Interdiction de la pêche dans le golfe de Gascogne : les professionnels européens dénoncent un mauvais « timing »

Le secteur européen de la pêche salue la méthode de consultation qui a conduit à la proposition de fermeture du golfe de Gascogne pour les navires de pêche afin de protéger les dauphins, mais dénonce un calendrier précipité.

Euractiv France
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Selon le CIEM, organisme scientifique de référence, 5 938 dauphins communs sont morts chaque année entre 2019 et 2021. L’observatoire français Pelagis a par ailleurs constaté que 70 % des cadavres portaient des traces d’engins de pêche durant l’hiver 2023. [Shutterstock/The Image Party]

Le secteur européen de la pêche salue la méthode de consultation qui a conduit à la proposition de fermeture du golfe de Gascogne pour les navires de pêche afin de protéger les dauphins, mais dénonce un calendrier précipité.

« Le sentiment d’injustice prédomine sur les quais, des entreprises ont mis la clé sous la porte, de jeunes patrons ont vu leur démarrage vaciller, des entreprises de mareyage essaient de s’en sortir », explique à Euractiv le Comité national des pêches en France (CNPMEM).

La Commission européenne a publié lundi 30 septembre un acte délégué proposant la fermeture de la pêche pour certains navires, comme les chaluts, pendant un mois — du 22 janvier au 20 février 2025 — afin de réduire les captures accidentelles de cétacés.

Le texte doit être soumis au Parlement européen et au Conseil de l’UE. Le CNPMEM compte sur les discussions dans les prochains mois « pour redessiner une perspective stable pour la filière ».

« Les prises accidentelles dans les filets de pêche, ainsi que la mortalité naturelle, les maladies et la désorientation contribuent largement aux échouages ​​de dauphins et de petits cétacés dans le golfe de Gascogne », prévenait l’exécutif dans un communiqué lundi.

Selon le CIEM, organisme scientifique de référence, 5938 dauphins communs sont morts chaque année entre 2019 et 2021. Selon l’observatoire français Pelagis, 70 % des cadavres portaient des traces d’engins de pêche durant l’hiver 2023.

Un moindre mal

En février 2024, la France avait fermé le golfe de Gascogne à la pêche pendant un mois, par le biais d’une mesure d’urgence pour cause de « menace grave pour la conservation des ressources biologiques », conformément au règlement de la Politique commune de la pêche (PCP).

L’Espagne, ainsi que d’autres États membres côtiers, avaient reproché à Paris cette mesure unilatérale.

Cette fois, la recommandation pour 2025 a été discutée au sein du groupe régional des eaux occidentales australes, composé de représentants du secteur de la pêche et de membres des sociétés civiles portugaises, espagnoles, belges et françaises.

« C’est essentiel, le contraire ne serait pas admissible », explique le comité français.

Le Secrétaire général de Cepesca (confédération espagnole de la pêche), Javier Garat Pérez, confie à Euractiv que cet accord a permis d’éviter le « pire », notamment une interdiction de trois mois comme le recommande les scientifiques du CIEM.

Lors d’un débat en commission de la Pêche au Parlement européen (PECH) en février 2024, la Commission avait en effet reconnu que l’arrêt effectué par la France était « insuffisant », et que des fermetures plus longues pourraient se faire, mais de façon concertée.

Dommages économiques

Le représentant espagnol affirme toutefois que les pêcheurs « ne sont pas contents », en raison des conséquences socio-économiques de la fermeture des eaux du golfe. En 2024, la profession avait estimé que 400 navires français étaient restés à quai, contre une quarantaine de bateaux espagnols.

« Il convient de mesurer l’impact socio-économique d’une nouvelle fermeture de la pêche », a interpelé l’eurodéputée Isabelle Le Callennec (Les Républicains, Parti populaire européen) durant une réunion de la commission PECH du Parlement européen, lundi.

Pour l’élue de Bretagne — la région la plus impactée par la fermeture — les pertes estimées en 2024 à l’échelle européenne sont de 15 000 tonnes de produits de la mer, soit 20 % de poissons en moins, et un manque à gagner de 60 à 70 millions d’euros pour le secteur.

De son côté, la Commission européenne table sur 300 navires affectés en 2025.

Alors que la France et l’Espagne sont parvenues à indemniser les pêcheurs, la Commission assure que cela pourra se faire l’année prochaine dans le cadre du fonds européen pour les affaires maritimes, la pêche et l’aquaculture (FEAMPA) de la PCP.

« La filière aval (mareyeurs, criées, conserveries…) s’interroge : sera-t-elle prise en compte dans les dispositifs d’accompagnement s’il y en a  ? », interpelle le Comité des pêches français.

Manque de données

Alors qu’une évaluation d’impact sur la dernière fermeture de 2024 devrait être publiée la semaine prochaine par la France, Europêche se dit « surpris » par le « timing » choisi.

Dans une première étude post-fermeture, le laboratoire Pelagis constate « un niveau d’échouages plutôt faible en comparaison de la série temporelle 2016-2023 », reconnaissant « qu’il est encore trop tôt pour donner des chiffres définitifs ».

« Pour connaître les véritables causes de mortalité, les pêcheurs demandent la mise en œuvre d’un plan d’échantillonnage vétérinaire pour les animaux échoués », « au-delà d’un examen externe partiel », insiste Europêche.

Le secteur insiste enfin sur les efforts fournis par les pêcheurs européens pour réduire les prises accessoires de dauphins, en investissant par exemple dans des échosondeurs.

« La Commission a choisi d’ignorer ces progrès et d’imposer une fermeture générale à toutes les flottes », dénonce le secteur européen, qui préconise des « flexibilités ou des exemptions à l’interdiction en 2025 pour ces pêcheurs équipés ».

[Édité par Anne-Sophie Gayet]