L’Ademe publie son rapport sur les agrocarburants en catimini

L’agence de l’Environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) a rendu public une analyse des cycles de vie appliquées aux biocarburants de première génération consommés en France. Son approche est vivement contestée par les associations écologistes.

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L’agence de l’Environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) a rendu public une analyse des cycles de vie appliquées aux biocarburants de première génération consommés en France. Son approche est vivement contestée par les associations écologistes.

Après des mois d’attente, le rapport de l’Ademe sur les biocarburants est enfin sorti, vendredi 8 octobre. Une publication sans tambour ni trompette pour une «synthèse» de rapport assez mince comparée à l’attente qu’il suscitait.

Dans l’ensemble, le rapport justifie le bilan écologique des agrocarburants. Globalement, le texte conclut à une efficacité énergétique plus grande de ceux-ci, par rapport à leurs équivalents fossiles. Les auteurs estiment en effet que les biocarburants dégagent entre 50 et 80% de CO2 de moins que les carburants fossiles. L’«ETBE», une sorte de biocarburant qui résulte d’un mélange d’éthanol et d’isobutène, affiche, en revanche, de moins bonnes performances. Les éthanols sous formes d’ETBE dégagent entre 35 et 50% de CO2 de moins que les carburants fossiles.

Des statistiques sensiblement identiques à celles avancées par la France en 2002. «En 2004, une étude de la Commission européenne indiquait des chiffres compris entre 26 et 37% pour l’éthanol et entre 53 et 58% pour le biodiésel», rappelle Jean-Louis Lemarchand, auteur de Biocarburants, cinq questions qui dérangent. «Pour ce qui est de la consommation d’énergie, on arrive à un bilan énergétique très favorable», poursuit-il.

«Synthèse» vague et partielle

La directive européenne de 2009 prévoit que 10 % des besoins de l’UE en combustible dans le secteur des transports devront provenir de sources d’énergie renouvelables, notamment des biocarburants, d’ici 2020. Mais pour que les agrocarburants utilisés soient comptabilisés dans la cadre de la directive, la réduction des émissions de gaz à effet de serre résultants de leur utilisation doit s’élever à au moins 35% par rapport au CO2 dégagé par un carburant classique. A partir de 2017, ce chiffre passera à 50%. Et en 2018, tous les agrocarburants produits devront dégager 60% de CO2 en moins par rapport à leurs équivalents fossiles.

Les organisations écologistes dénoncent, pour leur part, une «synthèse» aussi vague que partielle, comparée au rapport complet de 231 pages, qui circulait encore quelques jours avant la publication de l’Ademe. Car les chiffres donnés par l’Ademe ne comprennent pas, par exemple, la question des changements d’affectation des sols.

«66% du colza cultivé en France est destiné aux agro-carburants», explique Diane Vandaele, chargée de mission au Réseau action climat (RAC). Conséquence : l’huile de colza manque, et est remplacé par l’huile de palme, qui provient directement de Malaisie, d’Indonésie et de Colombie. Une culture qui provoque une déforestation massive. Pour le RAC, l’intégration de cette donnée dans les chiffres aurait abouti à la perte d’une partie des subventions publiques par les filières agrocarburants.

«Les changements d’affectation des sols peuvent venir modifier grandement ces résultats [du bilan énergétique des biocarburants, ndlr], voire pourraient potentiellement les inverser pour les bilans des filières d’importation mais aussi nationales par effets indirects», admet d’ailleurs le texte de l’Ademe.

Manque de transparence

Diane Vandaele regrette aussi la disparition des chiffres sur l’efficacité énergétique des biocarburants, c’est-à-dire le ratio entre l’énergie contenue dans un produit et l’énergie non renouvelable dépensée pour le produire tout au long de sa chaîne de culture et de fabrication. «Pour l’éthanol de blé, il s’élève à 1,6. Et pour l’ETBE de blé, il est en-dessous de 1.» Autrement dit, l’ETBE de blé coûte plus d’énergie à fabriquer qu’il n’en génère.

De son côté, Michel Dubromel, de France Nature Environnement juge que «le texte manque de transparence malgré une approche initiale très saine». Evoquant la volonté de l’Ademe de consulter tous les acteurs sur ce dossier, il ajoute : «Ce n’est pas la peine d’avoir mené une étude aussi longue, pendant deux ans, pour rendre des conclusions aussi vagues.» 

Ce rapport est en effet le résultat d’un très long processus de consultation lancé par l’Ademe en juillet 2008. Sans cesse décalée, la publication avait finalement été fixée pour la mi-septembre, à l’occasion de la semaine de la mobilité. Avant d’être à nouveau repoussée sine die.