L'AKP n’est pas dissolu : les aspirations européennes de la Turquie restent d’actualité [FR]
Dans une affaire suivie de près, la Cour constitutionnelle turque a décidé hier 30 juillet de ne pas interdire l’AKP, le parti au pouvoir. Elle lui a tout de même adressé un « sérieux avertissement » en réduisant ses fonds de moitié. Cette décision est un soulagement pour la Turquie, qui craignait que l’UE n’interrompe les négociations d’adhésion.
Dans une affaire suivie de près, la Cour constitutionnelle turque a décidé hier 30 juillet de ne pas interdire l’AKP, le parti au pouvoir. Elle lui a tout de même adressé un « sérieux avertissement » en réduisant ses fonds de moitié. Cette décision est un soulagement pour la Turquie, qui craignait que l’UE n’interrompe les négociations d’adhésion.
Six des dix juges se sont prononcés en faveur de l’interdiction du parti, soit une voix de moins que le nombre requis pour atteindre à la majorité des deux tiers nécessaire pour une telle décision.
Cependant, 10 des 11 membres de la Cour ont jugé que l’AKP coupable d’être « un foyer d’activités anti-laïques ». Cette accusation est particulièrement grave dans un pays où l’armée a organisé plusieurs coups d’Etat contre les gouvernements accusés de vouloir imposer l’islam comme une religion d’Etat.
Lors de la lecture du verdict par la président de la Cour, ce dernier a précisé que cette décision, qui privera le parti de la moitié de ses fonds perçus de l’Etat, avertit clairement l’AKP de ne pas remettre en cause la séparation traditionnelle de l’Eglise et de l’Etat dans le pays.
Il a également enjoint les autres formations politiques de prendre les mesures juridiques nécessaires afin d’éviter d’autres cas d’interdiction de partis.
L’UE soulagée
L’affaire a été suivie de très près par l’UE qui considère qu’elle ne respecte pas les normes démocratiques que l’on attend d’un potentiel Etat membre.
Olli Rehn, commissaire européen à l’Elargissement avait estimé en mars dernier que, dans une démocratie européenne normale, les questions politiques devaient être débattues dans l’enceinte du Parlement ou tranchées par les urnes, mais pas dans les cours de justice.
Le verdict a été accueilli avec soulagement aussi bien par les fonctionnaires européens que par les observateurs. Ils ont indiqué que cette décision permettrait d’apaiser les luttes de pouvoir entre les partisans de l’islam et de la laïcité dans le pays et de restaurer la stabilité politique.
A peine trois jours avant la décision, deux bombes ont explosé à Istanbul, faisait au moins 16 morts et 150 blessés (EURACTIV 28/07/08). Ces attentats n’ont pas encore été revendiqués mais le gouvernement n’a pas tardé à accuser le groupe terroriste PKK.
Cette affaire intervient au moment où le pays fait face à des accusations contre d’anciens membres de l’élite laïque, le groupe Ergenekon, accusé d’avoir formé un groupe terroriste pour renverser le gouvernement (EURACTIV 15/07/08). Le Premier ministre Erdogan a tenté de relier cet évènement au procès, estimant que ce n’était pas l’Etat, mais l’AKP, qui se trouvait en danger.