L'Europe de l'Est craint le départ des banques
Les pays d'Europe de l'Est aujourd'hui capitalistes commencent à déchanter et sont à présent face au même genre de désillusion que lors de l'ère communiste, a expliqué un éminent commentateur belge, alors que les banques d'Europe occidentale rechignent à investir dans cette partie du continent. Un reportage du réseau EURACTIV.
Les pays d'Europe de l'Est aujourd'hui capitalistes commencent à déchanter et sont à présent face au même genre de désillusion que lors de l'ère communiste, a expliqué un éminent commentateur belge, alors que les banques d'Europe occidentale rechignent à investir dans cette partie du continent. Un reportage du réseau EURACTIV.
Douze des 16 principales banques occidentales présentes en Europe orientale pourraient décider de réduire leurs activités en dehors de leurs marchés nationaux pour renforcer leurs capitaux.
« Après avoir été déçus par le communisme, ces pays risquent de découvrir que le capitalisme n’a pas que de bons côtés », a déclaré Amid Faljaoui, un célèbre chroniqueur de la radio belge.
Les banques d'Europe occidentale représentent près de 75 % des organismes de prêt en Europe centrale et orientale, où la plupart des pays ne disposent plus que d'une seule grande banque indépendante.
Selon Dnevnik, le partenaire d'EURACTIV en Bulgarie, des experts de la banque Raiffeisen ont estimé les actifs bancaires d'Europe centrale et orientale à 1,940 mille milliards d'euros en juin 2011 (5,5 % du total dans la zone euro).
Consolider les finances
De nombreuses banques influentes dans la région, dont l'Italienne UniCredit, la Belge KBC, l'Allemande Commerzbank et l'Autrichienne Raiffeisen, ont souffert de la crise de la dette dans la zone euro.
UniCredit, qui tente de combler un manque de capitaux de 7,4 milliards d'euros, recentre ses opérations en Europe centrale et orientale (ECO) sur la Pologne, la Russie et la République tchèque aux dépens des 16 autres pays de la région où elle exerce ses activités.
La Commerzbank, à qui il manque 2,9 milliards d'euros, a annoncé un gel de ses prêts en République tchèque et en Slovaquie.
Dans le même temps, la Société Générale (besoin en capitaux : 3,3 milliards d'euros) en France, l'Erste Bank, Raiffeisen et Bank Austria (une filiale d'UniCredit) en Autriche devraient limiter leur disponibilité de crédit en ECO.
La Bulgarie et la Roumanie, également exposées à la crise grecque en raison des filiales des banques grecques qui y sont installées, sont en mauvaise posture. La Serbie, un pays candidat à l'UE, est elle aussi touchée, dans la mesure où KBC et Hypo Bank (Autriche) sont sur le point de vendre leurs filiales.
La Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) prévoyait à la fin de l'année dernière une croissance de 3,2 % pour les pays d'ECO en 2012, contre 4,4 % à peine trois mois plus tôt.
Certains observateurs restent toutefois optimistes. Adrian Vasilescu, un conseiller du gouverneur de la Banque nationale de Roumanie, a expliqué à EURACTIV : « Aucune banque n'a retiré ses capitaux du marché roumain. Pourquoi le feraient-elles ? »
Le leu roumain était l'un des meilleurs élèves de la région l'an dernier et les taux d'intérêt restent favorables, a-t-il ajouté.
Le premier ministre bulgare, Boyko Borissov, a récemment déclaré à Bruxelles que les banques situées dans son pays avaient besoin d'être recapitalisées. En effet, conformément à la loi adoptée suite à la faillite du pays en 1997, les banques sont tenues de disposer de 15 % de fonds propres, un pourcentage bien plus élevé que celui requis par l'UE.
La Hongrie, qui réclame un nouveau renflouement, dépend fortement des crédits accordés par les banques de la zone euro. Selon la BBC News, les banques étrangères accordent quatre cinquièmes des prêts consentis dans le pays et environ la moitié d'entre eux ont été délivrés en dehors de la Hongrie au lieu d'être financés au niveau local par les banques étrangères.
Une nouvelle « initiative de Vienne »
Les taux d'intérêt appliqués dans les pays d'ECO inquiètent aussi les banques étrangères. Ils sont en augmentation, passant de 5 % en Russie à plus de 12 % en Hongrie.
En décembre dernier, les instances financières autrichiennes, craignant de perdre la note AAA de leur pays, ont enjoint aux banques de limiter leurs prêts à l'ECO, y compris au sein des filiales.
Ralph De Haas, le directeur adjoint en charge de la recherche à la BERD, a prévenu en décembre dernier que ces nouvelles mesures mettraient la pression sur le système bancaire.
« Les régulateurs nationaux devraient s'assurer que leurs actions ne renforcent pas excessivement la préférence nationale des banques multinationales à court terme », a-t-il affirmé.
Erik Berglöf, économiste en chef à la BERD, a quant à lui réclamé une nouvelle « initiative de Vienne », faisant allusion à l'accord que sa banque à conclu en 2009 pour éviter que les banques occidentales ne fuient l'Europe centrale.
« Nous devons nous assurer qu'il n'y ait pas de discrimination contre les filiales dans la région, ce qui va demander une solide coordination ».