L’Espagne dévoile ses priorités pour sa présidence de l’UE

L’Espagne a dévoilé mardi 8 décembre ses priorités pour ses six mois à la tête de l’UE lors du premier semestre 2010. Le pays sera le premier pays à accéder à la présidence tournante depuis l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne.

L’Espagne a dévoilé mardi 8 décembre ses priorités pour ses six mois à la tête de l’UE lors du premier semestre 2010. Le pays sera le premier pays à accéder à la présidence tournante depuis l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne.

« L’Espagne va créer des précédents », a déclaré Diego López Garrido, secrétaire d’État espagnol pour les affaires européennes, qui s’exprimait lors d’un évènement public à Bruxelles organisé par le think-tank European Policy Centre.

M. López Garrido, homme politique expérimenté qui a représenté son pays au sein de la convention en charge de mettre au point la désormais défunte Constitution de l’UE, a déclaré que la présidence européenne de son pays serait très particulière, puisqu’elle marquera la transition de l’ancien modèle de Nice vers la nouvelle ère ouverte par le traité de Lisbonne.

Il a également souligné que l’Espagne avait coordonné son programme de travail avec la Belgique et la Hongrie, les deux prochains pays qui assureront la présidence tournante de l’UE, sous le format connu d’un trio de présidences. « Ces trois pays ont adopté un programme commun pour les dix huit prochains mois le 7 décembre, dans le cadre du Conseil affaires générales », a-t-il affirmé.

En ce qui concerne la présidence espagnole, le ministre espagnol a énuméré quatre grandes priorités.

Emploi et économie

Tout d’abord la relance de l’économie et la création d’emplois. Le niveau moyen de chômage dans la zone euro s’élevait à 9,8 % en octobre, contre 19,3 % en Espagne, deuxième derrière la Lettonie, où ce taux se monte à 20,9 %.

La création d’emplois est également l’une des priorités du Parti socialiste européen, qui s’est réuni en congrès lundi 7 décembre à Prague. L’Espagne a un gouvernement socialiste, mené par José Luis Rodríguez Zapatero, dirigeant du Parti espagnol des travailleurs socialistes (PSOE).

M. López Garrido a cité l’adoption de la stratégie UE 2020 post-Lisbonne pour les dix prochaines années parmi les priorités économique de son pays. Il a affirmé que le plus gros défi pour cette nouvelle stratégie serait de contrôler les objectifs, alors que l’Agenda de Lisbonne pour la croissance et l’emploi avait fixé des objectifs sans pour autant surveiller les performances des pays.

D’autre part, il a mis en avant un accord sur les nouveaux moyens pour superviser le système financier international comme l’un des objectifs importants de la présidence espagnole.

La mise en œuvre du traité de Lisbonne

La seconde priorité, a expliqué le secrétaire d’État espagnol, est la mise en œuvre du traité de Lisbonne, qu’il a qualifié de très similaire par rapport à la défunte Constitution européenne.

« Le paradoxe, c’est que nous avons les instruments sans avoir les politiques », a-t-il indiqué. Allusion au fait que les nouveautés introduites par le traité de Lisbonne – comme par exemple l’initiative citoyenne destinée à déclencher le processus législatif via la collecte d’un million de signatures en provenance d’un nombre significatif de pays -, n’existent qu’en théorie. « L’Espagne se dit prête à créer des précédents dans le développement de ces instruments », a-t-il expliqué. 

Citoyenneté

La troisième priorité, selon M. López Garrido, est la citoyenneté.

« Nous pensons que l’Europe du 21ème siècle devrait être fondée sur une complicité étroite avec ses citoyens », a-t-il dit, critiquant le fait que les citoyens européens d’aujourd’hui considèrent l’Union comme une entité lointaine. Il a affirmé que son pays nourrissait l’ambition de réduire le fossé entre l’Europe et le peuple en faisant pression pour un agenda social plus ambitieux.

Plus spécifiquement, il a déclaré que la présidence espagnole prévoyait d’élaborer un plan d’action pour la mise en œuvre du « Programme de Stockholm » pour la liberté, la sécurité et la justice dans l’UE. Ce programme doit être adopté lors du sommet européen des 10 et 11 décembre.

M. López Garrido a déclaré que son pays ferait également pression pour l’adoption d’une directive sur la non-discrimination, afin de combattre ce qu’il a qualifié de pire péché dans nos sociétés : la violence contre les femmes. « Nous voulons nous occuper de la violence faite aux les femmes pas seulement d’un point de vue national mais aussi européen », a-t-il dit.

