Jacques Attali : "La Méditerranée est une bombe à retardement”
Inaugurant le Forum de Paris 2008, consacré à l’Union pour la Méditerranée, Jacques Attali a dressé un tableau très noir, vendredi 28 mars, de la région méditerranéenne avant de laisser poindre un espoir fondé sur le projet de Nicolas Sarkozy.
Inaugurant le Forum de Paris 2008, consacré à l’Union pour la Méditerranée, Jacques Attali a dressé un tableau très noir, vendredi 28 mars, de la région méditerranéenne avant de laisser poindre un espoir fondé sur le projet de Nicolas Sarkozy.
A l’occasion de l’ouverture du Forum de Paris, consacré cette année à “Une Union pour la Méditerranée, pourquoi faire et comment?”, l’économiste Jacques Attali est intervenu, vendredi 28 mars, devant un parterre impressionnant de personnalités, réunies à l’Unesco. Le président de la République, Nicolas Sarkozy, avait annulé sa participation à la conférence inaugurale au dernier moment.
Dressant un bilan noir de l’espace méditerranéen, l’ancien conseiller de François Mitterrand a parlé, pendant plus d’une demi-heure, de la Méditerranée comme “ultime utopie” du monde contemporain.
“La Méditerranée est un mythe hérité de l’Antiquité romaine et grecque, qui pourrait aujourd’hui renaître à condition d’une alliance”, a estimé M. Attali. Associant l’espace méditerranéen à la liberté de l’homme (“héritée de la liberté du marin”), M. Attali a esquissé un portrait sombre de l’avenir de la région. “L’espace méditerranéen représente aujourd’hui 11% de l’économie mondiale, contre 20% au début du XIXe siècle.” Il a également rappelé que malgré le passage d’un tiers du trafic maritime en mer Méditerranée, “il n’y a plus aucun port significatif dans la région”.
Quant aux pays qui composent cet espace, “ils sont de plus en plus différents”. Et l’ancien conseiller de M. Mitterrand de citer le statut entre hommes et femmes, les mœurs, la démographie et la liberté de la presse.
“La Méditerranée n’est qu’un modèle réduit du cauchemar qui nous attend”, a estimé M. Attali. “C’est une bombe à retardement sous nos pieds. Qui peut s’attendre à autre chose qu’à une explosion, qu’à une balkanisation au sens le plus large?”, a-t-il interrogé devant une assemblée médusée.
Taxe sur le trafic maritime
Expliquant l’ « échec » du processus de Barcelone par l’octroi d’une aide budgétaire des pays du Nord à ceux du Sud, M. Attali a invité les dirigeants méditerranéens à sortir de ce système de dons.Soulignant l’espoir que pourrait fonder pour la région le projet d’Union pour la Méditerranée du président Nicolas Sarkozy, Jacques Attali a invité les pays de la Méditerranée à s’inspirer du “formidable succès de l’Alena” (Accord de libre-échange nord-américain). “Rien ne doit nous interdire de faire un marché commun de la Méditerranée ainsi que des marchés communs locaux, entre pays frontaliers », a-t-il lancé.
Pour financer des “projets concrets”, “de ville à ville”, Jacques Attali a suggéré d’instaurer une taxe sur le trafic maritime. “Il n’y a pas de projet commun sans financement commun”, a-t-il assené.Un financement qui permettrait aux peuples et aux dirigeants de retrouver un peu de la liberté du marin.