Intelligence artificielle : le gouvernement va investir 1,5 milliard d'euros pour créer des champions
Le secrétaire d’État au Numérique, Cédric O, et la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Frédérique Vidal, ont présenté lundi (8 novembre), la 2ᵉ phase de la stratégie nationale pour l’intelligence artificielle, à l’occasion de l’événement « France is AI ».
Le secrétaire d’État au Numérique, Cédric O, et la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Frédérique Vidal, ont présenté lundi (8 novembre), la 2ᵉ phase de la stratégie nationale pour l’intelligence artificielle, à l’occasion de l’événement « France is AI ».
Ce sont plus de 1,5 milliard d’euros de financements publics que l’État souhaite abonder dans la French tech afin de faire émerger des futurs champions au niveau national et européen.
506 millions d’euros de cofinancements privés viendront s’ajouter à cette enveloppe, portant ce nouveau plan à plus de 2 milliards d’euros pour les cinq ans à venir.
Le secrétaire d’État au Numérique, Cédric O, a souligné l’objectif premier de cette stratégie : « mettre le paquet sur la formation des talents ». « On a absolument besoin de faire en sorte que nos entreprises, nos centres de recherches, nos start-ups, aient plus de compétences », a-t-il déclaré devant les acteurs de l’écosystème français de l’intelligence artificielle (IA), réunis sur le campus de Station F par l’organisation France Digitale.
Ainsi, la France se fixe comme objectif pour l’horizon 2025 de former et financer au moins 2000 étudiants en premier cycle (DUT, licences, etc.), 1500 étudiants en master et 200 thèses supplémentaires par an « en régime de croisière ». D’ici à janvier 2024, le gouvernement aimerait également avoir recruté 15 scientifiques étrangers d’envergure mondiale. Plus de la moitié des financements publics du plan iront vers la formation et les talents.
« L’enjeu est aussi d’intégrer des formations à l’intelligence artificielle pour tous », a souligné Eve Arakelian, VP Marketing et Affaires publiques chez Preligens, une entreprise spécialisée dans l’analyse des données à des fins de défense et de renseignement. « Tous les citoyens, futurs utilisateurs et tous les décideurs politiques ou industriels doivent y être formés », a-t-elle expliqué à EURACTIV.
Le gouvernement souhaite aussi concentrer les efforts dans les domaines de l’IA « embarquée, frugale et de confiance ». Il se fixe comme objectif de capter 10 à 15 % des parts du marché mondial de l’IA embarquée d’ici à 2025.
Faire émerger des champions français ne se fait pas en un jour, a rappelé M. O. « Comme toutes les problématiques liées aux effets de réseau, le début est compliqué », a-t-il déclaré, notant que « c’est l’histoire de la French tech ».
Cette nouvelle stratégie est en fait la continuité d’une précédente, annoncée en mars 2018, qui avait déjà pour volonté de « mettre la France sur la carte mondiale de l’IA », selon les mots du ministre.
Intelligence artificielle, blockchain : l’UE doit investir 10 milliards d’euros pour rattraper son retard
La Banque européenne d’investissement (BEI) a publié un nouveau rapport mardi (1 juin) qui pointe…
3 minutes
Réguler et innover
L’écosystème français de l’IA se porte bien. Le nombre de start-ups a grandi de 11 % entre 2020 et 2021, pour arriver à 520 aujourd’hui. Elles emploient 13459 personnes, en plus des 70000 emplois indirects générés. À ce jour, les start-ups ont également levé déjà deux fois plus de fonds que l’année dernière — 1,6 milliard d’euros en 2021, contre 708 millions en 2020.
En dépit de ces bons résultats, la question de la régulation du numérique, et plus particulièrement de sa compatibilité avec la capacité à innover, s’est vite invitée dans les débats.
Cédric O a notamment regretté la « tendance européenne » qui considère « la régulation avant l’innovation ». Selon lui, il s’agirait d’un « non-sens ».
Interrogé par EURACTIV, le secrétaire d’État a précisé que l’objectif premier des Européens devrait être de faire émerger des champions et que le problème de l’UE était « son approche uniquement par les risques », reléguant l’innovation en second plan, en dépit du retard accumulé face aux grandes puissances, comme les États-Unis, pour qui l’innovation est la priorité, selon lui.
« Un pays qui réfléchit uniquement son avenir par la question du risque est un pays qui va dans le mur », a-t-il souligné.
Les députés européens exigent des règles strictes sur l’utilisation de l’IA en matière pénale
En amont du règlement européen sur l’intelligence artificielle, les eurodéputés ont insisté à Strasbourg, lundi…
5 minutes
Un point de vue partagé par la ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation. « Il faut faire confiance à la recherche fondamentale et voir ce que les chercheurs nous indiquent », a déclaré Frédérique Vidal à EURACTIV, jugeant qu’il n’était pas pertinent de « fixer des règles a priori » avant d’avoir identifié le plein potentiel et les limites de ces technologies.
« Régulons, mais soyons vigilants que cette régulation ne soit pas un frein », a déclaré Maya Noël, la directrice de France Digitale, une association qui représente plus de 1800 entrepreneurs et investisseurs du numérique en France, et qui organisait l’événement. On ne peut pas investir dans l’IA sans « garde-fou », a-t-elle néanmoins reconnu dans un échange avec EURACTIV, précisant que le cadre plus respectueux de la vie privée porté par l’UE pourrait également être un « avantage compétitif ».
Alors que le futur règlement de l’Union européenne sur l’IA est examiné par le Parlement européen, Cédric O a exprimé les points de vigilance de la France, qui s’apprête au 1er janvier à prendre la présidente tournante du Conseil de l’UE et qui devrait donc suivre de très près ce dossier législatif.
Il a appelé à « une application uniforme sur l’ensemble de l’UE », une référence au Règlement général sur la protection des données (RGPD) dont l’application est confiée aux autorités locales, en fonction du pays d’origine notamment.
Enfin, il a insisté sur le besoin d’expérimenter. « Quelle que soit la régulation qu’on adopte, il faut laisser place à l’expérimentation », a-t-il conclu.