Inquiétude en Europe centrale sur les énergies renouvelables allemandes

Trois décideurs politiques d’Europe centrale (un fonctionnaire, un professeur d’université et un dirigeant d’entreprise) se sont réunis lors d’un groupe de réflexion à Bruxelles la semaine afin de mettre en doute la politique de l’UE en matière d’énergie renouvelable. Ils y ont exprimé leur inquiétude face à l’instabilité du réseau électrique allemand.

EURACTIV.com
Wind turbines on a wintry field. Germany., December 2010. [BlueRidgeKitties/Flickr]
Wind turbines on a wintry field. Germany., December 2010. [BlueRidgeKitties/Flickr]

Trois décideurs politiques d’Europe centrale (un fonctionnaire, un professeur d’université et un dirigeant d’entreprise) se sont réunis lors d’un groupe de réflexion à Bruxelles la semaine afin de mettre en doute la politique de l’UE en matière d’énergie renouvelable. Ils y ont exprimé leur inquiétude face à l’instabilité du réseau électrique allemand.

 

L’annonce de prix historiquement bas des échanges de fournitures énergétiques en 2014 est survenue alors que des analystes ont prévu que 18 % de la demande allemande en électricité pourrait bientôt être fournie par des panneaux solaires non reliés au système de réseau du pays, ce qui engendrerait une offre excédentaire.

 

L'Allemagne a désespérément besoin de mettre à jour son système de réseau électrique en ruine, qui fait actuellement passer l'énergie renouvelable du nord au sud à travers des pays tiers comme la Pologne, la République tchèque et la Slovaquie.

 

Ma?gorzata Mika-Bryska, la directrice adjointe du département énergie du ministère polonais de l'économie, a déploré que le réacheminement de l’énergie causait « de graves problèmes pour notre sécurité d'approvisionnement ».

 

La Commission doit faire plus « qu'une phrase dans une communication [sur le marché intérieur de l'énergie] » pour inciter la construction d'un réseau allemand, a?t?elle déclaré. « Nous avons besoin d'une solution rapide maintenant, car, l'année dernière, lors d'un hiver très rude dans notre région, nous étions très proches de coupures d'électricité. »

 

L'ampleur du problème d'approvisionnement énergétique en Allemagne a poussé l'un des membres du gouvernement de la chancelière Angela Merkel, la ministre de la protection des consommateurs, Ilse Aigner, à appeler à la nationalisation partielle du réseau électrique allemand.

 

L'Union chrétienne-sociale de Mme Aigner, l’équivalent bavarois de l’Union chrétienne-démocrate d'Angela Merkel, a apporté son soutien à cet appel.

 

Erreur historique

 

La vente de réseaux énergétiques allemands à des entreprises telles que E.On, RWE et Vattenfall est largement considérée comme une erreur historique qui entrave maintenant la création d'un réseau national moderne, selon un article du magazine Der Spiegel.

 

Les projets du gouvernement fédéral imposeront aux quatre opérateurs de réseaux la construction de 1 550 kilomètres de lignes à haute tension, dont plusieurs lignes de transmission par courant continu, et la connexion de dizaines de parcs éoliens au réseau électrique terrestre par des câbles sous-marins.

 

Avec moins de 250 kilomètres de lignes construites, le projet d'une valeur de plusieurs milliards d'euros peine cependant à se développer.

 

« Il y a quinze ans, les réseaux étaient censés être des projets prioritaires et nous n'avons pas encore constaté de nombreux progrès », a déclaré Michael Krepelka, un analyste principal du marché pour le géant énergétique tchèque ?EZ, lors de la conférence du groupe de réflexion Bruegel.

 

« Si nous atteignons l'objectif 2020 [de 20 % d'énergies renouvelables dans le bouquet énergétique], la production d'énergies renouvelables devrait doubler par rapport à aujourd'hui », a-t-il ajouté. « Nous pouvons déjà constater les effets négatifs aujourd'hui et je peux imaginer ce qu'il se passera en 2020 si nous poursuivons les mêmes dynamiques. »

 

Objectifs pour 2030

 

La Commission européenne prépare actuellement un livre vert, qui devrait être publié en avril, afin d'ouvrir un débat sur la question épineuse de savoir si l'UE devrait établir de nouveaux objectifs climatiques pour 2030 et le cas échéant, ce qu’ils devraient couvrir. Une communication de suivi devrait paraître d'ici la fin de l'année en vue de planifier les options politiques.

 

Alors qu'un consensus existe sur la nécessité des objectifs de réductions des émissions de dioxyde de carbone, certains pays comme la Pologne s'opposent farouchement à des objectifs en matière d'énergies renouvelables.

 

Mme Mika-Bryska a indiqué que la technologie des énergies renouvelables « n'était pas suffisamment au point » pour fonder la politique sur ce domaine et qu'il était nécessaire de stimuler davantage l'énergie provenant de carburant fossile en Pologne. « Nous devons entreprendre des mesures parallèles en vue de construire un système de production énergétique parallèle pour améliorer le fonctionnement des énergies renouvelables », a-t-elle poursuivi.

 

L'ancienne UE contre la nouvelle

 

Un autre acteur du débat, le professeur Péter Kaderjack de l'université Corvinus de Budapest, a indiqué qu'il existait une « division entre l'ancienne UE et la nouvelle » en ce qui concerne les projets de décarbonisation.

 

« Des doutes subsistent toujours pour savoir si la décarbonisation agressive pourrait provoquer une fuite de carbone ou une croissance verte », a-t-il ajouté. « Je pense que nos décideurs politiques ne sont peut-être pas encore convaincus que la croissance verte est une réalité et qu'ils craignent une augmentation des prix. »

 

M. Krepelka a conclu lors de la réunion qu'en raison de la politique de l'UE relative aux énergies renouvelables, « les États-Unis regardent l'Europe et disent : " ils sont fous " ». Une source inattendue a répliqué à cette déclaration.

 

S'exprimant à Abou Dabi le même jour, Todd Stern, l'envoyé spécial des États-Unis sur le changement climatique, a appelé les États à réévaluer réellement leurs intérêts principaux de développement.

 

« Le fait que le coût d'un changement vers une énergie propre ait un coût à court terme ne peut pas être pris comme excuse pour ne pas agir », a-t-il déclaré.

 

Le prix de l’action pour le climat serait amorti avec le temps, surtout si les coûts externes tels que la pollution et les conséquences sur la santé étaient intégrés, a-t-il conclu.