne si elle ne reconnaît pas officiellement la République de Chypre.

Garantie pour la jeunesse : un programme de « charité »

C’est à Chypre que le taux de chômage des jeunes progresse pour l'instant le plus rapidement dans l'UE ; il y atteint 43 %. Parmi les jeunes insulaires, la population active représente environ 40 000. Environ 18 000 d’entre eux sont sans emploi.

La Garantie pour la jeunesse vise à lutter contre le chômage des jeunes dans l'UE et devrait entrer en vigueur le 1er janvier 2014. Selon Andreas Christou, un haut représentant chypriote du ministère du Travail, ce programme ne concerne qu'un nombre limité de jeunes.

Lors d'une conférence organisée par le Conseil chypriote sur le chômage chez les jeunes, il a déclaré que le ministère du Travail avait mené des consultations concernant la mise en œuvre de la Garantie pour la jeunesse avec différents partenaires sociaux, dont des ONG et des organisations de jeunesse. Les États membres devaient en effet soumettre à la Commission européenne leurs plans d'action relatifs à la mise en place de ce plan avant la fin de l'année.

En dépit de la taille réduite de son économie, Chypre doute de l'efficacité réelle de l'initiative.

« Chypre était le premier pays à émettre des réserves quant à la Garantie pour la jeunesse. Nous pensions avec crainte que ce plan ne permette pas de créer des emplois. Nous le pensons toujours. Nous redoutons qu'il se transforme en un programme de charité pour la jeunesse. »

« Vous pouvez former un jeune pour un travail spécifique, vous pouvez lui accorder des subventions, mais, au final, l'économie n'est pas en mesure de créer des emplois. Ce que nous faisons en réalité, c'est recycler le chômage », indique-t-il.

Il ajoute que l'une des priorités de la Garantie pour la jeunesse est l'entrepreneuriat en vue de créer de l'emploi.

« Mais c'est une erreur. […] Si vous incitez une personne de 25 ans à créer une entreprise, je ne suis pas certain qu'elle voudra le faire en ces temps difficiles. D'une part, elle n'a pas l'expérience [nécessaire] et même si elle l'avait, on lui demande de fonder une entreprise dans un climat économique difficile, même pour les plus avertis », selon lui.