Italie : le gouvernement accusé de manœuvres visant à saper des référendums
Cinq référendums ont lieu ce week-end en Italie sur des sujets clés comme le droit du travail et la citoyenneté. Mais le gouvernement de Giorgia Meloni est accusé de saboter le processus en encourageant l’abstention.
Cinq référendums portant sur des sujets sensibles, comme les droits des travailleurs ou l’accès à la citoyenneté, sont organisés en Italie ce week-end. Mais une faible participation pourrait les faire échouer. En parallèle, des critiques dénoncent une tentative du gouvernement de Giorgia Meloni de saper le processus démocratique en encourageant l’abstention pour invalider les scrutins.
Les Italiens voteront sur cinq référendums aux enjeux techniques, portant notamment sur les droits des travailleurs et l’accès à la citoyenneté. Toutefois, le manque d’information et l’intérêt limité de la population pour ces sujets risquent de condamner ces initiatives dès le départ. Certains observateurs estiment que le gouvernement pourrait discrètement se satisfaire de cet échec, ayant préféré inciter à l’abstention plutôt que de défendre ouvertement le « non ».
Selon un sondage Demopolis réalisé à la mi-mai, seulement 46 % des Italiens savaient que ces référendums allaient avoir lieu. Ipsos proposait une estimation un peu plus optimiste, à 62 %. Mais en termes d’intention de vote, les chiffres restent très bas : à peine 30 % des sondés par Demopolis et 28 % par Ipsos déclaraient vouloir se rendre aux urnes.
Ce manque de visibilité a conduit l’autorité italienne de régulation des communications, l’AGCOM, à adresser le 13 mai dernier un avertissement officiel à la RAI et à d’autres chaînes de télévision pour ne pas avoir assuré une couverture adéquate et impartiale des référendums.
Des sujets techniques, loin des grands débats
Les sujets abordés par ces référendums sont jugés arides et peu mobilisateurs. Contrairement aux précédents scrutins très médiatisés sur le divorce ou l’énergie nucléaire, les questions posées ce week-end sont perçues comme trop techniques pour susciter un réel engouement populaire.
Quatre référendums concernent le droit du travail. Ils visent notamment à renforcer la protection des salariés licenciés abusivement, à supprimer les plafonds d’indemnisation dans les petites entreprises, à lutter contre les abus liés aux contrats à durée déterminée, et à rétablir la responsabilité solidaire en cas d’accident du travail.
Le cinquième projet porte sur la réforme de la naturalisation. Il propose de réduire de dix à cinq ans la durée minimale de résidence requise pour les ressortissants non européens souhaitant obtenir la nationalité italienne. Une mesure qui rapprocherait l’Italie des standards français ou allemands, rompant avec sa politique actuelle, l’une des plus restrictives d’Europe.
Une stratégie du gouvernement ?
L’approche du gouvernement vis-à-vis de ces référendums suscite les critiques. La coalition dirigée par Giorgia Meloni (Fratelli d’Italia) a pris la décision inhabituelle d’encourager l’abstention plutôt que de faire ouvertement campagne pour le « non ».
Le 2 juin, la Première ministre a annoncé qu’elle se rendrait aux urnes mais ne retirerait pas son bulletin de vote, ce qui équivaut à une abstention et ne contribue pas au quorum. Le vice-Premier ministre Antonio Tajani a défendu cette décision en parlant d’« abstentionnisme politique », affirmant que les électeurs opposés aux référendums n’ont pas le devoir de contribuer à leur validation, qui nécessite une participation de 50 % de la population au moins.
Les partis de l’opposition et les soutiens des référendums dénoncent une tactique antidémocratique. Selon eux, le gouvernement tenter d’étouffer le débat et d’échapper à ses responsabilités sur des questions qui touchent directement les travailleurs et les immigrés.
En réaction, plusieurs formations de l’opposition ont lancé des campagnes pour inciter les citoyens à aller voter.
À l’approche du week-end, le véritable enjeu n’est pas de savoir si les référendums seront adoptés ou rejetés, mais plutôt le taux de participation. Si trop peu d’électeurs se rendent aux urnes, les référendums ne seront pas seulement compromis, ils seront rejetés avant même que le dépouillement ne commence.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]