Affaires étrangères

Les affaires étrangères sont la quatrième priorité de l’Espagne. L’objectif est de faire de l’UE un véritable acteur international.

« Aujourd’hui, nous ne sommes pas un acteur global. Nous avons quelques expressions d’une politique étrangère. Nous avons convenu de certaines missions importantes, nous avons adopté des positions politiques communes, mais nous n’avons pas de réelle politique extérieure en Europe », a déclaré le fonctionnaire espagnol.

« Avec le traité de Lisbonne, cependant, l’Union aura à sa disposition un instrument très important en matière de politique étrangère – le président du Conseil de l’UE, qui représente l’Union à l’étranger, la Haute représentante pour les affaires extérieures, qui représente l’Union en tant que vraie ministre des affaires étrangères, et le Service européen pour l’action extérieure (SEAE) », a-t-il précisé.

Pour M. López Garrido, le SEAE a la capacité d’être le service diplomatique le plus inventif et le plus fort du monde. Ce service constitue aussi le plus grand défi présenté par le traité de Lisbonne, selon lui, mettant en avant le fait que l’Espagne voulait que son organisation et sa structure soient finalisées avant avril.

« Avant avril, nous aurons le nouveau SEAE. C’est notre objectif », a-t-il dit, ajoutant qu’il existait un large consensus au niveau européen pour remplir cet objectif.

Cependant, cet objectif semble contredire certaines aspiration d’ores et déjà annoncées. S’exprimant au Parlement européen début décembre, Catherine Ashton, Haute représentante pour les affaires étrangères, a déclaré qu’elle commencerait le travail immédiatement pour créer ce nouveau service. Son objectif, a-t-elle dit, est de mettre sur la table une proposition qui permettrait au Conseil de prendre une décision avant fin avril.

Une présidence tournée vers l’extérieur

Répondant à des questions de l’auditoire, M. López Garrido a déclaré que la présidence espagnole allait tout faire pour consolider les fonctions de président du Conseil et de Haute représentante, et que l’Espagne n’allait pas faire d’ombre au nouveau président du Conseil. « Il reviendra à Herman Von Rompuy de présider le nombre record de sommets bilatéraux qui se dérouleront les six prochains mois », a-t-il souligné.

« Nous allons entrer dans le livre Guinness des records avec neuf ou dix sommets », a-t-il dit, citant le sommet UE-États-Unis, le sommet UE-Russie, le sommet UE-Canada, le sommet euro-méditerranéen, le premier sommet UE-Maroc, et un autre réunissant les dirigeants latino-américains.

Le Maroc est un partenaire économique majeur de l’Espagne, qui conduisait le Processus de Barcelone jusqu’à ce que l’initiative sur l’Union pour la Méditerranée lancée par la présidence française de l’UE ait faire perdre du poids dans ce projet à la deuxième plus importante ville espagnole.

« Nous serons une présidence très tournée vers l’extérieur », a déclaré l’homme politique espagnol, ajoutant que l’ambition de son pays était de mettre à jour la base juridique d’accords existants avec un certain nombre de partenaires extérieurs.

« Vue de l’extérieur, l’UE et les États-Unis sont considérés comme une seule entité : l’Occident. Cependant, en dehors du traité de l’Atlantique nord, conclu dans un contexte complètement différent, il n’existe pas de réels accords sur les questions économiques et politiques », a-t-il regretté.

Interrogé pour savoir ce qu’il attendait du groupe de réflexion sur l’avenir de l’Europe, présidé par l’ancien premier ministre espagnol Felipe González, M. López Garrido a déclaré qu’une annonce serait faite lors de la présidence espagnole sous la forme d’un petit document, qui ne comportera pas plus de 30 pages.

« Mais je suis sûr que cela sera très provocateur », a-t-il ajouté.

POSITIONS :

« L’entrée en vigueur du traité de Lisbonne va reléguer la présidence espagnole de l’UE au second plan et le premier ministre, José Luis Rodríguez Zapatero, va occuper un siège de seconde classe lors de la présidence de son pays à la tête de l’UE », écrit Europa Press, citant des experts bruxellois.

Dans le même article, l’eurodéputé espagnol Alejo Vidal Quadras (PPE) affirme que le programme du gouvernement pour la présidence contient de grandes constructions théoriques et peu de précisions.