J.D. Vance, l’autre homme de Viktor Orbán à la Maison-Blanche
Viktor Orbán a toujours affiché son amitié envers Donald Trump, mais le Premier ministre hongrois a peut-être trouvé avec le très conservateur J. D. Vance un allié encore bien plus solide sur le plan idéologique, alors que le futur vice-président américain dispose de relais de confiance à Budapest.
Viktor Orbán a toujours affiché son amitié envers Donald Trump, mais le Premier ministre hongrois a peut-être trouvé avec le très conservateur J. D. Vance un allié encore bien plus solide sur le plan idéologique, alors que le futur vice-président américain dispose de relais de confiance à Budapest.
Au matin du 6 novembre dernier, Viktor Orbán était le premier dirigeant européen à saluer l’« énorme victoire » de Donald Trump à la présidentielle américaine, soulignant avoir eu quelques heures plus tard le futur locataire de la Maison-Blanche au téléphone. Le Premier ministre hongrois peut aussi se féliciter de l’arrivée de l’un de ses admirateurs à la vice-présidence des États-Unis, le très conservateur J. D. Vance.
« Nous devons prendre le contrôle de l’État, nous devons virer tout le monde », expliquait en 2021 celui qui n’était à l’époque que candidat dans l’Ohio pour le Sénat américain. « Dans le milieu éducatif, nous devons faire ce que Viktor Orbán a fait en Hongrie, [dire aux professeurs qu’ils n’ont] plus le droit d’enseigner la théorie critique de la race, [qu’ils n’ont plus le droit] d’enseigner la théorie du genre », affirmait-il encore.
Figure de proue politique des NatCons, les « nationaux-conservateurs » américains, opposés à l’avortement, J.D. Vance explique observer de près la politique nataliste mise en œuvre par le gouvernement hongrois. Il dispose aussi d’importants relais à Budapest, notamment le journaliste américain Rod Dreher, depuis 2021 professeur associé au Danube Institute, un centre de recherche financé par le gouvernement de Viktor Orbán.
Dans un entretien publié dans Le Figaro le 17 novembre 2024, Rod Dreher revendique d’ailleurs son amitié avec le vice-président des États-Unis, depuis une interview réalisée en 2016 pour The American Conservative lors de la publication de Hillbilly Élégie, le livre qui allait faire connaître J.D. Vance du grand public américain.
« En choisissant Vance comme colistier, Trump a choisi un successeur qui n’est pas seulement un vrai croyant, mais qui peut aussi donner au trumpisme une substance intellectuelle », écrit Rod Dreher pour The Hungarian Conservative. « Orbán partage la foi de bouledogue de Trump en lui-même, mais contrairement à Trump, Orbán a une vision politique réfléchie. En ce sens, Orbán ressemble davantage à J.D. Vance. »
Depuis son retour à la tête de la Hongrie en 2010, Viktor Orbán s’est attaché à prendre le contrôle des universités du pays, une politique dénoncée par la Commission européenne. En parallèle, il finance grassement une multitude d’instituts et centre de recherches, devenus au fil des ans les lieux de rencontre privilégiés des extrêmes droites européennes et américaines.
« Notre centre est transatlantique, il a pour but d’explique l’Europe centrale et la Hongrie au monde anglophone », confirme pour Euractiv le sociologue hollandais Eric Hendriks-Kim, également membre du Danube Institute. « Nous pensons que nous avons besoin de redécouvrir nos particularités culturelles. Nous n’avons pas de lien avec Donald Trump, mais nous avons des liens directs avec des gens autour de J.D. Vance. »
Le Danube Institute était l’un des partenaires du cycle de rencontres dans le cadre de la National Conservatism Conference (NatCon) organisée à Bruxelles les 16 et 17 avril 2024, quelques semaines avant les élections européennes, et où Viktor Orbán était invité, tout comme des responsables politiques d’extrême droite tels qu’Eric Zemmour ou encore Nigel Farage. J.D. Vance est quant à lui intervenu lors de la dernière édition de la NatCon, les 8, 9 et 10 juillet 2024 à Washington.
« Les fondations hongroises soutiennent le développement d’idéologies d’extrême droite aux États-Unis et en Europe », explique pour Euractiv Gábor Scheiring, ancien député du parlement hongrois et professeur de politique comparée à l’Université Georgetown du Qatar. « Et les Républicains américains ont beaucoup appris de Viktor Orbán, reproduisant une bonne partie de ses stratégies politiques. »
« Orbán s’est littéralement infiltré dans la campagne de Trump en l’aidant à concevoir sa politique de gouvernement », estime pour sa part Kim Lane Scheppele, spécialiste de la Hongrie à l’Université de Princeton (New Jersey), dans un article du Monde daté du 25 octobre dernier.
L’expérience du dirigeant hongrois aurait notamment inspiré une bonne partie du « Project 2025 », un document publié en 2023 par la Heritage Foundation, un cercle de réflexion conservateur américain, afin de fournir un plan clé en main à Donald Trump pour dominer l’appareil d’État.
Dans sa course à la vice-présidence, J.D. Vance a de son côté pu compter sur le soutien de l’ancien présentateur vedette de Fox News Tucker Carlson, qui l’a longuement interrogé en septembre dernier. Le journaliste avait plusieurs années auparavant été incité par Rod Dreher à venir rencontrer le Premier ministre hongrois, raconte le New York Times, contribuant à la célébrité de ce dernier outre-Atlantique.
« Viktor Orbán a investi énormément d’agent et de ressources pour construire le réseau international de la nouvelle droite radicale », continue Gábor Scheiring. Reste maintenant à savoir si cette stratégie permettra à la Hongrie de prendre une nouvelle place au niveau européen et de « totalement déborder la Commission européenne en termes de géopolitiques », comme l’explique Eric Hendriks-Kim.
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[Édité par Anne-Sophie Gayet]