Italie : le camp de "l'en même temps", soutenu par Emmanuel Macron, vole en éclat
Soutenus par le parti d'Emmanuel Macron, Matteo Renzi et Carlo Calenda ont renoncé au mariage, eux qui ambitionnaient de créer en Italie un « troisième pôle » libéral et progressiste entre « populismes » de droite et de gauche.
Soutenus par le parti d’Emmanuel Macron, Matteo Renzi et Carlo Calenda ont renoncé au mariage, eux qui ambitionnaient de créer en Italie un « troisième pôle » libéral et progressiste entre « populismes » de droite et de gauche.
« Terzo polo game over » : le troisième pôle, c’est fini, a titré le quotidien la Stampa vendredi 14 avril tandis que La Repubblica raillait « la promesse non tenue » au camp des « modérés », des militants aux entrepreneurs qui avaient mis la main à la poche pour financer les noces.
« C’est une déception parce qu’on s’était engagé vers un processus unitaire » alors qu’il n’y a aucun désaccord de fond mais uniquement des « querelles personnelles », déplore auprès de l’AFP Sandro Gozi, eurodéputé Renaissance et secrétaire général du Parti démocratique européen (PDE).
M. Renzi, ancien premier ministre (2014-2016) du Parti démocrate (PD) ayant fait dissidence en créant son parti centriste Italia Viva, et M. Calenda, patron d’Azione, étaient parvenus à mettre un mouchoir sur leur orgueil pour présenter un ticket commun lors des législatives anticipées de septembre 2022.
Les deux hommes espéraient combler le vide politique créé par le départ forcé quelques mois plus tôt du chef du gouvernement Mario Draghi, ancien patron de la BCE perçu comme l’homme providentiel pour redresser l’Italie durement frappée par la pandémie.
Soutenu par Renaissance qui avait envoyé à Rome pendant la campagne Stéphane Séjourné – patron du groupe Renew Europe au Parlement européen et secrétaire général de Renaissance -, le « terzo polo » n’avait pourtant réuni que 7,7% des suffrages sur ce projet et Giorgia Meloni, issue de la mouvance post-fasciste, raflait la mise avec ses alliés de droite.
« Le centre modéré, réformiste est actuellement réduit à peau de chagrin, aussi bien à gauche qu’à droite », analyse pour l’AFP le politologue Franco Pavoncello, président de la John Cabot University à Rome.
Or « on ne peut accepter le status quo avec d’un côté Meloni, populiste nationaliste de droite et d’extrême droite, et de l’autre côté les populistes de gauche », plaide Sandro Gozi.
Réforme des retraites : les partis d’opposition, en colère, veulent continuer la mobilisation
Les partis de droite et de gauche, tout comme l’intersyndicale, ont exprimé tout au long…
4 minutes
« On garde nos Rolex »
A Strasbourg, Italia Viva et Azione sont membres, avec Renaissance, de Renew Europe: l’idée était de fusionner les deux partis pour se présenter main dans la main aux européennes de 2024.
Mais des questions d’ego entre Renzi et Calenda ont eu raison du projet – ainsi qu’un contentieux sur les finances, Calenda reprochant à Renzi d’avoir été avare sur le montant de la dote.
L’antipathie réciproque prêtée aux deux hommes est-elle fondée ? « Ce ne sont pas que des calomnies, il y a un fond de vérité », a reconnu sans ambages Carlo Calenda.
En tout état de cause, « nos deux partis se présenteront chacun de leur côté aux européennes » de 2024, a-t-il ajouté. A la maison, ils pensent pouvoir sauver les meubles : les groupes parlementaires, élus ensemble, restent ensemble. Pour le moment…
Italia Viva a publié sur son site internet des éléments de langage en apparence plus diplomatiques, sous le titre « Fake News sur la rupture du troisième pôle » : « Il est faux de dire que Renzi a des problèmes personnels avec Calenda. Il l’a nommé ministre, ambassadeur [auprès de l’UE], et chef du Terzo polo », peut-on y lire.
Et ce M. Renzi, un radin ? Non, « Italia Viva aurait payé 50% des dépenses jusqu’au congrès » constituant le parti unique si le projet était allé au bout. La rupture ne s’est pas consommée sur des différends politiques mais du seul fait du « choix personnel de Calenda ».
Pas de mariage, donc, mais un concubinage, à tout le moins précaire. « Au moins, on garde nos Rolex », a lâché, cinglant, M. Calenda.
La réforme des retraites suscite des réactions contrastées en Italie et en Allemagne
La crise politique à laquelle le président français Emmanuel Macron et son gouvernement sont confrontés…
5 minutes
Duel Schlein-Meloni
Du pain bénit pour Giorgia Meloni qui contemple à main gauche un paysage politique fragmenté et ce alors qu’au même moment les déboires médicaux de son allié Silvio Berlusconi, 86 ans, hospitalisé pour traiter une leucémie, hypothèquent l’avenir de son parti Forza Italia, que le milliardaire a fondé et sans qui son avenir s’écrit en pointillés.
Ce faisant à gauche, Elly Schlein a été nommée à la tête du PD en remplacement d’Enrico Letta, et monte dans les sondages. Une femme jeune (38 ans bientôt), en couple avec une femme, qui a promis de mettre la barre à gauche : face à Meloni, défenseure des valeurs identitaires, le duel est lancé.
« La nomination de Schlein et la maladie de Berlusconi font que l’espace politique est occupé par la même Schlein et par Meloni », sans place pour un centre qui en plus ne s’entend pas, souligne Franco Pavoncello.