Italie : une première « expulsion de migrant depuis l’Albanie »… qui n’en était pas vraiment une

L’Italie vient de procéder à sa première expulsion de migrant depuis un centre albanais — sauf que le migrant en question a en réalité été expulsé… depuis le sol italien. Une opération logistique coûteuse qui soulève des interrogations sur l’efficacité du dispositif mis en place par Rome.

/ EURACTIV.com
Migrants from Italy arrive on buses at center in Gjader
Un ressortissant bangladais de 42 ans a été transféré d’Italie vers le centre de détention de Gjadër, dans le nord de l’Albanie, avant d'être ramené en Italie pour être expulsé par avion vers le Bangladesh. [EPA-EFE/DOMENICO PALESSE]

L’Italie vient de procéder à sa toute première expulsion de migrant depuis un centre albanais — sauf que le migrant en question a en réalité été expulsé… depuis le sol italien. Une opération logistique coûteuse qui soulève des interrogations sur l’efficacité réelle du dispositif mis en place par Rome.

L’homme, un ressortissant bangladais de 42 ans, avait été transféré d’Italie vers le centre de détention de Gjadër, dans le nord de l’Albanie, avant d’être ramené en Italie pour être expulsé par avion vers le Bangladesh.

Cette opération, qui a nécessité quatre trajets distincts en l’espace d’une semaine, aurait coûté plus de 5 000 euros, selon le quotidien La Repubblica. Un montant largement supérieur au coût moyen d’une expulsion classique, estimé à 2 800 euros par le ministère italien de l’Intérieur.

Le vice-président du parti libéral Italia Viva qualifie l’opération de « plaisanterie ». Selon lui, le migrant aurait pu être expulsé directement depuis l’Italie, ce qui aurait fait gagner du temps et évité des dépenses supplémentaires pour les contribuables.

De son côté, le ministre de l’Intérieur Matteo Piantedosi a salué ce premier rapatriement comme une avancée majeure dans la lutte contre l’immigration clandestine. Une déclaration qui vise à défendre la stratégie d’externalisation des procédures migratoires en dehors des frontières italiennes.

Obstacles juridiques

Comme d’autres centres albanais placés sous juridiction italienne, le centre de Gjadër a été converti fin mars en centre de détention pour étrangers en attente d’expulsion.

Initialement, ces structures financées par Rome devaient accueillir des demandeurs d’asile, avec l’objectif d’accélérer le traitement des dossiers et les expulsions des hommes adultes issus de « pays sûrs » interceptés en Méditerranée.

Mais très rapidement, des obstacles juridiques sont venus compromettre les transferts en Albanie et le gouvernement italien s’est empressé de travailler sur un décret visant à modifier la liste des « pays sûrs » reconnus par l’Italie.

Malgré le flou juridique, une première vague de transferts a eu lieu à la mi-avril. 40 migrants originaires de pays comme la Tunisie, l’Égypte, le Bangladesh, le Pakistan ou le Nigeria ont été envoyés depuis plusieurs centres italiens vers celui de Brindisi, puis transférés en Albanie.

Cependant, parmi eux, certains ont déjà été renvoyés en Italie : deux pour des raisons de santé et un après avoir demandé l’asile.

Lundi 21 avril, la cour d’appel de Rome a statué que toute personne transférée dans les centres albanais qui dépose une demande d’asile ne peut légalement y être détenue et doit être renvoyée en Italie.

En dépit de ces difficultés, le gouvernement italien maintient le cap et assure que d’autres expulsions sont prévues dans les prochains jours.

Un coup de pouce de Bruxelles ?

La semaine dernière, la Commission européenne a adopté une liste commune de pays jugés « sûrs » au niveau de l’UE. Cette classification permet aux États membres de rejeter plus rapidement les demandes d’asile considérées comme infondées.

Il s’agit là d’une évolution qui pourrait lever certains freins juridiques et faciliter la mise en œuvre du projet porté par la Première ministre italienne Giorgia Meloni.

Depuis son arrivée au pouvoir, la dirigeante d’extrême droite (Fratelli d’Italia) plaide pour l’externalisation du traitement de l’immigration dans des pays tiers. Un « modèle » qui devrait être reproduit au niveau de l’UE, selon elle.

Et l’accord Italie-Albanie semble intéresser Bruxelles, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, l’ayant mentionné dans une lettre envoyée aux États membres en octobre dernier dans laquelle elle affirmait que l’UE pourrait « tirer des leçons de cette expérience ».

[Édité par Anne-Sophie Gayet]