L’Europe applaudit le oui irlandais et fait pression sur la République tchèque
Un an après avoir rejeté le traité réformant les institutions européennes, les Irlandais ont finalement massivement ratifié le traité de Lisbonne par référendum. Les Européens attendent désormais que le président tchèque, Vaclav Klaus, accepte de signer la loi de ratification du texte.
Un an après avoir rejeté le traité réformant les institutions européennes, les Irlandais ont finalement massivement ratifié le traité de Lisbonne par référendum. Les Européens attendent désormais que le président tchèque, Vaclav Klaus, accepte de signer la loi de ratification du texte.
Deux contre un. Contre toute attente, les Irlandais ont dit oui à 67,1% au traité de Lisbonne, vendredi 2 octobre. Le non a recueilli 32,9% des voix. Les votes favorables au traité ont été de 20% supérieur comparé au référendum de 2008. Mais les résultats montrent surtout un écart de 6% en faveur du oui par rapport aux derniers sondages de campagne.
Pression sur Prague et Varsovie
A Bruxelles et en France, la majorité des partis politiques se sont félicités des résultats rendus publics samedi 3 octobre. Ils ont également enjoint le président tchèque Vaclav Klaus de signer la loi de ratification du traité. De son côté, le président de la Commission européenne a salué la décision des Irlandais et indiqué qu’à présent « tous les États-membres [avaient] démocratiquement approuvé le traité de Lisbonne. J’espère que les procédures nécessaires pour son entrée en vigueur seront complétées aussitôt que possible en Pologne et en République tchèque », a-t-il ajouté. Une manière de faire pression sur les deux pays dont les présidents sont encore aujourd’hui opposés à l’entrée en vigueur du texte, malgré l’approbation de celui-ci par leurs parlements.
Interrogé lors d’une conférence de presse improvisée, samedi 3 octobre, Vaclav Klaus n’a pas changé de credo. «Ce n’est pas à l’ordre du jour et ce n’est pas non plus à mon ordre du jour de répondre à des questions de ce genre», a-t-il déclaré. «Je ne peux rien signer avant la décision de la Cour constitutionnelle», a souligné M. Klaus. Allusion à l’ultime recours constitutionnel contre le traité déposé par 19 sénateurs tchèques le 30 septembre (EURACTIV.fr 1/10/2009).
De son côté, le premier ministre tchèque Jan Fischer, favorable au texte, a indiqué qu’il était convaincu que son pays achèverait le processus de ratification de telle sorte que le texte puisse entrer en vigueur d’ici la fin de l’année 2009.
Selon différents observateurs, le président tchèque sera obligé de signer le traité, tant la pression européenne sera forte.
En Pologne, le président Lech Kaczynski avait indiqué qu’il ne signerait la ratification du texte que si les Irlandais approuvaient le traité lors du deuxième référendum (Lire le dossier d’EURACTIV.fr).
Rendez-vous au Conseil européen du 29 octobre
La présidence suédoise avait indiqué au mois de septembre que si les Irlandais disaient oui au traité de Lisbonne, le Conseil européen des 29 et 30 octobre serait l’occasion de se mettre d’accord sur les noms des futurs Haut représentant pour les Affaires étrangères de l’UE et président stable de l’UE. Deux postes créés par le nouveau traité.
Cette rencontre sera l’occasion d’aborder les prochaines étapes avant l’entrée en vigueur officielle du traité. « Nous avons un sommet à la fin du mois d’octobre, il semble que cela soit un moment idéal pour ce genre de discussion », a indiqué le premier ministre suédois Fredrick Reinfeldt le 3 octobre.
Le oui au traité de Lisbonne devrait donc permettre aux institutions européennes de se reformer en donnant notamment plus de pouvoir au Parlement européen (Lire le dossier d’EURACTIV.fr).
La crise économique a encouragé le oui
La crise économique a joué un rôle important dans la décision du peuple irlandais. Geste symbolique, la Commission européenne avait apporté une aide de 14,8 millions d’euros aux salariés de l’usine Dell, le 19 septembre, c’est-à-dire deux semaines avant le scrutin.
