Josep Borrell veut afficher l’unité de l’UE lors de son voyage en Chine
Face à la controverse provoquée par le voyage en Chine du président français Emmanuel Macron, le chef de la diplomatie de l’UE, Josep Borrell, devrait présenter un front européen unifié sur la politique à l’égard de la Chine lors de sa visite dans le pays en fin de semaine.
Face à la controverse provoquée par le voyage en Chine du président français Emmanuel Macron, le chef de la diplomatie de l’UE, Josep Borrell, devrait présenter un front européen unifié sur la politique à l’égard de la Chine lors de sa visite dans le pays en fin de semaine.
M. Borrell devrait se rendre à Pékin de jeudi à samedi (13-15 avril) pour le dialogue stratégique annuel UE-Chine avec le ministre chinois des Affaires étrangères, Qin Gang.
Il s’entretiendra également avec le plus haut diplomate chinois, Wang Yi, jeudi, ainsi qu’avec le nouveau ministre chinois de la Défense, Li Shangfu.
Le chef de la diplomatie européenne devrait réitérer l’engagement de l’Union en faveur de sa propre politique d’une Chine unique, tout en réaffirmant le droit de l’Union à nouer des liens avec Taïwan dans le cadre de cette politique.
« Il est essentiel […] de préserver la paix, bien sûr, en particulier dans le détroit de Taïwan, à l’intérieur et autour de Taïwan », a déclaré un haut fonctionnaire de l’UE avant le voyage de M. Borrell.
« Les [États] membres de l’UE n’accordent pas d’aide militaire à Taïwan [comme le font les États-Unis]. Cela dit, nous sommes fortement engagés dans et avec Taïwan, dont l’économie est très forte et la démocratie très florissante », a ajouté le haut fonctionnaire de l’UE.
La question est devenue l’un des sujets les plus controversés du voyage, en particulier après que les commentaires de M. Macron ont jeté le doute sur l’engagement de l’Occident envers l’île.
Lors d’un vol entre Pékin et Guangzhou la semaine dernière, M. Macron a confié aux journalistes que l’UE devrait éviter de devenir un « vassal » des États-Unis vis-à-vis de la Chine, et a notamment insisté sur la nécessité de prendre ses distances par rapport à toute aide militaire potentielle à Taïwan.
« Avons-nous intérêt à une accélération sur le sujet de Taïwan ? Non. La pire des choses serait de penser que nous, Européens, devrions être suivistes sur ce sujet et nous adapter au rythme américain et à une réaction excessive de la Chine », avait affirmé M. Macron.
Ces remarques, qui ont suscité des réactions négatives de la part des législateurs américains et en Europe, sont intervenues au lendemain d’une visite d’État au cours de laquelle la France a approfondi ses liens économiques et culturels avec Pékin.
« Certains dirigeants occidentaux rêvent de coopérer avec tout le monde, avec la Russie et avec certaines puissances d’Extrême-Orient », a déclaré le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki avant de s’envoler pour une visite d’État aux États-Unis mardi (11 avril).
Certains fonctionnaires et diplomates de l’UE craignent toutefois que la visite discrète initialement prévue ne se transforme en un interrogatoire musclé si les Chinois décident de tirer parti des divisions apparentes.
« Nous constatons que les Chinois sont de grands observateurs de chaque nuance émanant de l’Europe », a expliqué le haut fonctionnaire de l’UE, atténuant les inquiétudes et ajoutant que cela rendrait la mission de M. Borrell « beaucoup plus intéressante ».
Le message de M. Macron contrastait également fortement avec celui de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, qui l’a rejoint pour une réunion avec son homologue chinois Xi Jinping.
Avant le voyage, Mme Von der Leyen avait déclaré qu’il n’était pas dans l’intérêt de l’Europe de se dissocier totalement de la Chine, mais que l’UE devait plutôt envisager une « réduction de risques » diplomatiques et économiques, une approche qui a recueilli un large soutien dans l’ensemble de l’Union.
M. Borrell, qui représente les 27 États membres de l’UE, devra synthétiser ces différences en un message cohérent.
« Le président français parle toujours au nom de la République française », a soutenu un haut fonctionnaire européen avant la visite de M. Borrell, sous le couvert de l’anonymat, afin de pouvoir s’exprimer plus librement.
« La France est l’un des 27 États membres [de l’UE]. Si le chancelier allemand dit quelque chose, est-ce que tout le monde dit que c’est la politique de l’UE ?»
« La tâche du haut représentant est de représenter les points de vue communs auxquels tous les États membres sont parvenus », a-t-il souligné, en référence aux lignes communes sur la Chine que les dirigeants de l’UE avaient adoptées en octobre.
À l’époque, ils avaient également réaffirmé leur soutien à l’approche dite « triptyque » de l’UE à l’égard de la Chine, qui consiste à considérer ce pays à la fois comme un partenaire, un concurrent et un rival.
Au-delà des retombées des remarques de M. Macron, M. Borrell devrait à nouveau demander à Pékin que la Chine soit un « facilitateur » d’une paix potentielle en Ukraine et soulever des préoccupations concernant les droits de l’homme et les déséquilibres économiques.
Bien qu’il semble peu probable que l’Union européenne soit en mesure d’influencer la politique ukrainienne de Pékin, M. Borrell a déclaré le mois dernier que le partenariat entre Pékin et Moscou avait des limites, malgré la rhétorique officielle et les visites publiques qui indiquent le contraire.
Par ailleurs, la vague de visites à Pékin intervient alors que la date du sommet annuel UE-Chine n’a pas encore été fixée et que le bloc n’a pas encore reçu d’invitation officielle de Pékin, qui doit accueillir l’évènement dans le courant de l’année, selon des sources de l’UE.
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[Édité par Anne-Sophie Gayet]