Israël : incertitude sur le risque d’une guerre nucléaire au Moyen-Orient
La politique d’ambiguïté stratégique d’Israël concernant son arsenal d’armes nucléaires rend « difficile de savoir » à quel point la crise actuelle au Moyen-Orient est proche d’une escalade vers une guerre nucléaire, met en garde un important groupe de lutte contre les armes nucléaires.
La politique d’ambiguïté stratégique d’Israël concernant son arsenal d’armes nucléaires rend « difficile de savoir » à quel point la crise actuelle au Moyen-Orient est proche d’une escalade vers une guerre nucléaire, met en garde un important groupe de lutte contre les armes nucléaires.
La Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires (ICAN), un groupe basé à Genève et lauréat du prix Nobel de la paix en 2017, a déclaré que la stratégie d’Israël consistant à ni confirmer ni infirmer sa possession d’armes nucléaires rendait difficile de prédire si une attaque du Hezbollah ou de l’Iran pourrait déclencher une riposte nucléaire.
« Comme le pays refuse de confirmer ou d’infirmer la possession de telles armes, on sait peu de choses sur l’arsenal [d’Israël], mais les experts pensent que le pays peut déployer des armes nucléaires à l’aide de missiles, de sous-marins et d’avions », a expliqué Susi Snyder, coordinatrice du programme de l’ICAN, à Euractiv.
« Israël est également très opaque sur les circonstances dans lesquelles il utiliserait des armes nucléaires, il est donc difficile de savoir à quel point nous pourrions être proches de l’utilisation d’armes nucléaires », a-t-elle ajouté.
Les tensions se sont encore intensifiées au Moyen-Orient à la suite des assassinats par Israël, la semaine dernière, du commandant du Hezbollah, Fouad Shukur, à Beyrouth, et du chef politique du Hamas, Ismaël Haniyeh, à Téhéran. Les groupes militants libanais et palestiniens sont tous deux soutenus par l’Iran.
Israël a confirmé avoir tué Fouad Shukur, mais n’a ni confirmé ni nié son implication dans la mort d’Ismaël Haniyeh. Le pays accuse le Hezbollah d’avoir attaqué à la roquette un terrain de football sur le plateau du Golan, dans les territoires de Cisjordanie occupés par Israël, le mois dernier, tuant 12 enfants. En réponse, Israël a bombardé un quartier de la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah au Liban.
Le Hezbollah n’a cessé d’échanger des tirs de roquettes à la frontière nord d’Israël avec le Liban depuis l’attaque surprise du Hamas contre Israël le 7 octobre, qui a tué environ 1 200 Israéliens et déclenché la guerre actuelle à Gaza.
Selon le ministère de la Santé de Gaza, depuis, plus de 40 000 Palestiniens ont été tués et environ 90 000 ont été blessés dans l’offensive de représailles d’Israël, qui dure depuis maintenant près de 10 mois.
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L’UE continue d’appeler à la retenue
Interrogé sur le risque d’escalade de la crise actuelle, un porte-parole de la Commission européenne a renvoyé Euractiv à une déclaration publiée dimanche par les ministres des Affaires étrangères du G7, qui exhortent toutes les parties concernées au Moyen-Orient à « s’abstenir de perpétuer le cycle destructeur de violence et de représailles, à faire baisser les tensions et à s’engager de manière constructive dans la voie de la désescalade ».
Le porte-parole a également confirmé qu’Enrique Mora, l’un des hauts diplomates de l’UE qui se trouvait à Téhéran au moment de l’assassinat d’Ismaël Haniyeh, avait quitté le pays.
Enrique Mora et Ismaël Haniyeh s’étaient tous deux rendus à Téhéran pour assister à l’investiture du nouveau président iranien, Masoud Pezeshkian. Enrique Mora s’est ensuite entretenu avec de hauts responsables iraniens et a laissé entendre sur les réseaux sociaux que les relations entre l’UE et l’Iran avaient entamé un « nouveau chapitre ».
Citant « trois sources au courant de l’appel », Axios a rapporté que le secrétaire d’État américain Antony Blinken avait annoncé à ses homologues du G7, au cours du week-end, qu’une attaque de l’Iran et du Hezbollah contre Israël pourrait débuter lundi 5 août.
Vendredi 2 août, les États-Unis ont envoyé des avions de chasse et des navires de guerre supplémentaires dans la région, dans le but de dissuader l’Iran et le Hezbollah d’entreprendre une action militaire, ces deux pays ayant promis de lancer des attaques en représailles contre Israël.
Le président des États-Unis, Joe Biden, devait également rencontrer son équipe de sécurité nationale lundi pour discuter de cette crise.
Israël, qui possède des armes nucléaires depuis les années 1960, a affirmé à plusieurs reprises qu’il « ne sera pas le premier à introduire des armes nucléaires au Moyen-Orient ».
Avec l’Inde et le Pakistan, Israël est l’un des trois pays, sur les neuf dotés d’armes nucléaires au monde, qui n’ont jamais signé le traité sur la non-prolifération (TNP), dont l’objectif est d’empêcher la prolifération des armes nucléaires dans le monde.
L’Arms Control Association, une ONG américaine, estime qu’Israël possède actuellement 90 ogives nucléaires à base de plutonium.
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Comment éviter le « désastre » ?
Susi Snyder a également souligné que « toute utilisation d’armes nucléaires » dans la crise actuelle « serait une catastrophe pour la région et pour le monde ».
« Une seule arme nucléaire pourrait tuer des centaines de milliers de civils et en blesser beaucoup plus ; les retombées radioactives pourraient contaminer de vastes zones, y compris dans le pays qui a utilisé l’arme, surtout si elle est utilisée contre une cible proche, ce qui serait le cas au Moyen-Orient », a-t-elle indiqué.
La coordinatrice du programme de l’ICAN a également exhorté les citoyens à faire pression sur leurs gouvernements pour qu’ils signent le traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN) — un accord des Nations unies datant de 2021 qui interdit expressément aux signataires de développer, de posséder ou de menacer d’utiliser des armes nucléaires et qui est donc plus strict que le TNP.
« Les décideurs politiques et les citoyens des pays qui n’ont pas encore adhéré au traité devraient encourager leurs gouvernements à le faire sans tarder, car il s’agit du seul traité qui interdise totalement les armes nucléaires et prévoit leur élimination », a-t-elle affirmé.
Aucun des neuf pays dotés de l’arme nucléaire n’a signé le traité sur l’interdiction des armes nucléaires. Outre Israël, les États-Unis, la Russie, la Chine, le Royaume-Uni, la France, la Corée du Nord, le Pakistan et l’Inde possèdent à ce jour l’arme nucléaire.
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[Édité par Anna Martino]