Les Irlandais ont évité une faillite comparable à celle de l’Islande, au plus fort de la crise économique, grâce à son appartenance à la zone euro. Le rétablissement du pays est toujours dépendant du bon vouloir de Bruxelles et de la Banque centrale européenne.
Le coût des prêts irlandais devrait diminuer et la bourse croître lundi 5 octobre après le résultat positif du référendum.
POSITIONS :
« Voilà la fin du long chapitre institutionnel de l’Union, nous allons enfin pouvoir parler politique », a déclaré le secrétaire d’État aux Affaires européennes, Pierre Lellouche, dans une interview au Journal du dimanche le 4 octobre. « Ces institutions vont nous aider à nous imposer au lieu d’être condamnés à assister à un G2 américano-chinois. » Interrogé sur le possible blocage par le président tchèque de la ratification du traité, il a ajouté : « La signature, qui est un acte non pas politique mais de procédure, aura lieu. »
Dans un communiqué daté du 3 octobre, le président de la délégation française UMP au PPE, Michel Barnier a indiqué que le traité de Lisbonne apportait « les nouveaux outils dont les Européens ont besoin pour agir : un président du Conseil européen plus permanent; un Parlement européen consolidé; des moyens renforcés pour la politique étrangère; davantage de politiques décidées à la majorité; plus de démocratie. » Il a également insisté sur la nécessité de faire entrer en vigueur le traité de Lisbonne « rapidement. »
Les députés d’Europe Ecologie ont quant à eux demandé au Conseil de « ne pas céder au chantage de Vaclav Klaus qui ne peut pas décider tout seul, contre l’avis même du Parlement et de la Cour constitutionnelle tchèques, de faire rentrer l’Europe dans une nouvelle crise institutionnelle qui paralyserait son action pendant de longues années ».
La députée Hélène Flautre a également rappelé qu’en cas de ratification du Traité de Lisbonne, la France aurait le droit à deux parlementaires européens supplémentaires. Le gouvernement « n’a plus d’excuse pour refuser de se prononcer sur les modalités de leur désignation. Dans ce domaine, seuls les résultats du scrutin du 7 juin dernier doivent être pris en compte. »
Marielle de Sarnez, députée européenne (ADLE) et première vice-présidente du Mouvement Démocrate, a estimé samedi 3 octobre que «l’heure d’une Europe politique est venue», saluant la «très large victoire du « oui » » en Irlande. C’est «une bonne nouvelle pour l’Europe», qui met le traité de Lisbonne «de nouveau sur les rails». «L’heure de l’Europe politique est venue», a-t-elle encore souligné. Avant d’ajouter : «J’espère que le processus de ratification va se poursuivre sans encombre.»
«Je tiens à saluer nos amis irlandais pour leur acte exemplaire de solidarité européenne», a déclaré Catherine Trautmann, présidente de la délégation socialiste française au S&D. «Les socialistes français en appellent maintenant à la responsabilité du Président de la République tchèque, Vaclav Klaus, pour qu’il s’inscrive dans ce même élan de solidarité et signe la loi de ratification.»
Exprimant une position discordante, le président de Debout la république, Nicolas Dupont-Aignan estime quant à lui que « La victoire, en Irlande, du « oui » au traité de Lisbonne est celle d’une démocratie à sens unique, d’une démocratie où l’on vote jusqu’à ce que oui s’ensuive. Les partisans de cette Europe antidémocratique feraient bien d’avoir le triomphe modeste et discret : ce nouveau coup de force, après l’enterrement des non français et néerlandais, ne les honore pas et aggrave encore le déficit d’image et de résultat d’une usine à gaz sans âme ni idéal, condamnée d’avance par l’histoire », a-t-il ajouté.
Le président de la Fondation Robert Schuman, Jean-Dominique Giuliani s’est dit certain de l’aboutissement du traité de Lisbonne : « Cela fait 10 ans que l’Union européenne cherche à réformer ses institutions. Après le oui irlandais, il est désormais certain que ce sera chose faite d’ici la fin de l’année. »
Pour lire les réactions bruxelloises au oui irlandais, lire l’article d’EURACTIV.com 2/10/2009.