Jean-Claude Trichet plaide pour une transparence accrue des marchés financiers
Au cours d’une audition extraordinaire devant la commission des Affaires économiques et monétaire du Parlement européen, le président de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet, a reconnu l’urgence d’une meilleure surveillance des marchés financiers au niveau européen. Il reste toutefois opposé à davantage de réglementation en la matière.
Au cours d’une audition extraordinaire devant la commission des Affaires économiques et monétaire du Parlement européen, le président de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet, a reconnu l’urgence d’une meilleure surveillance des marchés financiers au niveau européen. Il reste toutefois opposé à davantage de réglementation en la matière.
Contexte :
L’issue de l’audition du président de la Banque centrale européenne au sein de la commission des Affaires économiques et monétaires, mardi 11 septembre, a été sans surprise.
Dans son discours, Jean-Claude Trichet a partagé la position défendue un peu plus tôt dans la journée par les commissaires aux Marché intérieur, Charlie McCreevy, et aux Affaires économiques et monétaires, Joachim Almunia.
Selon les responsables européens, la confiance sur les marchés pourrait être restaurée grâce à deux mesures :
- le renforcement de la transparence en matière d’instruments financiers
- l’amélioration de la gestion des risques des banques et des instruments financiers.
Le président de la BCE et les commissaires européens ne souhaitent pas, en revanche, davantage de réglementation européenne en la matière.
Enjeux :
- Un code européen de bonne conduite
Jean-Claude Trichet a rappelé que la BCE avait de nombreuses fois averti la sous évaluation par les marchés des risques de crise.
Au cours de l’audition parlementaire, il a reconnu « l’importance d’une meilleure surveillance du secteur financier », qui passe notamment par « plus de transparence », mais qui nécessite par ailleurs « une discussion ouverte sur un code de conduite pour les fonds spéculatifs ».
« Le climat actuel est lié au fait que les agents économiques ont le sentiment que certains faits leur sont cachés », a-t-il affirmé.
Selon le président de la BCE, la crise s’explique largement par la complexité « accablante » de certains produits financiers aujourd’hui. « Ceux qui vendent et achètent de tels produits doivent comprendre et gérer les risques inhérents » estime-t-il.
Ainsi, des progrès sont nécessaires dans la surveillance des activités du secteur par les régulateurs. Jean-Claude Trichet a ajouté que les arrangements prévus par la directive Bâle II (un texte qui vise les banques) pourraient aider mais ne résoudraient pas tout.
Il a insisté pour que cette crise agisse comme un avertissement pour les marchés, et espéré que ces derniers prendraient désormais davantage conscience des risques qu’ils encourent.
Dans ce contexte, le président de la BCE a estimé que les recommandations du Forum de la stabilité financière, concernant un code de conduite sur les fonds spéculatifs, devaient être rapidement mises en œuvre.
- Les injections de liquidités à court terme n’affectent pas l’objectif de stabilité des prix
Sur la question de l’injection massive de liquidités opérée par la Banque centrale européenne au cours de la crise, Jean-Claude Trichet a expliqué que l’objectif principal de la BCE restait la stabilité des prix.
« Le fait que la BCE ait injecté plus de liquidités que la Réserve fédérale américaine n’est pas un élément important », a-t-il déclaré, en ajoutant que « les besoins réguliers de refinancement sont toujours plus importants en Europe pour des raisons techniques ».
« Nous ne sommes pas dans un exercice de renflouement ; la BCE n’a renfloué personne », a-t-il martelé devant les eurodéputés.
De ce fait, la responsabilité de la BCE concernant le bon fonctionnement des marchés devrait être considérée comme une mission à part et indépendante.
- Le statu quo de la BCE sur les taux d’intérêt
Concernant la décision de la BCE de maintenir ses taux inchangés, Jean-Claude Trichet a affirmé que « l’orientation de la politique monétaire de la BCE rest[ait] accommodante », tout en prévenant que « les données macroéconomiques confirment le risque à la hausse des prix à moyen terme ».
« La grande volatilité des marchés financiers », justifie la nécessité de « rassembler des informations supplémentaires et d’examiner avec attention toutes les nouvelles données, avant de tirer des conclusions pour la politique monétaire », a-t-il conclu.
- L’euro à un niveau record
Au lendemain de l’audition de Jean-Claude Trichet, l’euro a battu un nouveau record en franchissant, pour la première fois, la barre des 1,39 dollar.
La faiblesse de la monnaie américaine s’explique par la tension qui perdure sur les marchés, ces derniers craignant que la crise des subprimes n’ait pas dit son dernier mot.
Les agents économiques s’attendent à ce que la Réserve fédérale américaine (Fed) abaisse plusieurs fois son principal taux directeur d’ici fin 2007, tandis que la BCE, en poursuivant son objectif de stabilité des prix, pourrait resserrer à nouveau sa politique monétaire.
Cette question sera certainement à l’ordre du jour de la réunion des ministres européens des Finances le weekend prochain. La contraditiction des politiques menées par les deux plus grandes banques centrales au monde risque de compliquer la situation pour les agents économiques.