Inquiétudes sur les droits de l’Homme avant une conférence sur le Mali à Bruxelles

L’Europe et ses partenaires mondiaux sont priés de contribuer financièrement à un programme de développement de quatre milliards d’euros au Mali. Ils devraient également inciter le gouvernement malien à lutter contre les exécutions, la torture et d’autres abus dans le pays divisé, déclarent des défenseurs des droits de l’Homme.

EURACTIV.fr
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L’Europe et ses partenaires mondiaux sont priés de contribuer financièrement à un programme de développement de quatre milliards d’euros au Mali. Ils devraient également inciter le gouvernement malien à lutter contre les exécutions, la torture et d’autres abus dans le pays divisé, déclarent des défenseurs des droits de l’Homme.

 

Une conférence de donateurs organisée par l'UE est prévue mercredi (15 mai) à Bruxelles. L'objectif est de lever 1,9 milliard d'euros de fonds, soit la moitié des besoins nécessaires à un plan de développement de deux ans selon le gouvernement de transition malien. Dans le même temps, les Nations unies indiquent qu'au moins 222 millions d'euros sont nécessaires afin de répondre aux besoins alimentaires et humanitaires immédiats des 475 000 personnes déplacées par le conflit.

 

La situation au Mali et dans la région instable du nord reste tendue depuis que la violence sectaire a éclaté au début de l'année 2012, entraînant une intervention française en janvier qui a contré l'avancée des rebelles et des militants islamistes.

 

Sur fond d'appels en faveur d'aide supplémentaire, des fonctionnaires des Nations unies en charge des droits de l'Homme et des groupes militants se sont inquiétés du traitement des non-combattants. Ils ont accusé le gouvernement et les insurgés de violations.

 

Corinne Dufka, une chercheuse principale pour l'Afrique auprès d'Human Rights Watch, a déclaré que la conférence des donateurs à Bruxelles devrait inciter les autorités maliennes à améliorer la situation des droits de l'Homme.

 

« Les donateurs doivent réellement examiner pourquoi le Mali se trouve dans cette situation […] et concentrer leurs efforts sur le renforcement des institutions qui font respecter l'État de droit et les droits de l'Homme », a-t-elle indiqué.

 

Mme Dufka, qui s'est rendue deux fois dans ce pays d'Afrique occidentale depuis l'intervention française, a expliqué que le gouvernement de transition avait pris des mesures afin d'améliorer la discipline. L'État malien a également attribué l'amélioration du professionnalisme de l'armée à la mission d'entraînement militaire de l'UE, mais les violations se poursuivent, selon cette chercheuse.

 

« Nous avons rassemblé des preuves sur de nombreux incidents causés par le recours excessif de l'armée à la force, à des exécutions, à des disparitions, à la torture et à d’autres formes d'abus à l'égard de partisans présumés du MNLA », à savoir le Mouvement national pour la libération de l'Azawad, un groupe séparatiste touareg.

 

« Nous ne pensons pas que [ces incidents] soient systématiques, mais nous croyons qu'il en existe beaucoup et de très sérieux, contre lesquels il faut lutter », a-t-elle déclaré lors d'un entretien téléphonique depuis Washington.

 

Exécutions et enfants soldats

 

Amnesty International, une autre organisation de défense des droits de l'Homme, a accusé les forces gouvernementales de perpétrer des exécutions extrajudiciaires dans le nord. L'organisation incrimine également des militants islamistes de recruter des enfants soldats, de tuer des civils et de blesser des soldats du gouvernement.

 

Le Mali est dévasté par des décennies de divisions entre les islamistes et les communautés arabes au nord et les Africains au sud. Les attaques d'insurgés du nord, soutenus par des groupes islamistes régionaux, ont commencé au début de l'année 2012, ce qui a poussé l'armée à prendre temporairement le contrôle du gouvernement.

 

Des fonctionnaires de l'ONU craignent également des représailles contre les communautés d'ethnies touareg ou arabes dans le nord alors que les troupes du gouvernement, avec le soutien des forces d'interventions européennes et africaines, ont repris des villes aux rebelles islamistes.

 

En avril, le Conseil de sécurité de l'ONU a autorisé une force militaire et policière de 12 600 hommes à remplacer la force africaine de sécurité au Mali afin de contribuer entre autres à la sécurité de la population civile.

 

« Les droits de l'Homme sont un élément central du mandat », a déclaré dans un communiqué Hervé Ladsous, un diplomate français responsable des opérations de maintien de la paix de l'ONU.

 

Le secrétaire général de l'ONU pour la prévention du génocide, Adama Dieng, s'était précédemment déclaré « profondément préoccupé par le risque de représailles ».

 

« Il a été fait état de graves violations des droits de l'Homme commises par l’armée malienne, y compris des exécutions sommaires et des disparitions, à Sevaré, Mopti, Niono et dans d’autres villes à proximité des zones de combat », a-t-il indiqué dans un communiqué le 1er février.

 

« Il y aurait eu également des lynchages et des pillages de biens appartenant à des communautés arabes et touareg. Ces communautés seraient accusées d’aider des groupes armés du simple fait de leur appartenance ethnique », a-t-il précisé.

 

Outre des attaques sur des civils, des groupes de défense des droits des journalistes ont indiqué que des journalistes nationaux et étrangers avaient été pris pour cibles.

 

L'International Press Institute à Vienne et le Comité pour la protection des journalistes à New York ont tous deux condamné la détention de journalistes par les autorités maliennes et ont exhorté les partenaires internationaux du gouvernement à garantir la liberté de la presse. La semaine dernière, un journaliste français qui effectuait des reportages sur des violations supposées des droits de l'Homme commises par les troupes du gouvernement a été expulsé du pays.

 

Conférence des donateurs

 

Une centaine de représentants de gouvernements et de responsables en charge de l'aide devraient assister à la conférence des donateurs mercredi. José Manuel Barroso, le président de la Commission européenne, François Hollande, le président français, et Dioncounda Traoré, le président intérimaire du Mali, participeront à la conférence.

 

La Commission européenne a annoncé en mars qu'elle libérait 250 millions d'euros pour l'aide au développement au profit du Mali afin d'aider le gouvernement en difficulté à Bamako. L'argent a été gelé dans l'attente de réformes du gouvernement civil, de promesses de reconstruction du nord et de l’organisation d'élections démocratiques.

 

Le commissaire européen en charge du développement, Andris Piebalgs, a déclaré que l'octroi de fonds constituerait le point de départ de programmes d'immunisation d'enfants à grande échelle, favoriserait la reconstruction d'établissements sanitaires et scolaires, approvisionnerait les agriculteurs et soutiendrait la création d'emplois.

 

L'UE a en outre accru ses efforts d'aide humanitaire et au développement dans le Sahel africain, une région sujette aux combats sectaires et à l'insécurité alimentaire. À l'instar du Mali, le Burkina Faso, la Mauritanie, le Niger et le Tchad ont tous été confrontés à la sécheresse, à la pénurie et l'insécurité alimentaires au cours des deux dernières années.

 

Quelque 10,3 millions de personnes manquent de nourriture suffisante dans la région et 4,5 millions d'enfants de moins de cinq ans sont vulnérables à une malnutrition modérée, voire sévère, selon des données de l'UE et de l'ONU. L'ONU estime que 226 000 millions d'enfants meurent chaque année en raison de la malnutrition.