L'Europe travaille sur un plan de recapitalisation
L'Allemagne est prête à recapitaliser ses banques si nécessaire, a déclaré hier (5 octobre) la chancelière allemande, Angela Merkel. Cette déclaration a permis d'apaiser les marchés financiers alors que des rumeurs courent sur le fait que les décideurs politiques travailleraient sur des projets visant à augmenter le capital des banques pour lutter contre la crise de la dette dans la zone euro.
L'Allemagne est prête à recapitaliser ses banques si nécessaire, a déclaré hier (5 octobre) la chancelière allemande, Angela Merkel. Cette déclaration a permis d'apaiser les marchés financiers alors que des rumeurs courent sur le fait que les décideurs politiques travailleraient sur des projets visant à augmenter le capital des banques pour lutter contre la crise de la dette dans la zone euro.
« Si l'avis général est que les banques ne disposent pas de suffisamment de capitaux étant donné la situation actuelle sur les marchés, je pense qu'il est important que quelqu'un le fasse », a déclaré la chancelière allemande lors d'une conférence de presse à Bruxelles hier (5 octobre).
« Comme l'a clairement affirmé le ministre des finances au cours de ces deux derniers jours, le gouvernement allemand est prêt à procéder à une capitalisation des banques si nécessaire », a-t-elle poursuivi.
« L'Allemagne est prête à recapitaliser les banques », a-t-elle insisté, ajoutant : « Nous avons besoin de critères, nous sommes pressés par le temps et nous devons prendre une décision rapidement ».
« Si nous devons en discuter lors du sommet, nous le ferons », a-t-elle déclaré.
Les dirigeants des 27 Etats membres de l'UE se rencontreront à Bruxelles les 17 et 18 octobre prochains lors d'un sommet ordinaire. Les chefs d'Etat des 17 pays de la zone euro se réuniront lors du deuxième jour pour une session à part.
FMI : pas de secret sur les projets de l'UE pour le secteur bancaire
Au cours de ces derniers jours, les craintes que la crise de la zone euro se propage au secteur bancaire se sont intensifiées, alors que la banque franco-belge Dexia est face à un démantèlement et à un renflouement public à cause des spéculations concernant son exposition à la dette grecque.
Les Européens commencent à réaliser qu'il faudra agir pour consolider le secteur bancaire.
« Il n'y a pas de secret, nous savons que les autorités européennes et la Commission européenne travaillent de concert sur un projet visant à injecter plus de capitaux publics dans le secteur bancaire pour restaurer la confiance », a déclaré mercredi (5 octobre) Antonio Borges, le directeur pour l'Europe du FMI.
« Le consensus est qu'il y a urgence, il faudra agir au cours des prochaines semaines », a expliqué M. Borges.
Il a estimé que l'Europe devrait injecter 200 milliards d'euros dans son secteur bancaire.
Argent national ou européen ?
A Bruxelles, Angela Merkel a déclaré que les projets de recapitalisation des banques devraient aller de pair avec des « ajustements » du second plan de renflouement de la Grèce, laissant entendre que les détenteurs privés d'obligations pourraient encaisser des pertes plus importantes dans le cas d'une restructuration des banques.
La question de l'origine des fonds nécessaires reste également en suspens. On ne sait toujours pas s'ils proviendront du fonds de renflouement de la zone euro de 440 milliards d'euros ou des coffres des Etats membres. « La question de savoir si l'argent proviendra des caisses nationales ou, au final, du FESF, doit encore être réglée, et ce peut-être pays par pays », a expliqué M. Borges.
L'Allemagne se montrera sans doute réticente à l'idée d'utiliser l'argent du FESF, dans la mesure où le pays est le plus grand contributeur du fonds de sauvetage de l'UE. « J'estime que le FESF n'est pas l'instrument idéal pour les recapitalisations bancaires », a déclaré un éminent acteur du secteur bancaire allemand. « Pourquoi les contribuables allemands devraient-ils payer pour les problèmes des banques grecques ? Chaque pays devrait mettre de l'ordre chez lui ».
La France se montre également hésitante, mais pour des raisons différentes. Les grandes banques françaises, BNP Paribas, la Société Générale et le Crédit Agricole, ont vu leurs titres chuter depuis le début de l'année et la recapitalisation pourrait se révéler très coûteuse pour l'Hexagone s'il devait porter ce fardeau seul.
En amont des élections présidentielles de 2012, une recapitalisation pourrait coûter à la France sa notation de crédit AAA.
Au lieu d'injecter des capitaux, le gouvernement préfèrerait avoir à nouveau recours au système utilisé au début de la crise bancaire en 2008 en offrant des garanties de financement et en achetant des actions privilégiées dans les banques, un type de prêts qui compte pour du capital.
L'Allemagne avait usé d'une combinaison de garanties et de titres, sans prendre de participation dans la plupart des cas. Elle n'a nationalisé complètement qu'une seule banque lors de la crise, même si de nombreuses banques allemandes ont été durement frappées par la crise.
Ces solutions ont permis à Berlin et à Paris d’éviter de couler avec leurs banques, ce qui aurait pu leur coûter très cher et être embarrassant sur le plan politique.
« Le FESF ne peut pas être une solution miracle, car sa charte ne permet pas aux pays qui y contribuent de l'utiliser en même temps », a expliqué un économiste qui a préféré s'exprimer sous le couvert de l'anonymat.
« Il est probable que la France et l'Allemagne, via le FESF, soutiennent les banques dans la périphérie de la zone euro et recapitalisent leurs propres banques en dehors du cadre du FESF ».
Eviter la contagion
Afin de rester crédible, il faudra toutefois aller plus loin, a déclaré Daniel Gros, le directeur du Centre for European Policy Studies, un groupe de réflexion bruxellois.
« Je ne souhaite pas un plan coordonné avec de nombreux systèmes nationaux. Je veux un plan européen, une institution européenne qui recapitalise les banques. »
« Le FESF doit verser de l'argent aux pays. Mais il devrait pouvoir capitaliser les banques. Quelle banque voudrait le gouvernement italien comme actionnaire, par exemple ? Et quel gouvernement en difficulté souhaiterait devenir actionnaire d'une banque ? »
Le succès de l'injection de capitaux dans le secteur bancaire pour restaurer la confiance sur les marchés dépendra de l'obligation ou non, pour ceux qui ont investi dans la dette grecque, d'encaisser de plus lourdes pertes, a laissé entendre Mme Merkel.
Si c'était le cas, il pourrait devenir difficile, voire impossible, de protéger les banques et les autres pays européens, a déclaré un représentant de l'UE. « On ne peut pas faire grand-chose. Personne ne sait où irait l'argent dans une situation pareille. La raison pour laquelle [le secrétaire américain au Trésor, Timothy] Geithner s'est rendu en Pologne est qu'il ne dispose d'aucune arme [pour stopper la contagion]. Il en va de même pour le Royaume-Uni ».