Italie : le dirigeant de la Ligue du Nord démissionne suite à une affaire de corruption

  Umberto Bossi, le chef de file du parti italien de l’opposition la Ligue du Nord, a démissionné hier (5 avril) suite à des accusations selon lesquelles il aurait utilisé l’argent du contribuable pour financer la rénovation de sa villa et les vacances de ses enfants.

EURACTIV.com / Reuters
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Umberto Bossi, le chef de file du parti italien de l’opposition la Ligue du Nord, a démissionné hier (5 avril) suite à des accusations selon lesquelles il aurait utilisé l’argent du contribuable pour financer la rénovation de sa villa et les vacances de ses enfants.

M. Bossi a présenté sa démission afin de « mieux défendre et protéger l'image du parti et de sa famille dans cette situation délicate », selon un communiqué publié par la Ligue du Nord.

Annoncée à l'issue d'une réunion du conseil fédéral du parti à Milan, sa décision devrait déstabiliser ce mouvement populiste et hostile à l'immigration, affaiblissant ainsi l'une des principales forces politiques siégeant au parlement et opposées au programme d'austérité du premier ministre, Mario Monti.

Cette semaine, la justice a décidé de lancer une enquête sur le trésorier du parti, Francesco Belsito, ainsi que sur deux autres fonctionnaires, suite à des accusations de fraude et de financement illégal du parti.

M. Belsito, qui a démissionné mardi, aurait utilisé les fonds de la Ligue du Nord pour couvrir les dépenses personnelles des fils de M. Bossi, notamment pour leurs voyages, dîners, chambres d'hôtel et voitures de luxe, ainsi que pour financer des travaux dans la villa de l'ancien dirigeant.

Umberto Bossi ne fait pourtant pas actuellement l'objet d'une enquête. Il a nié avoir eu recours aux fonds du parti pour lui-même ou sa famille.

Cet homme politique controversé et connu pour ses discours incendiaires et peu orthodoxes était à la tête du parti depuis sa fondation dans le nord du pays à la fin des années 1980 pour fustiger la corruption de « Rome la voleuse ».

Malgré son programme favorable à la décentralisation et sa volonté de voir l'Italie du Nord faire sécession du sud plus pauvre et moins développé, la Ligue du Nord était devenue un solide allié de l'ancien premier ministre, Silvio Berlusconi. Elle avait fait partie de ses trois gouvernements.

Umberto Bossi n'a pas lâché prise

Après la chute de M. Berlusconi en novembre dernier suite à la panique des marchés quant à l'énorme dette publique du pays, Umberto Bossi s'est détaché de son ancien allié et a refusé d'apporter son soutien à son successeur, Mario Monti. Il comptait alors sur le mécontentement général de la population face aux douloureuses mesures d'austérité imposées par le nouveau gouvernement.

Malgré son grave accident vasculaire cérébral en 2004, depuis lequel il a des problèmes d'élocution, le dirigeant de la Ligue a conservé son emprise sur le parti.

Mais dans les rangs du parti et même parmi les membres les plus haut placés, il se murmurait que la Ligue était aujourd'hui surtout intéressée par les avantages qu'elle pouvait tirer des postes ministériels à Rome, plutôt que par les problèmes de son électorat nordique composé principalement de petites entreprises et de travailleurs indépendants croulant sous le poids des impôts.

L'année dernière, lors des élections locales, la Ligue a perdu du terrain dans son bastion du nord, remportant moins de 10 % des voix dans des villes clés comme Milan et Turin, contre plus de 12 % aux élections régionales de 2010.

L'amertume ressentie au sein du parti se fait en outre de plus en plus forte vis-à-vis du « cercle magique » qui réunit les proches du fondateur de la Ligue et de son fils de 24 ans, Renzo, qui a obtenu un siège au parlement régional lombard, en tant qu'héritier du dirigeant.

« Le parti doit montrer qu'il se démarque toujours de tous les autres », a commenté Flavio Tosi, membre de la Ligue et maire de Vérone, suite à la démission de M. Bossi. « Sa décision est personnelle et très difficile. »

La démission d'Umberto Bossi devrait ouvrir la voie à une lutte d'influence au sein du parti et pourrait voir émerger l'ancien ministre de l'intérieur Roberto Maroni comme dirigeant potentiel.

Selon le communiqué publié par le parti, M. Maroni et deux autres membres haut placés assureront la direction de la Ligue jusqu'au prochain congrès du conseil fédéral, prévu à l'automne prochain.

M. Maroni a condamné ce scandale et appelé à un nettoyage en profondeur du parti.

Mario Monti se dit confiant

Jeudi, le premier ministre italien, Mario Monti, s'est dit convaincu de bénéficier du soutien de l'opinion publique quant à ses propositions de réforme du travail. Il pense que les partis politiques continueront de soutenir son gouvernement technocrate au parlement.

« Je suis persuadé que le pays restera compréhensif et que les partis qui ont soutenu le gouvernement continueront de le faire », a-t-il déclaré lors d'un entretien.

L'ancien commissaire européen s'est pourtant heurté à une vague de critiques de la part des syndicats, du patronat et des principaux partis qui avaient jusqu'à présent soutenu ses réformes au parlement, mais sont aujourd’hui mécontents de cette nouvelle loi qui faciliterait les licenciements au sein des entreprises.

Cette proposition doit à présent être approuvée au parlement. M. Monti s'est dit prêt à envisager le recours à un vote de confiance sur l'adoption de cette mesure, mais un tel vote forcerait les partis à faire un choix :  le soutenir ou provoquer sa démission.

« Cet instrument pourrait s'avérer utile et il n'est pas vraiment nouveau : nous l'avons déjà utilisé à plusieurs reprises au cours des quatre derniers mois et demi », a-t-il expliqué.

Il a déclaré que les entreprises n'avaient rien à craindre du compromis sur les propositions de réforme annoncé mercredi, qui introduirait la possibilité de voir un tribunal ordonner la réintégration d'employés licenciés sans justification.

Conçu pour assouplir les propositions précédentes qui n'autorisaient pas cette réintégration, ce compromis ne concernerait toutefois qu'un nombre restreint de cas.