L’Allemagne désapprouve la politique libyenne de Sarkozy

Berlin a vivement réagi à l’annonce faite par Nicolas Sarkozy de la signature entre la France et la Libye d’une coopération dans le domaine nucléaire civil. En ne consultant pas ses partenaires européens, l’Allemagne considère que le président français a fait « cavalier seul ».

Berlin a vivement réagi à l’annonce faite par Nicolas Sarkozy de la signature entre la France et la Libye d’une coopération dans le domaine nucléaire civil. En ne consultant pas ses partenaires européens, l’Allemagne considère que le président français a fait « cavalier seul ».

Contexte  :

Mardi 24 juillet, les otages bulgares étaient libérés par la Libye et reconduits à Sofia par un avion de la République française. Le lendemain, Nicolas Sarkozy se rendait à Tripoli et signait des contrats de coopération avec le colonel Kadhafi en matière de défense, mais aussi de nucléaire civil, pour le compte de l’entreprise Areva.

Signé à peine deux jours après la libération des infirmières bulgares, emprisonnées depuis huit ans, cet accord est prématuré, selon les Allemands. D’autant plus que Tripoli n’a renoncé qu’en 2003 à son programme d’armes de destruction massives, comprenant un volet de développement du nucléaire militaire. Le régime du colonel Kadhafi (en place depuis 1970) tente aujourd’hui de retrouver une crédibilité internationale, après des années passées au ban des nations.

Enjeux  :

Polémique autour du nucléaire

Traditionnellement opposée à l’énergie nucléaire, l’Allemagne cherche aujourd’hui à fermer ses centrales. A l’inverse, la France poursuit une politique nucléaire active. Le groupe français Areva, avec lequel Tripoli a conclu ses contrats, est le leader mondial du secteur.

La classe politique allemande a donc vivement réagi à l’attitude du président français. Celle-ci dénonce des décisions prises en « solitaire » par Nicolas Sarkozy. Berlin reproche à la France de ne pas avoir consulté ses partenaires européens dans le domaine pourtant sensible du nucléaire.

« Même si Kadhafi ne s’intéresse plus aux armes nucléaires, on ne peut pas savoir qui sera au pouvoir après lui, et ce qui se passera alors », a fait remarquer l’adjoint du chef de file du groupe social-démocrate au parlement, Ulrich Kalber.

« Même si cela prend du temps, la France devrait s’intéresser au renforcement des politiques extérieures et de sécurité de l’Europe », a commenté de son côté le chef de file de la commission des Affaires étrangères au Bundestag, Rupretch Polenz.

Le correspondant en Allemagne pour RFI, Pascal Thibaud, relate les commentaires d’un député social-démocrate allemand, qui ne voit dans la libération des otages qu’un moyen de « décrocher des contrats » commerciaux, faisant ainsi de George Bush, « un modèle d’innocence ».

Le chef du parti des Verts en Allemagne, Reinhard Bütikofer, accuse quant à lui le président français d’ « activisme nationaliste débridé ». La presse allemande décrit, elle, le président français de « problème sérieux pour l’Europe, ou encore d’homme politique incontrôlable ». Le quotidien conservateur Die Welt va même jusqu’à dire que Nicolas Sarkozy se jette « au cou des despotes ».

« Cette coopération franco-libyenne dans le domaine du nucléaire civil est la preuve que les pays qui respectent pleinement leurs engagements internationaux de non-prolifération peuvent retirer tous les bénéfices des usages pacifiques de l’énergie nucléaire. Il ne faut pas confondre l’usage civil avec l’usage militaire » s’est défendu le Quai d’Orsay.

Paris a aussi fait savoir que les négociations avec la Libye avaient débuté en 2004 et que ses partenaires en avaient été tenus informés, depuis lors, à de nombreuses reprises.  

Le cas Siemens

Siemens détenant 34% du capital d’Areva, l’affaire libyenne provoque également une polémique interne à l’Allemagne. Le secrétaire d’État parlementaire au ministère allemand de l’Environnement, Michael Müller, a mis en garde le groupe allemand par voie de presse contre toute coopération dans le projet franco-libyen.

L’entreprise ne s’est, pour le moment, pas exprimée sur le sujet.

Un dossier européen  « accaparé » par Nicolas Sarkozy

La médiatisation de Nicolas Sarkozy et de sa femme Cécilia, lors de la libération des otages bulgares, a aussi été mal perçue.  L’eurodéputé conservateur, Elmar Brok, a déclaré que ce succès « n’a pas été la performance de la famille Sarkozy uniquement, mais une action concertée de l’ensemble de l’Union européenne ».

Selon un haut responsable du Parlement allemand, Nicolas Sarkozy « cherche à faire trop de choses à la fois ».