L’Allemagne s’oppose à une deuxième annulation de la dette grecque
Le ministre allemand des finances s’est rendu à Athènes le 18 juillet et s’est opposé à des indemnités pour les dégâts provoqués lors de la Seconde Guerre mondiale, entre autres. Un reportage d’EURACTIV Grèce.
Le ministre allemand des finances s’est rendu à Athènes le 18 juillet et s’est opposé à des indemnités pour les dégâts provoqués lors de la Seconde Guerre mondiale, entre autres. Un reportage d’EURACTIV Grèce.
Wolfgang Schäuble s’est rendu en Grèce quelques heures après que le Parlement grec a adopté de justesse une loi sur le licenciement de milliers de fonctionnaires. L'objectif est de recevoir 7 milliards d'euros d'aide supplémentaire.
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Des enseignants et des employés municipaux ont manifesté en masse devant l’assemblée contre les mesures drastiques prises par le gouvernement. La police a empêché le rassemblement de manifestants dans certaines parties du centre d'Athènes. Elle a interdit toute protestation devant le Parlement et a fermé des stations de métro du centre-ville.
Considéré comme le champion de l'austérité en Grèce, le ministre allemand des finances a écarté toute proposition d'une seconde restructuration de la dette publique grecque. Ce ne serait « pas dans l'intérêt de la Grèce », selon lui.
« Je conseille de ne pas poursuivre cette discussion », a-t-il déclaré lors d'une conférence organisée par la chambre de commerce greco-allemande à Athènes.
« Nous devons nous en tenir à ce que nous avons atteint. Le reste n’est pas dans l'intérêt de la Grèce. Une nouvelle décote supérieure à 53% pour le secteur privé n'est pas envisageable », a-t-il indiqué.
Wolfgang Schäuble a salué les mesures entreprises par la Grèce en vue de remettre ses finances sur le bon chemin. Il a ajouté qu'il serait disposé à accorder une nouvelle aide « si nécessaire » quand le programme actuel s'achèvera à la fin 2014.
« Quand la Grèce aura terminé d’appliquer le plan d’austérité et aura obtenu un excédent budgétaire, alors nous pourrons commencer les négociations, si nécessaire, pour une aide supplémentaire. Je conseille que tout le monde se concentre sur ce que nous avons convenu, car c'est seulement en appliquant petit à petit ce que nous avons décidé que nous pourrons regagner fiabilité, confiance et croissance », a-t-il déclaré.
Yiannis Stournaras, le ministre grec des finances, a répondu que les pays en crise avaient besoin de toute urgence de mesures favorisant la croissance, accompagnées d’une consolidation budgétaire.
« Pour la Grèce et les autres pays actuellement en crise, le plus grand défi est la combinaison de consolidation budgétaire et de croissance économique. Tous nos instruments devraient viser cet objectif. Si nous n'y parvenons pas, nous risquons de marginaliser de grandes parties de la société et toutes les mesures mises en œuvre jusqu'à présent se solderont par un échec », a-t-il indiqué.
Les indemnités de guerre
Le ministre allemand a répété que Berlin refusait de discuter d'indemnités pour les dégâts provoqués au cours de la Seconde Guerre mondiale, d'une valeur estimée à 162 milliards d'euros.
Il a précisé que le sujet était clos, mais a admis qu'il serait possible de discuter de l'emprunt de guerre que la Grèce a dû accorder au troisième Reich lors de l'occupation nazie.
Dans un geste symbolique, le dirigeant du parti de gauche Syriza, Alexis Tsipras, a rendu visite au président de la République héllenique, Karolos Papoulias, en compagnie du héros de guerre Manolis Glezos. Ce dernier avait retiré le drapeau nazi de l'Acropole. Les trois hommes ont discuté des indemnités de guerre et de l'emprunt.
M. Papoulias a rappelé qu'il était le premier ministre des affaires étrangères à avoir officiellement mis ces sujets sur la table en 1995. Le chef de l'opposition veut, quant à lui, rouvrir le débat sur ces deux thèmes.
« Il est impossible les dirigeants grecs reconnaissent officiellement la dette publique du pays envers les grandes banques et ignorent en même temps la dette allemande envers le peuple grec », a estimé Alexis Tsipras.
« Nous croyons réellement que le gouvernement devrait mettre la demande du peuple grec sur la table. Si le gouvernement ne le fait pas, nous promettons que le peuple grec le fera en élisant un autre gouvernement désireux de mettre un terme à la catastrophe et de faire valoir ses droits », a-t-il ajouté.
Dans le même temps, le ministre grec en charge de la croissance et de la compétitivité, Kostis Xatzidakis, et le président de la banque publique KfW, Ulrich Schröder, ont signé la création d'un « fonds d'investissements grec » en vue de financer des projets d'infrastructure régionales et des entreprises, notamment des PME. La banque allemande KfM investira près de 100 millions d'euros et le gouvernement grec y contribuera à hauteur de 350 millions d'euros.