Italie : la baisse d’impôts du gouvernement Meloni profite-t-elle vraiment à la « classe moyenne » ?

Une réforme fiscale que la Première ministre Giorgia Meloni présente comme un geste en faveur de la « classe moyenne » se retrouve sous le feu des critiques : les premières analyses suggèrent que les ménages les plus aisés pourraient en être les principaux bénéficiaires — bien plus que ceux que le gouvernement affirme cibler.

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La Première ministre italienne, Giorgia Meloni (Fratelli d'Italia). [Getty Images/Kristian Tuxen Ladegaard Berg_SOPA Images_LightRocket]

ROME — Dans son projet de budget pour 2026, le gouvernement Meloni prévoit de réduire le taux marginal d’imposition sur les revenus compris entre 28 000 et 50 000 euros, qui passerait de 35 % à 33 %. Cette mesure, dont le coût s’élève à environ 2,9 milliards d’euros et qui est présentée par le gouvernement comme s’inscrivant dans le cadre d’un effort plus large visant à lutter contre la stagnation des salaires et l’érosion du pouvoir d’achat due à l’inflation, a été décrite par la Première ministre comme « une correction juste et nécessaire pour la classe moyenne italienne en difficulté ».

Cependant, de récentes données de l’agence italienne de statistiques Istat et du Bureau parlementaire du budget (UPB) brossent un tableau plus complexe, relançant le débat sur qui peut véritablement être considéré comme appartenant à la « classe moyenne » en Italie et si Giorgia Meloni ne cherche pas plutôt à séduire un nouvel électorat plus aisé.

Quelques chiffres

Selon les modèles de microsimulation de l’Istat, qui utilisent des normes de revenu équivalent des ménages comparables aux mesures de l’UE, plus de 85 % du bénéfice total reviendrait aux deux cinquièmes supérieurs de la distribution des revenus. Les gains moyens varieraient entre environ 100 euros pour les ménages à faibles revenus et plus de 400 euros pour les familles aux revenus les plus élevés.

Les conclusions de l’UPB vont globalement dans le même sens.

« Environ la moitié du coût fiscal profitera aux 8 % des contribuables les plus riches, ceux qui gagnent plus de 48 000 euros par an », explique la présidente de l’UPB, Lilia Cavallari, aux députés lors des auditions parlementaires sur le budget.

Elle a souligné les disparités marquées entre les différentes catégories : les cadres devraient gagner en moyenne 408 euros, contre 123 euros pour les employés, 124 euros pour les travailleurs indépendants, 55 euros pour les retraités et seulement 23 euros pour les ouvriers.

Ces chiffres s’inscrivent dans le contexte d’un pays où le revenu individuel médian est d’environ 20 000 euros et le revenu médian des ménages d’environ 30 000 euros.

Une réduction d’impôt pour tous

Ces premiers chiffres ont suscité un débat à Rome sur la question de savoir si une réforme présentée comme un soutien à la « classe moyenne italienne » pourrait en fait séduire davantage les électeurs en dehors de la base traditionnelle de Giorgia Meloni.

« Nous ne disposons pas de données précises sur le vote en fonction du revenu, mais nous pouvons estimer la classe sociale à partir du niveau d’éducation, de la profession et du lieu de résidence », indique Lorenzo Pregliasco, analyste politique et sondeur, à Euractiv.

Selon lui, cette cartographie montre que le centre-droit a tendance à être surreprésenté dans les groupes sociaux inférieurs et moyens inférieurs par rapport aux groupes supérieurs.

Les membres de la coalition de Giorgia Meloni rejettent les accusations selon lesquelles la réforme favoriserait les riches.

« La mesure concerne 13 millions de contribuables, dont les trois quarts déclarent moins de 50 000 euros par an », affirme Antonella Zedda, vice-présidente du groupe parlementaire du parti Fratelli d’Italia, parti de Giorgia Meloni. « Un père célibataire gagnant 50 000 euros bruts n’est pas riche. Nous avons agi pour le bien du pays, et non pour obtenir des gains politiques. »

Antonnella Zedda souligne également que cette réduction s’inscrit dans le cadre d’un programme plus large de réforme fiscale de 21 milliards d’euros. « Il ne s’agit pas d’une mesure ponctuelle, elle doit être considérée dans le cadre d’un effort plus large de rééquilibrage », ajoute-t-elle.

Les députés de l’opposition affirment toutefois que la structure de la mesure canalise inévitablement la majeure partie de l’allègement vers le haut.

« Ils ont semé la confusion sur qui est riche et qui ne l’est pas », estime Maria Cecilia Guerra, députée du Partito Democratico et économiste.

« Une personne qui gagne entre 40 000 et 50 000 euros n’est pas riche, mais une personne qui gagne 150 000 euros l’est. Et cette intervention profite au maximum aux plus riches, y compris les plus fortunés. »

Maria Cecilia Guerra a ajouté que, si l’on considère les ménages, l’impact de cette politique est encore plus flagrant.

« Il en résulte un budget qui alloue des ressources substantielles à ceux qui en ont le moins besoin », conclut-elle.