Irlande du Nord : malgré les pressions, les unionistes refusent de relancer l'exécutif local

Malgré des appels pressants à mettre fin à la paralysie, le principal parti unioniste nord-irlandais, le DUP, se montre décidé à maintenir son boycott des institutions locales et les espoirs sont maigres de le voir dévier lors de son congrès ce week-end.

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Londres et Bruxelles ont conclu un accord en février dernier pour assouplir ces règles commerciales, mais il n'a pas convaincu les unionistes, qui maintiennent leur blocage. [KarlM Photography / Shutterstock]

Malgré des appels pressants à mettre fin à la paralysie, le principal parti unioniste nord-irlandais, le DUP, se montre décidé à maintenir son boycott des institutions locales et les espoirs sont maigres de le voir dévier lors de son congrès ce week-end.

Depuis février 2022, le Parti unioniste démocratique (DUP), farouchement attaché à l’appartenance au Royaume-Uni, s’est retiré de l’assemblée nord-irlandaise et du gouvernement local partagé avec les républicains. Il proteste contre les nouvelles règles commerciales en place depuis le Brexit, qui menacent, selon lui, la place de la province au sein du Royaume-Uni.

Londres et Bruxelles ont conclu un accord en février dernier pour assouplir ces règles, mais il n’a pas convaincu les unionistes, qui maintiennent leur blocage. Londres gère simplement les affaires courantes depuis un an et demi dans la province où le Brexit a ravivé les tensions communautaires héritées de trois décennies de conflit sanglant.

Dans un entretien à l’agence PA jeudi, le chef du DUP Jeffrey Donaldson a estimé qu’il y avait « toujours des sujets à traiter » avec le gouvernement britannique autour de cet accord, ajoutant espérer aboutir « dans les prochaines semaines ».

« Je veux voir des propositions et des solutions que les unionistes et les nationalistes peuvent soutenir, car c’est la base pour que Stormont (l’assemblée nord-irlandaise) puisse fonctionner efficacement », a-t-il insisté.

De son côté le parti républicain Sinn Fein, devenu la première force politique du pays, ne cesse d’appeler le DUP à stopper son blocage.

« Nous espérons que nous entendrons un message positif (du DUP) parce que nous savons que les gens attendent depuis bien trop longtemps », a affirmé jeudi sa présidente, Mary Lou McDonald lors d’un point presse, estimant qu’il y avait de la « frustration » dans la province.

La pression monte de plus en plus sur le parti unioniste, à mesure que l’absence de gouvernement local, ainsi que la baisse des financements venus de Londres, pèsent davantage sur les services publics quotidiens des nord-irlandais, comme les hôpitaux, la maintenance des routes ou encore la police.

Le manque de prise de décision au plus haut niveau de la province a aussi été mis en cause dans l’aggravation de la pollution du Lough Neagh, le plus grand lac du Royaume-Uni qui fournit près de la moitié de l’eau potable de l’Irlande du Nord.

Cette situation de services publics à la dérive a créé une ambiance de « fin du monde » dans la province, écrivait récemment dans le Belfast Telegraph, le journaliste Sam McBride.

« Point de bascule »

Selon le nouvel accord négocié entre Londres et Bruxelles, et baptisé « Cadre de Windsor », les marchandises qui arrivent de l’île de Grande Bretagne vers l’Irlande du Nord – devenue la seule frontière terrestre entre l’Union européenne et le Royaume-Uni avec le Brexit – sont traités différemment selon qu’ils sont destinés au marché européen ou pas.

Ceux qui sont exportés vers l’Irlande ou le reste de l’Union européenne subissent des contrôles renforcés, tandis que ceux qui sont destinés à être vendus dans la province bénéficient de contrôles allégés.

Mais dans les rangs unionistes, la détermination reste de mise, certains militants menaçant de manifester si le DUP « collabore » en retournant à l’Assemblée tant que le cadre de Windsor reste en vigueur.

Un petit parti unioniste a publié la semaine dernière une pleine page de publicité dans la presse pour appeler le DUP à respecter sa promesse de résister à toute frontière maritime et contrôle des marchandises entre le reste du Royaume-Uni et l’Irlande du Nord.

Et selon les sondages, les électeurs du DUP soutiennent toujours la stratégie du boycott malgré ses répercussions.

« Le point de bascule n’a pas encore été atteint », estime James Pow, professeur de sciences politiques à la Queens University de Belfast.

« Il semble encore y avoir une tolérance de la part du grand public. Même si beaucoup de gens sont frustrés, ils n’ont pas nécessairement le sentiment qu’il y a grand-chose qui peut être fait jusqu’à ce que le DUP obtienne quelque chose », ajoute-t-il à l’AFP.