Jordan Bardella veut changer la politique agricole européenne « de l'intérieur »

Suite aux attaques d'Emmanuel Macron samedi (24 février), Jordan Bardella a profité de sa venue au Salon de l'Agriculture dimanche (25 février) pour réaffirmer l'utilité de la Politique agricole commune européenne. ll dénonce en revanche le Pacte vert européen, et appelle à un « patriotisme économique ».

Euractiv France
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Au Salon de l'agriculture, dimanche, Jordan Bardella a assuré vouloir rester dans l'UE mais en changeant le "logiciel européen". (capture d'écran)

Suite aux attaques d’Emmanuel Macron samedi (24 février), Jordan Bardella a profité de sa venue au Salon de l’Agriculture dimanche (25 février) pour réaffirmer l’utilité de la Politique agricole commune européenne. ll dénonce en revanche le Pacte vert européen, et appelle à un « patriotisme économique ».

« La Politique agricole commune, c’est mieux que rien […] ça n’est pas l’idéal, mais ça va dans le bon sens », a reconnu Jordan Bardella, eurodéputé et tête de liste du Rassemblement National (RN) aux élections européennes, lors de sa venue au Salon de l’Agriculture qui a démarré samedi (24 février) à Paris.

La veille, au même endroit, Emmanuel Macron recevait un accueil très hostile : des heurts entre les agriculteurs et les forces de l’ordre ont eu lieu dès son arrivée à 8 heures du matin jusque dans l’après-midi. Bilan : six personnes arrêtées et huit policiers blessés.

Le président de la République avait alors accusé les agriculteurs les plus virulents d’être là pour « servir le Rassemblement National », visant en particulier les membres de la Coordination rurale, syndicat classé à droite, mais qui se défend de toute proximité avec le RN.

« L’agriculture française mérite mieux que leur projet de décroissance et de bêtise qui consiste à aller expliquer aux gens que la solution serait de sortir de l’Europe ». Or, « s’il n’y a pas d’Europe, il n’y a pas d’agriculture », a insisté le Chef de l’État.

Oui à la PAC, non au Green deal

Dimanche, dans une ambiance plus apaisée, Jordan Bardella a tenu à rassurer sur sa volonté de rester dans l’Union européenne et dans le marché commun. « Il faut pousser de l’intérieur » a-t-il affirmé, assumant même d’avoir voté avec son groupe au Parlement européen (ID) la nouvelle Politique agricole commune (PAC) en 2021.

Selon lui, avec la possibilité pour les États de répartir des fonds sur leur territoire – dans le cadre des Plans stratégiques nationaux (PSN) – la PAC a évolué « dans le bon sens ».

Il n’a pas hésité en revanche à s’en prendre au Pacte vert pour l’Europe (Green deal, en anglais), et en particulier la stratégie De la ferme à la table, dont l’ambition est de réduire de 50 % l’usage des pesticides, de 20 % celui des engrais ou encore de parvenir à 25 % de surface en bio en 2030.

« Depuis 7 ans, [Emmanuel Macron] a soutenu la stratégie De la ferme à la table qui prévoie la baisse des rendements agricoles de 15 à 20 % », a lancé Jordan Bardella durant sa déambulation.

« Si Macron est sincère dans la défense du monde agricole, il doit mettre son véto et s’opposer à un deuxième mandat d’Ursula von der Leyen à la tête de la Commission qui, en 5 ans, a prôné la décroissance agricole au travers de l’écologie punitive », a-t-il ajouté.

La Présidente de la Commission européenne, récente candidate à sa réélection en 2024, devra se soumettre au vote du Parlement européen. Elle est par ailleurs à l’initiative d’un dialogue stratégique visant à trouver un nouveau compromis entre Pacte vert et impératif de production.

« Patriotisme économique »

Dans un changement de « logiciel européen », M. Bardella annonce également qu’il faudra « instaurer le patriotisme économique » et mettre en place une « exception agriculturelle » française. Pour cela, il proposera une loi pour donner la priorité aux agriculteurs français dans la commande publique. Il réclame aussi la fin des accords de libre-échange.

« Ce sont des projets d’appauvrissement », disait Emmanuel Macron lors de son débat improvisé avec quelques agriculteurs syndiqués au Salon de l’Agriculture samedi. « Je veux bien qu’on ferme les frontières françaises, mais bon courage, on n’exportera plus rien ! », continue-t-il en notant que la France dépend aussi largement de l’extérieur pour certains produits, comme la nourriture pour le bétail, dont près d’un tiers des volumes sont importés.

« Le protectionnisme, en agriculture, ce n’est pas possible », a renchéri dimanche soir Arnaud Rousseau, le patron de la FNSEA, le syndicat majoritaire sur RTL. Ce serait, selon lui, mettre en péril les exportations françaises de vins, lait, céréales qui équilibrent la balance commerciale nationale.

Jordan Bardella, restera deux jours au Salon de l’agriculture, jusqu’à lundi soir (26 février) afin de séduire un électorat loin d’être complètement acquis à sa cause. Aux dernières élections, les agriculteurs étaient près de 30 % à avoir voté pour Emmanuel Macron.