L’Allemagne et la France divisées sur l’embargo sur les armes en Syrie
La France a exhorté l’Union européenne à réexaminer une levée de l’embargo sur les armes à destination des insurgés syriens afin de lutter contre le président Bachar al Assad, ce qui la place en conflit avec l’Allemagne qui redoute le caractère contagieux d’une telle mesure dans la région.
La France a exhorté l’Union européenne à réexaminer une levée de l’embargo sur les armes à destination des insurgés syriens afin de lutter contre le président Bachar al Assad, ce qui la place en conflit avec l’Allemagne qui redoute le caractère contagieux d’une telle mesure dans la région.
Le ministre français des affaires étrangères, Laurent Fabius, a mis en évidence les différentes approches des deux grandes puissances de l'Union européenne. Il a déclaré hier (11 mars) que la levée de l'embargo sur les armes permettrait d'équilibrer le conflit qui dure depuis deux ans et qui a causé la mort de 70 000 personnes.
Son homologue allemand, Guido Westerwelle, a cependant indiqué à l'issue d'une réunion des ministres européens des affaires étrangères à Bruxelles qu'une telle décision favoriserait une prolifération d'armes dans la région et déclencherait une guerre par procuration.
La France a rouvert ce dossier sensible quelques jours seulement après que les gouvernements de l'UE sont tombés d'accord sur un compromis obtenu difficilement. Ce compromis prévoit un assouplissement de l'embargo sur les armes afin d'aider les opposants au président Bachar al Assad.
« Il me paraît évident que la question d'une levée de l'embargo sur les armes se pose de plus en plus, car il existe un déséquilibre évident entre Bachar al Assad, qui reçoit des armes puissantes venues d'Iran et de Russie, et la Coalition nationale syrienne (opposition) qui ne dispose pas de ces mêmes armes », a indiqué M. Fabius.
« La question de l'embargo sur les armes, qui a été évoquée ici il y a déjà quelques semaines, va devoir, je pense, être reposée très vite, car on ne peut pas admettre qu'il y ait un tel déséquilibre qui aboutit au massacre de toute une population. », a-t-il déclaré à des journalistes.
L'Arabie saoudite et le Qatar fourniraient des armes aux rebelles. Les États-Unis indiquent qu'ils ne souhaitaient pas vendre des armes de crainte de voir cet arsenal tomber entre les mains d'islamistes radicaux qui pourraient le retourner contre des intérêts occidentaux.
Au sein de l'UE, la Grande-Bretagne, soutenue par la France, fait pression en faveur d'un assouplissement de l'embargo afin d'aider les insurgés syriens. Mais bon nombre d'autres États membres de l'UE émettent des réserves.
Plus d’aide britannique
Après des mois de négociations difficiles, l'UE a amendé l'embargo le mois dernier afin d'autoriser la fourniture de véhicules blindés, d'équipements militaires non létaux et d'une assistance technique en faveur de l'opposition syrienne à condition que cette aide ait pour but de protéger les civils.
La Grande-Bretagne a rapidement étendu la portée de l'aide qu'elle apporte à l'opposition syrienne. Elle s'est engagée à fournir des véhicules blindés et le matériel nécessaire à l'identification d'armes chimiques.
M. Westerwelle et la haute responsable pour les affaires étrangères, Catherine Ashton, ont mis l'accent sur l'aide à la reconstruction des régions détenues par les rebelles en Syrie.
« Je suis convaincu que nous devons en faire davantage pour la reconstruction des régions libérées », a déclaré M. Westerwelle.
« L'embargo économique et financier, qui touche actuellement tout le pays, devrait donc être géré d'une manière plus flexible et éventuellement modifié, de sorte que nous puissions fournir des biens pour les infrastructures, l'aide médicale, l'électricité, l'eau », a-t-il indiqué.
Mme Ashton a déclaré que l'UE envisageait les façons de collaborer avec l'opposition afin de restaurer les services de base tels que les fournitures médicales, l’épuration de l'eau, la production d'électricité et certains services administratifs.
Les ministres européens ont discuté de la crise syrienne en compagnie de Lakhdar Brahimi, l'émissaire de l'ONU. Il a prévenu que, sans accord politique, la situation en Syrie pourrait surpasser celle de la Somalie dévastée par la violence.
« Le véritable choix en Syrie se situe entre un accord pacifique, politique et consensuel et une situation qui ressemble en la surpassant à celle que la Somalie a connue ces dernières années », a-t-il déclaré à des journalistes.
« Inquiétudes sérieuses » quant aux droits russes
Catherine Ashton a déclaré à des journalistes que les ministres de l'UE avaient exprimé leur inquiétude quant aux décisions récentes du Kremlin. La Russie souhaite limiter les activités de la société civile russe et « influence négativement les droits démocratiques et les libertés » dans le pays.
La haute responsable de l'UE pour les affaires étrangères a cependant reconnu que l'UE et la Russie collaboraient sur des dossiers tels que le programme nucléaire de l'Iran et le processus de paix au Moyen-Orient.