Kosovo : les forces de l’OTAN attaquées lors d’affrontements avec des manifestants serbes

Au moins 34 Casques bleus de l’OTAN ainsi que des membres des forces de police du Kosovo et des civils ont été blessés lors d’affrontements avec des manifestants serbes, donnant lieu à des appels au maintien de la paix de la part de Pristina et de la communauté internationale.

/ EURACTIV Serbie / Euractiv.com
High tensions over newly elected mayors in northern Kosovo
Les Serbes du nord du Kosovo ne reconnaissent pas l’indépendance du Kosovo proclamée en 200 ni l’autorité de Pristina, la capitale du pays où siègent les institutions kosovares, et restent loyaux à la Serbie. [EPA-EFE/GEORGI LICOVSKI]

Au moins 34 Casques bleus de l’OTAN ainsi que des membres des forces de police du Kosovo et des civils ont été blessés lors d’affrontements avec des manifestants serbes, donnant lieu à des appels au maintien de la paix de la part de Pristina et de la communauté internationale. Pour sa part, Belgrade a appelé la communauté internationale à intervenir et à faire pression sur le Kosovo, avertissant toutefois que « si l’envahisseur albanais venait à ouvrir le feu, la situation serait différente ».

Vendredi dernier (26 mai), la situation dans le nord du Kosovo, une région à majorité serbe, s’est détériorée après que des maires d’origine albanaise, élus après la démission massive des fonctionnaires serbes à la fin de 2022, ont pris leurs fonctions dans quatre municipalités. Les Serbes avaient renoncé à élire leurs remplaçants à la suite des appels lancés par Belgrade en ce sens.

Le président serbe Aleksandar Vučić a alors rapproché l’armée de la frontière. Après quelques jours de calme relatif, la situation s’est finalement détériorée lundi soir (29 avril) à Leposavic, Zubin Potok et Zveçan, où des Serbes ont lancé des cocktails Molotov contenant des clous, des pétards et des pierres, selon le ministère italien de la Défense.

La police kosovare a signalé que les manifestants lançaient des gaz lacrymogènes et tentaient « de franchir les cordons de sécurité pour entrer de force dans la municipalité ».

Les Serbes du nord du Kosovo ne reconnaissent pas l’indépendance du Kosovo proclamée en 200 ni l’autorité de Pristina, la capitale du pays où siègent les institutions kosovares, et restent loyaux à la Serbie. Ils n’acceptent donc pas les nouveaux maires, qui ont été élus avec le taux de participation le plus bas de l’histoire du pays.

Malgré cela, les organisations internationales ont déclaré que les élections étaient légitimes, mais ont demandé aux Kosovars de ne pas entrer dans les mairies où « ils ne sont pas les bienvenus ».

Le maire de Leposavic récemment élu, Lulzim Hetimi, aurait passé la nuit dans la mairie car il était dangereux pour lui d’en sortir.

Dans un communiqué, la mission de l’OTAN au Kosovo (KFOR) a donné plus de détails sur la situation. « S’opposant aux parties les plus actives de la foule, certains soldats des contingents italien et hongrois de la KFOR ont été l’objet d’attaques non provoquées et se sont vus infliger des blessures traumatiques avec des fractures et des brûlures », peut-on y lire.

Le commandant de la KFOR, le général de division Angelo Michele Ristuccia, a déclaré qu’il suivait la situation et que les attaques non provoquées contre les unités de l’OTAN étaient inacceptables.

Le Premier ministre du Kosovo, Albin Kurti, s’est pour sa part dit préoccupé par les violences et a déclaré que ses forces continueraient leur travail sur le terrain.

« Aujourd’hui, j’ai rencontré les ambassadeurs du QUINT [un groupe informel qui comprend la France, l’Allemagne, l’Italie, le Royaume-Uni et les États-Unis] et de l’UE. Je suis très inquiet des violences et je condamne les attaques contre la police kosovare, la KFOR et les journalistes. Les graffitis ultranationalistes serbes sur les véhicules de l’OTAN sont un sombre rappel pour le Kosovo. Nous protégeons la paix et la sécurité », a tweeté M. Kurti.

Le Premier ministre kosovar soutient que les manifestants du nord sont des « extrémistes » dirigés par Belgrade qui mènent des « actions violentes et criminelles » contre la police, la KFOR et les journalistes.

M. Kurti s’est entretenu avec le ministre italien des Affaires étrangères, Antonio Tajani, alors qu’au moins 12 Casques bleus de l’OTAN originaires d’Italie figuraient parmi les blessés.

