INTERVIEW : Séjourné vise un grand compromis politique pour sortir de l'impasse du marché unique
Stéphane Séjourné explique à Euractiv qu'il existe un risque de blocage massif à un moment où l'UE a besoin de s'intégrer
L’UE met en place un gigantesque compromis politique afin de surmonter les réticences des États membres à fusionner ou à intégrer leurs marchés économiques.
« Je suis convaincu qu’il arrive un moment où nous devons reconnaître que tout est lié et qu’on ne peut pas se contenter d’adopter uniquement les politiques que l’on souhaite sur un sujet particulier », a déclaré Stéphane Séjourné, vice-président exécutif de la Commission européenne chargé de la prospérité, lors d’un entretien accordé à Euractiv.
Le commissaire français a affirmé qu’un nouveau plan, approuvé la semaine dernière à Chypre par les dirigeants des trois institutions de l’UE, s’inscrit dans cet effort visant à recadrer le débat et à convaincre les capitales récalcitrantes de renoncer à leurs chevaux de bataille nationaux au profit d’une plus grande puissance économique de l’Union.
« L’objectif est de tout regrouper dans un accord interinstitutionnel qui nous permette d’avoir une vue d’ensemble et de relier tous les textes entre eux », a indiqué Séjourné. Il faisait référence au plan « Une Europe, un marché », qui esquisse un calendrier pour parvenir à des accords politiques sur plus de 40 textes législatifs d’ici fin 2027.
L’une des batailles les plus difficiles portera sur l’union des marchés des capitaux, et en particulier sur une proposition de la Commission – soutenue par la France, l’Allemagne et les quatre autres économies les plus puissantes – visant à transférer davantage de pouvoirs des gouvernements nationaux vers l’autorité centrale de surveillance des marchés de l’UE. Des pays comme le Luxembourg et l’Irlande s’y opposent fermement.
« On ne peut pas, d’un côté, soutenir les accords commerciaux et les politiques de simplification administrative, et de l’autre, refuser les politiques pro-européennes visant à unifier le marché unique ; ce n’est pas possible », a-t-il martelé.
« Je tiens à vous mettre en garde : il ne peut y avoir d’union des marchés de capitaux sans supervision unique. C’est la première pierre du mur que nous construisons. »
Il a également répondu avec diplomatie aux critiques des députés européens et des diplomates selon lesquelles les autres institutions de l’UE n’avaient pas eu suffisamment de temps pour se prononcer véritablement sur le plan relatif au marché unique. « Cela n’enlève aucun droit, mais cela clarifie les objectifs des trois institutions, ce qui était l’objectif principal depuis le début », a-t-il souligné.
Les sherpas franchissent les obstacles
Séjourné poursuit également sa propre stratégie, plus discrète, pour obtenir des changements concrets au niveau national. Sous sa houlette, chaque pays a désigné un « sherpa » du marché unique. Lorsque le bataillon de sherpas s’est réuni ce mois-ci, Séjourné leur a demandé de revenir à Bruxelles avant l’été avec une liste de trois obstacles au marché intérieur qu’ils auront levés depuis la dernière réunion de ce mois-ci.
« Il y a un risque de blocage massif au moment même où l’UE a le plus besoin d’avancer », a-t-il noté.
Maximilian Henning et Thomas Moller-Nielsen ont contribué à cet article.
(bw)