Josep Borrell : les leaders ont joué au poker avec l'euro et ont perdu
L'hésitation persistante des leaders européens dans la gestion de la crise est en train d'affaiblir l'Union européenne et d'exacerber l'essouflement de l'intégration, a déclaré Josep Borrell, président de l'Institut universitaire européen lors d'un entretien accordé à EURACTIV.
L'hésitation persistante des leaders européens dans la gestion de la crise est en train d'affaiblir l'Union européenne et d'exacerber l'essouflement de l'intégration, a déclaré Josep Borrell, président de l'Institut universitaire européen lors d'un entretien accordé à EURACTIV.
« C'est un manque de volonté de faire face au problème qui a fait que la crise grecque est devenue une crise de l'Euro. L'Europe a joué au poker avec le marché. Et elle a perdu », a déclaré l'Espagnol qui a présidé le Parlement européen de 2004 à 2007.
M. Borrell a reproché aux dirigeants de l'UE de ne pas s'être attaqués à la crise financière en prétendant qu'il s'agissait d'un problème américain. Il a également critiqué l'incapacité persistante des personnalités politiques à résoudre rapidement les problèmes contemporains avant qu'ils ne dégénèrent en crise à long terme.
« Si on avait vraiment fait preuve de solidarité et défendu l'intérêt commun, la crise grecque n'aurait pas dégénéré en crise de l'euro », a expliqué M. Borrell, notant que ce comportement avait mis un terme à l'intégration européenne et exacerbé les ralentissements en Europe.
Selon M. Borrell, si les pays de l'UE avaient immédiatement affirmé vouloir garantir la dette grecque, la spéculation aurait pu être évitée et il n'y aurait pas eu de contamination des autres pays « et on n'en serait pas là aujourd’hui ».
L'ancien président du Parlement européen argue qu'avec l'introduction de l'euro, les dirigeants politiques nationaux ont perdu un peu de leur capacité à faire de la politique dans leur pays. « Ils n'ont pas très envie de perdre encore plus de leviers ou d'instruments de l'action politique [chez eux] », a-t-il concédé, tentant de fournir une explication à leur comportement.
Aujourd'hui, le scénario se reproduit avec la dernière crise en date, suite à l'arrivée d'immigrés qui frappent à la porte de l'Europe pour tenter d'échapper aux révoltes nord-africaines et aux soulèvements en Libye, a souligné le président de l'IUE.
Pour résoudre une crise migratoire mineure, les leaders européens sont prêts à modifier Schengen, de la même manière qu'ils ont permis le développement d'une crise dans un petit pays comme la Grèce, ce qui a donné lieu à une crise dans toute la zone euro, a déclaré M. Borrell, notant que l'arrivée de 25 000 migrants à Lampedusa était un problème mineur en comparaison au demi-million d'Africains qui ont quitté la Libye pour rentrer dans leur pays.
« On a adopté une attitude punitive au lieu de se préoccuper de l'intérêt commun. Et ça, c'est vraiment préoccupant ! Il ne faut pas cacher la réalité. Cela veut dire qu’il n’y a plus d'attitude pro-européenne », s'est exclamé M. Borrell.
Le président de l'IUE a concédé qu'une des raisons du manque de leadership et d'engagement de la part des dirigeants de l'UE provenait du fait que la population n'en demandait pas plus à l'Europe.
Il pense que les citoyens européens ont peur, comme on a pu le voir lors des récentes élections en Finlande, ce qui entraîne une montée des nationalistes dans les sondages.
« C'est un cocktail explosif : on vieillit donc on a besoin de l'ouverture. L'ouverture amène les migrants, les migrants menacent l'identité donc on veut se refermer. 20 % des Finlandais ont voté pour un programme électoral qui disait : "Seuls les Finlandais peuvent décider de qui a le droit d'aller en Finlande." Ce qui est une négation pure et simple de l'Union européenne », a-t-il expliqué.
M. Borrell a été clair : les dirigeants de l'UE n'ont pas assez encouragé le renforcement de l'Europe et ils continuent de cultiver les mythes de l'indépendance.
Le problème est que « si les Grecs sont kaputt c'est la banque allemande qui va être kaputt. Il manque une certaine capacité pédagogique pour expliquer quels sont les bienfaits de l'Europe et quelles seraient les conséquences de la non-Europe », a-t-il expliqué, demandant que l'Europe se rassemble, citant par exemple son rôle sur la scène internationale.
L'Union européenne doit comprendre qu'elle risque d'être laissée de côté si elle ne change pas sa manière de fonctionner, comme avec la règle de l'unanimité par exemple.
« Le problème c’est que le monde va beaucoup plus vite que l’Europe et nous continuons à travailler de la même façon », a-t-il conclu, laissant entendre que nous avons besoin de « plus d'Europe ».
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