Interdiction des ventes à découvert dans quatre pays membres de l'UE

L'interdiction des ventes à découvert pour quatre bourses européennes prend effet aujourd'hui (12 août). Cette initiative a pour objectif de restaurer la confiance sur les marchés, frappés par de nombreuses rumeurs et des coûts d'emprunt croissants.

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L'interdiction des ventes à découvert pour quatre bourses européennes prend effet aujourd'hui (12 août). Cette initiative a pour objectif de restaurer la confiance sur les marchés, frappés par de nombreuses rumeurs et des coûts d'emprunt croissants.

La France, l'Italie, l'Espagne et la Belgique ont imposé cette interdiction dont les détails varient en fonction des pays, a déclaré l'Autorité européenne des marchés financiers (AEMF) dans un communiqué jeudi.

Les marchés européens ont à plusieurs reprises été bouleversés par des rumeurs sur la santé et les besoins de fonds des gouvernements de la zone euro endettée, et plus récemment de certaines de ses principales banques.

L'indice Dow Jones Stoxx des valeurs bancaires européennes a perdu 37 % par rapport à son pic de février et a atteint son niveau le plus bas en 28 mois jeudi. L'indice a perdu 17 % rien qu'en août.

« Il s'agit d'une chose qu'utilisent les dirigeants politiques lorsqu'ils n'ont plus d'autres tours dans leur sac », a déclaré James Angel, un professeur agrégé spécialisé dans la régulation des marchés financiers à la McDonough School of Business de l'université de Georgetown à Washington DC.

« Cela ne fait que perturber les marchés et montrer au monde entier que les dirigeants n'ont aucune idée de ce qu'il se passe ».

Les régulateurs européens avaient précédemment rejeté l'idée d'une interdiction totale des ventes à découvert via lesquelles un investisseur emprunte des titres et les vend en espérant que leur prix chutera et qu'il pourra les racheter à un prix moins élevé.

L'AEMF a affirmé que les ventes à découvert combinées aux rumeurs représentaient une stratégie « clairement abusive ».

« Aujourd'hui, certains gouvernements ont décidé d'imposer ou d'étendre les interdictions portant sur les ventes à découvert dans leurs pays respectifs », a-t-elle déclaré. « Ils ont agi de la sorte pour limiter les bénéfices engendrés par la propagation de fausses rumeurs et pour aboutir à des conditions de concurrence équitables consacrées par la législation ».

La France interdira les ventes à découvert sur les actions de 11 banques durant 15 jours, l'Espagne protégera 16 titres pendant 15 jours également et la Belgique interdira la vente à découvert sur quatre valeurs pour une période indéterminée. Les détails de cette interdiction en Italie n'ont pas été directement précisés.

Les banques concernées sont notamment BNP Paribas et la Société Générale en France ainsi que Santander et BBVA en Espagne.

Cette décision rappelle celle prise par la Commission boursière américaine (SEC) le 19 septembre 2008, quatre jours après l'effondrement de Lehman Brothers, afin d'interdire les ventes à découvert dans 799 banques et autres institutions financières.

Le Royaume-Uni avait imposé une interdiction similaire à l'époque.

Selon plusieurs études académiques, l'initiative américaine était discutable. Même si les ventes à découvert ont diminué lors de cette interdiction de trois semaines, les valeurs financières ont continué de s'effondrer.

Cette décision a également soulevé des questions philosophiques sur l'intervention des régulateurs sur les marchés et les droits des investisseurs à spéculer. L'initiative a également été critiquée par au moins un représentant de la SEC qui l'a qualifiée de décision politique.

« Si vous parlez à des personnes qui comprennent les marchés, les régulateurs notamment, le consensus est que l'interdiction des ventes à découvert n'atteint pas les objectifs avancés », a affirmé Nicholas de Boursac, directeur général de l'Asia Securities Industry and Financial Markets Association.

En Asie, la Corée du Sud a interdit la vente à découvert sur toutes les actions mardi. Elle avait déjà mis en place une interdiction sur la vente à découvert des valeurs financières.

Certains experts des fonds spéculatifs affirment que l'interdiction européenne devrait limiter les liquidités en excluant certains acteurs du marché.

« Pour chaque vente à découvert, il doit y avoir un achat équivalant à un moment donné. Ce n'est pas le cas si les investisseurs doivent se protéger en déplaçant des liquidités, il n'y a alors aucune obligation d'acheter », a expliqué Peter Douglas, directeur général de GFIA, une société de conseil sur la gestion des richesses et les fonds spéculatifs, basée à Singapour.

« Toutefois, interdire les ventes à découvert est utile au niveau politique comme cela montre aux électeurs que les gouvernements agissent ».

Des banques françaises fragiles ?

Les récentes perturbations sur les marchés se sont concentrées sur la spéculation à propos des banques françaises qui sont fortement exposées aux pays européens au centre de la crise. La Société Générale, la banque numéro deux en France, a été particulièrement touchée.

Ces rumeurs ont donné lieu à des ondes de choc sur les marchés du crédit, entraînant une envolée des taux d'emprunt interbancaires et les prêts d'urgence sur 24 heures de la BCE ont connu leur plus forte demande depuis trois mois, soit plus de 4 milliards d'euros.

Cette tempête sur les marchés a fait grimper les coûts d'emprunt des banques européennes à des niveaux qui n'avaient plus été enregistrés depuis la crise mondiale du crédit de 2007-2009 et a soulevé la question de savoir si ces troubles pouvaient être les signes avant-coureurs d'une nouvelle crise.

« Avec l'arrivée de rumeurs sur les banques hier, la situation ressemble à la période qui a précédé l'effondrement de Lehman, lorsque les banques ne se faisaient plus confiance », a expliqué Christophe Rieger, stratège taux pour la Commerzbank.

Les signaux envoyés par l'Europe alarment aussi l'Asie. Des sources bancaires ont révélé à Reuters jeudi qu'une banque de la zone avait opéré une coupe des lignes de crédit de grandes banques françaises, alors que cinq autres banques examinaient les risques de contrepartie.

Les investisseurs ont affirmé que la récente perte de confiance était le signe que peu des problèmes qui avaient miné les banques la dernière fois avaient été résolus.

« Le marché est déjà sens dessus dessous. Il ne s'est jamais complètement remis de 2008. Les liquidités arrivent par à-coups et les banques ont un appétit modéré pour le risque, ce qui est compréhensible », a déclaré Stephen Snowden, gérant chez Aegon Asset Management.

Le gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer, a déclaré que les banques françaises étaient solides et ne seraient pas affectées par les problèmes sur les marchés.

« Les niveaux de capital, appréciés par les fonds propres les plus durs, sont adéquats et les programmes de refinancement à moyen et long terme sont réalisés dans des conditions tout à fait satisfaisantes », a-t-il affirmé dans un communiqué.

EURACTIV avec Reuters — Article EURACTIV traduit de l'anglais par Amandine Gillet