Interconnexions énergétiques : le fonds qui pourrait alléger les factures d’électricité des Européens
Le mécanisme pour l’interconnexion de l’Europe — le fonds de l’UE destiné à stimuler les interconnexions électriques transfrontalières — est en passe de devenir un élément clé des discussions sur le prochain budget septennal du bloc qui s’ouvrent l’année prochaine.
Le mécanisme pour l’interconnexion de l’Europe (MIE) — le fonds de l’Union européenne (UE) destiné à stimuler les interconnexions électriques transfrontalières — est en passe de devenir un élément clé des discussions sur le prochain budget septennal du bloc qui s’ouvrent l’année prochaine.
Dans les années 2010, l’UE avait créé un mécanisme pour financer de grands projets d’infrastructures énergétiques à l’échelle du continent, mais aussi des infrastructures numériques et de transports. Initialement doté de près de 50 milliards d’euros, le budget du MIE avait été réduit à 30 milliards, puis à 20 milliards d’euros.
Actuellement, le mécanisme consacre environ 6 milliards d’euros à des lignes électriques transfrontalières ou à des projets d’énergies renouvelables dans plusieurs États de l’UE. Parmi les projets financés, on retrouve notamment l’« île énergétique » danoise de Bornholm.
Mais certains appellent désormais à davantage de financements.
« L’enveloppe allouée à l’énergie dans le cadre du MIE […] est réduite et je pense qu’elle doit être augmentée pour la période 2028-2034 », estime Luke O’Callaghan-White, responsable de la transition énergétique au sein du think tank E3G.
Le renforcement des interconnexions entre les États de l’UE est en effet redevenu une priorité politique, avec pour objectif de faire baisser les factures d’électricité. Le MIE pourrait ainsi recevoir de nouveaux financements, alors que Bruxelles se prépare à négocier à partir de 2025 son prochain cadre financier pluriannuel (CFP) pour la période 2028-2034.
« La nouvelle Commission et le prochain cycle du CFP devront se concentrer sur la modernisation et l’expansion des réseaux européens », continue Luke O’Callaghan-White.
Les interconnexions transfrontalières de grande envergure sont capables de transporter la production d’une centrale nucléaire et peuvent avoir un impact majeur sur le fonctionnement du réseau électrique. L’UE reconnaît leur importance et a fixé comme objectif que chaque État soit en mesure d’exporter 15 % de son électricité produite vers les pays voisins d’ici à 2030.
Selon le think tank Bruegel, une meilleure interconnexion énergétique entre les États membres devrait rendre l’électricité moins chère et plus stable. Les récents rapports rédigés par les Italiens Enrico Letta et Mario Draghi vont dans le même sens.
« Le MIE est un outil utile pour favoriser un marché de l’électricité plus intégré et fonctionnant mieux, avec les énergies renouvelables comme épine dorsale », note Luke O’Callaghan-White.
L’intégration des pays baltes
Ce lundi 4 novembre, les responsables politiques bruxellois présents à la célébration annuelle des projets d’infrastructure transfrontaliers (PCI days) peuvent assister à une exposition des projets phares soutenus par le MIE.
Parmi ceux-ci figure un projet de 1,2 milliard d’euros visant à déconnecter les pays baltes du réseau électrique russe pour les intégrer pleinement au système européen. Ce projet devrait être achevé d’ici 2025
« Nous avons eu une bonne expérience avec le mécanisme pour l’interconnexion de l’Europe et nous aimerions qu’un instrument de financement basé sur des principes similaires soit maintenu dans le prochain CFP », avait expliqué la ministre estonienne du Climat, Yoko Alender, lors d’une réunion mi-octobre des ministres européens de l’Énergie.
La Belgique est l’un des pays qui soutient le plus fermement cette initiative.
« J’ai indiqué à plusieurs reprises que le mécanisme pour l’interconnexion de l’Europe était un instrument très efficace, mais qu’il manquait cruellement de fonds », avait déclaré la ministre belge de l’Énergie, Tinne Van der Straeten, lors de cette même réunion.
La ministre avait également déploré le fait que le MIE n’avait été financé qu’à hauteur de 5,8 milliards d’euros, pour plus de 160 projets, alors que « le coût individuel de certains projets d’électricité ou d’hydrogène à grande échelle en cours de planification s’élève à plusieurs milliards d’euros ».
La secrétaire d’État lettone à l’Énergie, Līga Kurevska, avait souligné la nécessité de « créer des conditions favorables au développement des infrastructures transfrontalières » lors de la réunion ministérielle mi-octobre.
« Notre principale préoccupation est le partage équitable des coûts liés aux nouveaux projets d’interconnexion », avait-elle poursuivi.
Toutefois, hormis les États baltes directement concernés, peu d’États membres sont prêts à prendre position si tôt sur cette question. Un diplomate de l’UE explique ainsi que toute discussion sur le financement du mécanisme fera partie des négociations du CFP, un « puzzle complexe qui doit encore être mis en place ».
L’alliance de douze États membres de l’UE en faveur des énergies renouvelables a également souligné à la mi-octobre qu’un financement « adéquat de l’Union pour la transition énergétique et la décarbonation sectorielle, comme par le biais de mécanisme pour l’interconnexion de l’Europe […] après 2030, doit être assuré pour récolter les bénéfices de la coopération transfrontalière ».
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[Édité par Anne-Sophie Gayet & Laurent Geslin]