« Lors d’un second appel téléphonique aujourd’hui avec le vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères d’Italie, Antonio Tajani, j’ai transmis la profonde gratitude du gouvernement et du peuple de la République du Kosovo pour la KFOR et l’action courageuse des soldats pour maintenir la paix face à l’extrémisme violent. Je souhaite un rétablissement complet et rapide aux blessés », a écrit M. Kurti sur son compte Twitter.

M. Tajani a indiqué qu’outre les soldats italiens, des soldats hongrois et moldaves avaient été gravement blessés.

« Les contingents italiens et hongrois de la KFOR ont fait l’objet d’attaques non provoquées et ont subi des blessures traumatiques avec des fractures et des brûlures dues à l’explosion d’engins incendiaires », a-t-il déclaré.

Un porte-parole de l’OTAN a ajouté que l’Alliance « condamne fermement les attaques non provoquées contre les troupes de la KFOR dans le nord du Kosovo, qui ont fait de nombreux blessés. […] La violence doit cesser immédiatement. Nous appelons toutes les parties à s’abstenir de toute action susceptible d’exacerber les tensions et à engager le dialogue ».

La Première ministre italienne, Giorgia Meloni, a également commenté la situation en déclarant : « Ce qu’il se passe [au Kosovo] est absolument inacceptable et irresponsable. Nous ne tolérerons pas de nouvelles attaques contre la KFOR ».

La force de maintien de la paix de l’OTAN, la KFOR, a été mise en place à la suite de la guerre de 1998-1999 entre la Serbie et le Kosovo et de la déclaration d’indépendance du Kosovo en 2008.

Les contingents multinationaux dirigés par l’OTAN ont été déployés dans quatre municipalités pour contenir des « manifestations violentes » alors que « des maires nouvellement élus ont tenté ces derniers jours de prendre leurs fonctions », a déclaré la KFOR.

« L’envahisseur albanais »

Entre-temps, M. Vučić a publiquement appelé les Serbes du nord à ne pas entrer en conflit avec l’OTAN, affirmant que 52 Serbes avaient été blessés. Il a ajouté que la Serbie était favorable au maintien de la paix, mais que « si l’envahisseur albanais venait à ouvrir le feu, la situation serait différente ».

Le secrétaire d’État au ministère de la Défense, Nemanja Starović, a déclaré que « de nombreux » manifestants avaient été blessés et a accusé la KFOR d’avoir utilisé des grenades assourdissantes. Il a ajouté que les manifestants « pacifiques » s’étaient dispersés et « continueraient à manifester demain matin ».

Le ministre serbe des Affaires étrangères, Ivica Dačić, a déclaré que Albin Kurti était le seul responsable de l’escalade, travaillant en collaboration avec la communauté internationale.

« M. Kurti est autorisé à faire quelque chose [comme cela], [et] la communauté internationale fait semblant de protester », a déclaré M. Dačić.

« Ne jouons pas à cache-cache et ne prétendons pas que [la communauté internationale] ne peut pas influencer M. Kurti. Qui est ce M. Kurti ? Une superpuissance ? », a-t-il demandé.

Pour appuyer son propos, M. Dačić a également mentionné que Pristina avait récemment obtenu la libéralisation des visas et l’ouverture du processus d’admission au Conseil de l’Europe.

« On dit qu’une approche constructive doit être récompensée. S’agit-il donc d’une approche constructive ? Il ne faut pas qu’il apparaisse plus tard que la Serbie est coupable d’une telle chose. Cela ne doit pas arriver, et la Serbie ne le permettra pas », a souligné M. Dačić.

Il a ajouté que le rôle de la KFOR n’est pas de se tenir devant les mairies et d’empêcher le peuple serbe d’y retourner, l’accusant de protéger les nouveaux maires tout en soutenant que les mairies appartiennent aux Serbes.

« Dans les municipalités serbes, les maires ne peuvent pas être ceux qu’aucun Serbe n’a élus », a-t-il ajouté. Il n’a toutefois pas mentionné le fait que Belgrade a appelé les Serbes à ne pas voter, de nombreuses informations faisant état des pressions exercées sur les Serbes pour qu’ils ne participent pas à l’élection.

« Il ne s’agit pas de notre attitude négative à leur égard, mais de savoir si [les Kosovars] rempliront ou non leurs obligations. Ne provoquez pas la Serbie […] », a déclaré M. Dačić, ajoutant que la Serbie n’allait pas subir « une telle escalade contre les Serbes » indéfiniment.

« Le message de la Serbie a toujours été le même : il vaut mieux négocier pendant 100 ans que d’avoir des conflits et une guerre pendant un jour », a-t-il ajouté.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]