L’Allemagne tente de suspendre les négociations d’adhésion de la Turquie
L’Allemagne a proposé hier (24 juin) de reporter d’environ quatre mois un nouveau cycle de négociations d’adhésion de la Turquie à l’UE. Cette décision vise à faire part du mécontentement de l’Union par rapport à la répression des manifestations antigouvernementales en Turquie.
L’Allemagne a proposé hier (24 juin) de reporter d’environ quatre mois un nouveau cycle de négociations d’adhésion de la Turquie à l’UE. Cette décision vise à faire part du mécontentement de l’Union par rapport à la répression des manifestations antigouvernementales en Turquie.
L'Union européenne a prévu de relancer les négociations d'adhésion de la Turquie mercredi en ouvrant un nouveau chapitre, le premier depuis 2010.
L'Allemagne, soutenue par d’autres États membres de l'UE, bloque toutefois ce projet en raison de la gestion des manifestations par le gouvernement turc. Les forces de police ont en effet utilisé des gaz lacrymogènes et des canons à eau pour disperser les manifestants opposés à la rénovation d'un parc à Istanbul.
Au cours de deux semaines de heurts avec la police, quatre personnes ont perdu la vie, dont un policier, et quelque 7 500 ont été blessées.
Un retard dans l'ouverture d'un nouveau chapitre soulèverait des doutes supplémentaires : la Turquie, un pays de 76 millions d'habitants en grande partie musulman, fera-t-elle un jour partie du club européen ?
Un représentant turc haut placé a déclaré à Reuters la semaine dernière que si l'UE décidait de ne pas ouvrir le nouveau chapitre, la « réaction de la Turquie serait forte ».
Selon le ministre allemand des affaires étrangères, Guido Westerwelle, Berlin a remis la proposition de compromis à l'Irlande, qui occupe la présidence du Conseil de l'UE. Ce document reprend l'avis d’autres États membres.
« Nous ne pouvons pas dire aujourd'hui si cette proposition sera acceptée. Nous faisons de notre mieux pour trouver une bonne solution », a-t-il déclaré à la presse lors d'une réunion des ministres européens des affaires étrangères à Luxembourg.
Un diplomate allemand a précisé que cette proposition visait à ce que l'UE accepte d'ouvrir un nouveau chapitre, mais reporte l'organisation d'une réunion avec la Turquie à la fin de cette année.
Le lancement officiel serait annoncé après la publication du rapport de l'UE, prévue le 9 octobre, sur les progrès de la Turquie dans l'harmonisation de ses lois avec la pratique de l'UE et les droits de l'Homme.
Cet ajournement bénéficierait à la chancelière allemande, Angela Merkel, car les négociations seraient reportées à après les élections allemandes de septembre. Les conservateurs de la chancelière s'opposent à l'adhésion de la Turquie à l'UE.
Le report des négociations est probable
D'autres gouvernements de l'UE s'opposent toutefois à la proposition de l'Allemagne. « Certains États membres supposent que les Turcs n'apprécieraient peut-être pas cette idée », a déclaré un diplomate européen.
Étant donné qu'un accord unanime est nécessaire, il semble de plus en plus probable que l'UE annule les négociations de mercredi.
Les ministres de l'UE aborderont peut-être ce sujet lors de leur réunion à Luxembourg mardi afin de fixer la date du début des négociations d'adhésion avec la Serbie.
Le ministre irlandais des affaires étrangères, Eamon Gilmore, a déclaré qu'il n'y avait pas encore d'accord sur l'ouverture du nouveau chapitre. « Nous consultons les parties intéressées [à propos de la proposition allemande] et nous en tirerons les conclusions avant mercredi », a-t-il ajouté.
L'Allemagne et la Turquie se retrouvent impliquées dans un conflit diplomatique depuis la semaine dernière lorsque la répression à Istanbul a horrifié la chancelière allemande.
Le vice-premier ministre turc, Bülent Ar?nç, a déclaré à la presse lundi que certains États membres de l'UE rejetaient la demande d'adhésion de la Turquie en raison de leurs politiques nationales. Il s'attend cependant à une décision « positive » sur l'ouverture d'un nouveau chapitre.
« Aucun pays ne devrait politiser ce processus de quelconque façon et aucun obstacle politique ne devrait être dressé devant nous. Aujourd'hui, je pense qu'une décision positive sera prise et que les difficultés rencontrées ces derniers jours dans les relations entre la Turquie et l'Union européenne seront rapidement surmontées », a-t-il ajouté à Ankara.